Lemme tell you sumfin’

Jeu : si l’on remplace “game” et “football” par “PhD“, “dissertation” ou “writing” dans cette vidéo, ça fait de Coach Taylor un de mes remerciements de thèse évidents.

 

A ce stade, il est sans doute plus fier de moi que je ne le suis.

 

Clear eyes, full hearts

Clear eyes, full hearts

Clear eyes, full hearts… can’t lose.

Clear eyes, full hearts, CAN’T LOSE.

CLEAR EYES, FULL HEARTS, CAN’T LOSE.

 

Let’s go write some pages.

Alright Alright Alright

J’ai tellement de choses à rendre en ce moment, j’ai l’impression de vivre les heures les plus sombres de la préparation de l’agreg. Mais quand vient le moment où j’ai envie de rendre mon tablier, de dire que je suis trop vieille pour ces conneries, et que je me mets à à fantasmer sur mes cours de lycée de l’an prochain, option guerre froide et châteaux forts, je repense au triple “alright” de McConaughey, celui qui ouvre sa toute première apparition ciné dans Dazed and Confused, et qu’il martèle à chaque remise de prix depuis quelques semaines, comme pour se rappeler d’où il vient et que tout ça ne s’est pas si mal goupillé, après tout.

Et après, ça va mieux.

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(ps: ça se dit “coneu-hey”)

What4.

Un truc dont on parle assez peu à propos de la rédaction d’une thèse, c’est l’élasticité du temps. Je sais pas si je vois ça comme ça à cause de cette décision que j’ai prise d’enfin rouvrir Slaughterhouse-Five de Vonnegut (je l’avais acheté en 2011, pendant un moment de dérèglement hormonal)(y a abattoir dans le titre, cqfd). L’élasticité temporelle, donc. Celle-là même qui fait que j’ai passé 3 semaines à me rendre malade pour 5 pauvres lignes au coin d’un document (mais ça m’a permis aussi de découvrir la fonction “stabiloter” de l’Aperçu sur mac)(non, ça s’appelle pas stabiloter, mais ça devrait). Trois semaines de rénovation paisible de mes stocks de bile et d’atrabile, pour que, finalement, mes deux moments les plus productifs de ce début d’année soient, très exactement :

  •  vendredi 31 janvier, entre 18h56 et 19h22, dans la ligne 6 du métro parisien, en pleine heure de pointe, entre les arrêts Corvisart et Nation;
  •  ce jeudi 6 février, entre 8h17 et 8h28, pendant les quelques minutes qui me séparaient du début de mon premier cours, au cours desquelles je scribouillais dans un cahier pour me donner une contenance afin de ne pas embarrasser les étudiants qui devraient déjà avoir suffisamment honte d’être en avance à un premier cours de la journée, endossant ainsi le statut, peu enviable à la fac, de fayots de service.

Un total de trente-sept minutes d’idées claires, donc. Le truc permettant de voir le “so what” de l’argumentation, comme on dit dans notre jargon. Il paraît qu’on doit ça à Bailyn, merci à lui.

Le reste n’est qu’exploration des logiciels de bibliographie/Zotero Standalone configuration RHMC, découverte d’outils inutiles permettant de stabiloter des pdf, donc, lectures d’articles des années 70, une époque pas si lointaine en années Zara ou en années sci-fi (vous avez vu que les épisodes 4 à 6 de Star Wars ont moins vieilli que les épisodes 1 à 3 ?)(ces derniers, de toute façon, n’existent pas), terriblement antiques en années de recherche : les bouquins sont la plupart du temps des fac-simile de mémoires qu’on dirait tapés à la machine (peut-être, précisément, parce qu’ils sont tapés à la machine à écrire, American Typewriter peut pas test), tentatives de post-iter un mur avec des idées un peu décevantes, en espérant que ça finisse par venir, migraines migraines migraines migraines parce que ça vient pas.

Pendant ce temps-là, je vois mon tiroir à culottes et mon panier à linge sale agir comme un sablier un peu navrant, très éloquent sur l’état de négligence personnelle et de drame émotionnel dans lequel ce truc me plonge. Parce que quand, petit à petit, tous les dessous du tiroir sont écoulés, qu’on voit ressurgir, après même les vieux slops défoncés du renoncement, les tangas offerts dans un numéro été 2004 de Biba ou les  Pockets achetés en 1999, quand on était au lycée et qu’on trouvait que cet élastique large avec DIM brodé dessus était classe quand il dépassait du jean taille basse, à tout moment, on entend la voix de Roy Scheider dire “you’re gonna need a bigger boat“. Quand on pense à cette fois où Orson Welles avait demandé à Rita Hayworth de mettre des dessous sexy pour filmer une scène habillée, “parce que toi, tu sauras que tu es sexy et ta performance n’en sera que meilleure” (c’est du moins la version que j’ai de cette légende urbaine), je donne pas cher des pages que j’ai produites en janvier, mais peut-être que ces 37 minutes de félicité scientifique vont m’acheter le temps nécessaire pour faire une lessive et repartir sur de bonnes bases (j’ai de l’adoucissant senteur jasmin, mais en vrai, ça ressemble surtout à l’odeur des dragibus).

L’élasticité temporelle, donc. J’ajouterais que ces deux gugus ne font rien pour aider à mon déboussolement.

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Ce train va trop vite ou pas assez vite, ou les deux en même temps, mais je veux qu’il s’arrête ASAP.

Royals and fans

Vous vous rappelez l’époque où on découvrait les sobriquets donnés aux stars pour ado (LiLo, R-Patz, K-Stew, la façon dont K-Fed, le mari de Britney Spears, avait été rebaptisé Fed-Ex après leur divorce) ? Et celle où on donnait des sobriquets-valise aux couples de stars (TomKat, Brangelina, Jelena, Taylor2) ? Cette période intronisait un peu une culture du gossip où menus scandales, rails de coke et wardrobe malfunctions prenaient le pas sur les productions culturelles des stars pour évaluer leur célébrité. J’en avais parlé à propos de LiLo y a un million d’années, mais les choses ne sont pas arrêtées là.

C’est au tour des fans de profiter des éclats de célébrité de leurs idoles pour faire partie (un peu) du starsystem. Être fan n’est pas vraiment un phénomène nouveau et, à vue de nez, c’est un détail sans intérêt (voire consternant pour ceux d’entre nous qui ont le jugement un peu prompt)(je vous vois) mais je trouve ce lexique fascinant pour ce qu’il dit de la culture de la célébrité chez des “jeunes adultes”. Plutôt qu’être réduits à une masse informe dont on se moque gentiment dans des reportages bien pensants, ces groupes de fans se définissent tellement par leur amour pour une (ou plusieurs) idoles qu’ils en ont fait leur patronyme d’adoption sur tous ces forums et réseaux sociaux où leur existence semble faire plus de sens que la “vraie vie”. Le choix d’une nouvelle famille, en quelque sorte.

Forcément, j’avoue que le lexique pop qui, bon an mal an, commence à s’imposer, me réjouit de plus en plus. Une vraie novlangue. Ergo, ce pense-bête à l’usage des profanes :

- Belieber

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(au départ, tout est de sa faute)

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- Directioner

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(et aussi un peu de la leur)

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- KatyCat

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- Little Monster

(mais faut reconnaître que, maintenant, on les appelle de plus en plus des "haters")

(mais faut reconnaître que, maintenant, on les appelle de plus en plus des “haters”)

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- Mixer

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(pour les fans de Little Mix, ce girlband anglais, vulgaire et choupi)(un pléonasme, on est d’accord)

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- Selenator – le sobriquet le plus explicite pour rappeler que les starlettes pour enfants sont des machines de guerre.

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(sincerely yours…)

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- Smiler – Le sobriquet le plus choupi revient à celle qui essaie désespérément de s’imposer comme la resident bad girl de la pop adolescente. Hier encore, elle postait sur instagram une photo d’elle qui pourrait avoir été piquée à Madonna en 1987. Pour rappel, Miley Cyrus s’appelle, sur son état civil, Destiny Hope. “Miley”, c’était au départ un surnom parce qu’elle était souriante (pourtant, fallait voir ses ratiches à l’époque).

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(maintenant elle tire la langue, mais ses fans restent “souriants”)

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- Swifter

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(ça me fait quand-même un peu mal que l’appel du pied à un balai avec détergent intégré soit si fort)

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Pendant ce temps, prise dans une célébrité naissante au beau milieu de ce phénomène pop-bubblegum, Lorde refuse d’aller dans le même sens et d’amasser ses adorateurs en un tout informe qui s’appellerait les “Disciples” ou tout autre jeu de mots zarbi et déshumanisant: “I find it grating to lump everyone into a really awkward, pun-centric name. People joke about it on Twitter, ‘You should call us The Disciples. Never! I have discouraged it. I’ve tweeted multiple times, ‘No fan name, I do no condone this.’”

 

Atta girl. C’est comme si, en demandant à avoir leur surnom homologués, les fans de Lorde demandaient une existence. Et si peu de temps après la sortie des premiers titres de celle-ci, c’est censé être une forme d’adoubement pour Lorde – dis-moi qui sont tes fans, je te dirai si tu es quelqu’un. Mais faut aussi reconnaître que, par un effet d’aller-retour assez subtil, avoir des fans qui s’identifient par un surnom couillon, c’est perdre en street cred’ et se retrouver classifiée “starlette pour pisseuses” sans possibilité de passer par la case départ et de toucher 20.000 francs. Malgré son jeune âge, Lorde fait des titres suffisamment matures et transgénérationnels pour ne pas avoir besoin de ce type de classification. Classieuse Lorde. Rabat-joie aussi.
Mais alors, cet état civil virtuel, ça veut dire qu’être fan, c’est perdre son identité ou au contraire l’étoffer et la complexifier? J’ai pas de réponse, mais je salue cette génération pour sa créativité.

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La prochaine fois, je vous parlerai de Zotero, vous êtes prévenus.

Projet 325.

Le mois dernier, j’ai été utilisée par Brain comme cas d’école, exemple canonique de, je les cite, “hateuse obsessionnelle“, blase qui caractérise, selon eux, les gens qui oldent à tout va. C’est un peu rigolo, pour plusieurs raisons, parmi lesquelles (et je passe sur le postulat et la rhétorique un peu faiblarde de l’auteur de l’article) :

- je suis plus old que le old (vazy on me la fait pas, j’ai 31 ans, et environ 75 de plus à cause du poids de la Rédaction)(c’est le moment de rappeler que “older” quelqu’un, verbe transitif et rejeton typique de la novlangue anglicisée des réseaux sociaux, décrit une action qui consiste à accuser un usager desdits réseaux sociaux d’avoir partagé une information vieille comme le monde, c’est-à-dire d’environ 2 jours)

- en fait, taquinerie à part, j’ai plutôt tendance à considérer ceux qui découvrent quelque chose sur le tard comme formidablement chanceux (je repense souvent à mon état quand j’ai vu Karaté Kid pour la première fois, ou Sixteen Candles pour la deuxième)(ce qui n’est plus vraiment une découverte en soi, mais en fait si). En plus, cette posture m’arrange un peu en ce moment, puisque, Rédac aidant, je suis vraiment à la ramasse sur beaucoup de choses (même si j’ai su à temps que Selena et Justin étaient repassés à table).

Là, par exemple, je rattrape mon retard en pop music millésime 2013, grâce notamment aux bons conseils de Fun’ et de Kurt. L’un a un penchant un peu trop évident pour la scandipop, l’autre continue de défendre GaGa, les deux détestent Beyoncé, mais je les aime quand-même. Je les remercie même de m’avoir enfin donné l’occase de m’attaquer enfin à Perfume de Britney Spears et de m’être découverte un peu Mixer, bref d’avoir ressuscité ce bout de moi qui aime tant analyser la culture pop la plus cheesy et couper les cheveux en huit pour justifier mon rapport néo-sincère à celle-ci. Un truc que j’ai un peu laissé de côté quand je me suis vraiment retroussé les manches pour faire la peau à cette gueuse de thèse.

C’est d’ailleurs seulement à quelques mois de la fin que je pige le rapport fusionnel entre mon blog et ma thèse.

Au commencement était ce contrat tacite, qui construisait mon rapport à cette page : ne pas la laisser empiéter sur la thèse. Contrat qui peut sembler peu respecté, de prime abord. A une époque, je l’actualisais beaucoup plus que je ne bossais mes archives, mais il était évident que si ça n’avait pas été un blog, ça aurait été autre chose : dépression longue, poterie ou soft ball, ce que vous voulez. Bon, j’ai choisi, la culture young adult, et du coup, je suis peut-être passée à côté de l’occase d’être enfin droguée ou musclée. Mais mine de rien, avoir ce blog m’a maintenue à flot : qu’au moins si les sociétés nouvelles du XVIIe siècle et leurs systèmes de genre ne m’inspiraient pas ou m’effrayaient (l’ampleur de l’édifice intellectuel a largement de quoi terrifier), je puisse avoir un espace où déverser une logorrhée sans grand sens, sans référence, sans valise historiographique à convoquer (décomplexée, on disait, en 2007), parce que je pense même pas qu’il y ait une valise historiographique à mobiliser pour pour apprécier un unboxing My Little Box ou un dollar griffonné. Restait le plaisir d’écrire, d’autant plus jubilatoire que c’était foutraque, et que j’ai authentiquement retrouvé dans les premières semaines de Rédaction, il y a pile un an. Les idées et la rhétorique s’amoncelaient si rapidement dans ma tête que j’étranglais des envies de pleurer, non pas d’angoisse, mais de pure excitation. Quand la perspective d’écrire une sous-partie sur la démographie des Provinces-Unies pendant l’Âge d’Or te fait te sentir comme une jeune pucelle à l’entrée de Bercy le jour d’un concert de One Direction, tu te dis que tu as raison de faire ce que tu fais. Et qu’enfin tu peux dire, sans trop de regret, au blog qui t’a aidé, “à la revoyure, vieux frère, quand je serai de l’autre côté.”

Du moment où j’ai vraiment cru en ma thèse, un peu tard, il est vrai, c’est naturellement que la raison d’être de ce blog n’a plus été aussi évidente. Or, comme expliqué précédemment, j’ai désormais 3 à 6 mois pour rattraper tout mon retard et BOUCLER. Comme me l’a dit Marieke, celle qu’est passée “de l’autre côté” l’an passé, ça pourrait être une perspective excitante et galvanisante comme jamais. The end is nigh, après tout, ça devrait me faire plaisir.

Le souci, c’est que j’ai plutôt l’impression que je viens de poser le pied en Mordor (du genre pas trop loin de Cirith Ungol, là où crèche l’araignée géante), et j’ai la flippe comme jamais. D’autant plus la flippe que ce sentiment est en fait assez nouveau pour moi. Pendant mes études, j’ai toujours été sauvée par la conviction intime que, si je suis loin d’être plus intelligente que la norme, je suis pas plus idiote non plus. Or niveau normal d’intelligence + formation ad hoc = sky’s the limit, c’est relativement mathématique et surtout très rassurant. Y a que pour passer le permis de conduire que ça n’a pas suffi.

Enfin jusqu’ici.

Car si avoir un blog n’est pas directement responsable de ces fins de soirées où j’insomniais, au 264 South 21st Street, à Philadelphie, en me posant trop de questions sur le sens du regard d’Audrina dans la saison 3 de The Hills (il n’en a aucun), je lisais pas Elias, ni Stoler, ni Walsh, ni tous les autres, pas plus que je ne finissais les bases de données qui m’auraient permis de gagner un temps précieux. Me voilà PROPRE, maintenant, à devoir condenser environ 3 ans de travail en 3 à 6 mois). Me voici prise de vertiges, de nausées, de blocages d’écriture (j’inclus pas les insomnies, parce que ça fait bien plus longtemps que ça) et je crois que c’est justement parce que je comprends enfin que, depuis le début, je me sens pas du tout à la hauteur.

Alors voilà, dans 325 jours, à savoir 1 an moins le mois et demi qui précède Noël 2014, je serai Docteure, à ce qu’on m’a dit. J’en crois pas un traitre mot, mais on va y travailler.

2014

Pour finir, je n’ai que peu de certitudes pour beaucoup de doutes, mais une chose est sûre : en cas de crise de confiance, on peut TOUJOURS compter sur les pérégrinations de Ian McKellen et Patrick Stewart pour se requinquer #old