Kids & grandkids.

En me rendant jeudi matin à mon cinéma de quartier pour voir Tintin (définissez “cinéma de quartier” quand on parle de l’Avenue des Gobelins), une petite joie mêlée d’amertume s’est emparée de moi.

Le travail de Spielberg, Jackson, Moffat, Wright et tous ces gens fantabuleux qui se sont collés à la tâche, est spectaculaire. C’est comme un gigantesque LEGO, ce genre de lego dont on vous offre la boîte, avec des briques visant à construire une caserne de pompiers, et avec lequel vous construisez un hélicoptère. This awesome. J’y repensais à cause de l’utilisation faite de la Castafiore, entre anachronisme pour les tintinophiles chevronnés et cohérence évidente avec l’univers posé par Hergé. Non, vraiment. Mon seul bémol, c’est la révélation un peu trop rapide du prénom du Capitaine Haddock, que tout tintinophile du dimanche a recherché pendant des heures avant de trouver le graal chez le Picaros. Archibald se mérite.

Surtout, dans mon adulescence proverbiale, je me réjouissais de ma séance du matin, pendant les vacances, entourée de petits gamins qui demandaient bien fort des explications à leur papa qui les accompagnait. J’ai pensé à ces pères qui faisaient découvrir le reporter du Petit Vingtième à leurs rejetons. Et puis j’ai surtout pensé à mon ancêtre. Eux emmenaient leurs enfants, j’aurais aimé y emmener mon grand-père.

Non content d’avoir gratifié le Général d’un bro-hug de compét’, selon la légende, sa carrière de militaire lui a permis une retraite relativement précoce, pourvoyeuse d’un temps précieux pour éplucher la littérature “de genre” de son temps, essentiellement Goscinny, Uderzo, Hergé, Frédéric Dard, la famille Bruce (hé: mâle dominant dans les années 60, qu’est-ce que tu veux faire). Alors forcément, les SAS et les OSS 117, c’était forbidden territory pour nous autres “petits”, mais les Tintin et les Astérix, c’était Papy et Mamie qui satisfaisaient à leur rôle culturel de grands parents dans la seconde moitié du XXe siècle. A vrai dire, j’étais pas fan de Tintin: il m’énervait, ce con, à tout trouver tout de suite, je préférais Astérix, dont les relectures incessantes venaient toujours avec un degré de compréhension supérieur. Il m’a fallu du temps pour apprécier. Mais à 93 ans cognés, mon archi-vieux les relit toujours avec un plaisir non-dissimulé. D’ailleurs, il ne fait plus que ça. C’est le moment d’énoncer quelques vérités:

Fact: l’avantage d’Alzheimer (ou de la sénilité, le médecin de campagne n’a jamais voulu se prononcer sur la question), c’est qu’on peut redécouvrir Tintin et Astérix à chaque lecture (même la 729e en 729 jours).

Fact #2: l’avantage d’Alzheimer (ou de la sénilité, etc.), c’est qu’en voyant une adapt un peu taquine de Tintin par Spielberg, mon archi-vieux s’offusquera pas des libertés prises avec la lettre Hergé-ienne, et prendra son pied comme les gosses de ma salle de cinoche.

Fact #3: le problème d’Alzheimer/sénilité, c’est que déplacer l’archi-vieux au cinéma d’Alençon est un coup de dés qui n’abolit pas assez le hasard pour le tenter. Je veux juste qu’il tienne bon jusqu’à la sortie DVD.

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