Bubble pop.

Boy, ces derniers temps, je ne bougeais plus beaucoup. Est-ce la crise, l’hiver, la météo, la gauche sera-t-elle au deuxième tour ? Je n’en sais rien, puisque ce genre d’analyse n’a plus cours depuis qu’Audrey Hepburn a démontré l’absurdité des discussions météo dans My Fair Lady.

Anyway. La semaine dernière, je remédiai à la situation en me dandinant au Music Bank, ce Top of the Pops coréen, de passage à Paris. N’y connaissant presque rien à la Kpop, si ce n’est la chorégraphie d’un clip infectieux comme une MST (d’ailleurs, je suis malade comme une chienne vérolée depuis ce concert, coincidence? certainly not), je n’y allais pas vraiment en fangirl confirmée. Et je ne le suis pas devenue. Pourtant, je crois que j’y ai redécouvert la pop. Sérieusement.

Comment le matin peut-il être "calme" dans ce pays ?

J’y allais pour retrouver cet amour viscéral des girlgroups de tout poil, et pour me délecter des outfits rigolos de jolies filles fraîches comme la rosée et souriantes, exécutant à la perfection des chorégraphies mécaniques justifiant leur plastique parfaite. Pour l’occase, j’ai même étrenné un sac à main rose fluo et un haut à sequins bleus. Pour vous dire toute la néo-sincérité de mon enthousiasme.

.

☛ Mais la musique est nulle, non?

Oh, gimme a break, will you? N’as-tu donc rien appris de ce que j’écris depuis maintenant trop d’années sur cette page ? La pop, surtout coréenne, ne saurait se limiter à son aspect “musical”, justement. Celui-ci n’est même, bien souvent, que le dommage collatéral d’un tout narratif, qui passe par la mise en avant de looks, d’images, d’un récit et d’un mode de vie idéalisé. Ce qui n’est qu’une façon tortueuse de dire, tel le corps professoral de la Star Academy, “il/elle a son univers”.

Ergo, ne rien connaître à la kpop ni à ses protagonistes n’empêche pas de s’émerveiller devant pareil spectacle. Dans le cas de ces girlgroups, cet univers est fruité et acidulé comme des bonbons Haribo.

☛ Mais c’est très préfabriqué, quand-même…

Ca suffit, maintenant. Je reviendrai sur ce point dans un autre post et, de toutes façons, le meilleur moyen d’avoir envie d’aimer cette section de la pop culture consiste encore à lire ce post de Mélanie.

Comme elle, je suis volontiers girlgroup-biased, et pourtant, pendant le concert, je crois avoir presque autant apprécié les boybands. Effet du live, et de ce moment où la liesse de la foule fait partie de la performance, ces formations de mâles non-alpha et franchement très imberbes ont soudain eu vachement d’abattage. Vraiment, un concert de pop, t’y vas pas tant que ça pour la musique. J’y allais aussi pour, enfin une fois dans ma vie, être immergée dans ce fangirlisme le plus sincère. Le chialage en règle au moindre battement de cils de ces jeunes éphèbes extrême-orientaux donnait envie de les aimer. Comme l’a si bien dit Kurt Corbeille, mon bienfaiteur & acolyte de cette soirée (ainsi que ma nouvelle idole de ces interwebz), ce soir-là, on a tous été “une adolescente de 15 ans aux hormones détraquées”, et bon sang, que c’était bon.

(slt sava?)

Dira-t-on assez la part de subversion que renferme la culture adolescente la plus mainstream en apparence? .

Phénomène assez intéressant dans l’horizon culturel d’une adolescente de 15 ans, les boybands créent des hommes objets, les girlgroups des role models [et non l’inverse]. De fait, le public de ces deux types de formation étant très largement féminin, il pourrait difficilement en être autrement. Alors oui,  c’est vrai qu’en 1998, je me rappelle quand mon frangin avait collé sur la porte de sa chambre une affiche des Spice Girls tenant chacune une canette de Pepsi – c’était entre son affiche de Pulp Fiction et celle de Trainspotting, sa préférée était Victoria Adams, mais ne lui rappelez pas, ça le vexerait peut-être. Pourtant, comme l’a remarquablement analysé Marisa Meltzer à propos des Spice Girls (dans Girl Power, dont je vous avais parlé y a 2 ans), les clichés mis en place par ce girlband et ceux qui ont souvent essayé de suivre, ces clichés ne se départissent jamais d’une forme certaine d’empowerment et visent plus un public féminin que masculin. Chez les Spice Girls, c’était de l’ordre du friendship never ends. Chez ces adorables girlgroups coréens, l’affirmation de la féminité prend une telle multitude de dimensions que c’en est étourdissant, et c’est sans doute à replacer dans le cadre de la culture de la Corée du Sud, qui a un ministère chargé de normer les rapports hommes/femmes, comme pour prouver à ce pays qu’il y a mille façons d’être une femme assumée (badass, slutty-parce-que-j’aime-mon-corps, etc.). A l’inverse, le discours latent du boyband se limite à “j’aime beaucoup les filles, mais maman ne veut pas que je fais l’amour” (big-up to the 90s). Ils sont calibrés pour hanter les rêves les plus humides des adolescentes, jamais vraiment pour susciter les high-fives virtuels de bros admiratifs (no homo). Seuls deux ont réussi cet exploit, Robbie Williams quand il se fantasme en concurrent de Jacky Stewart dans le clip de Supreme, et Justin Timberlake, quand il se fantasme en amant maudit de ScarJo dans What Goes Around… Comes Around.

En bonne enfant de parents Télérama, j’ai jamais osé, à 15 ans, être fangirl avec le coeur au bord des lèvres, pas même pour les Backstreet Boys. Bon sang, si j’avais su. La musique pop est, avec le lycée américain, un des seuls terrains qui perturbe un peu les rapports de genre, dans cette mesure. Ca a quelque chose de réjouissant. Alors oui, ces gamines sont souvent vêtues comme des sluts, et je comprends pas ce qui fonctionne dans leur métabolisme et qui est absent du mien pour réussir à être mi-nues par -8° (cette crève, mes enfants), et certes, ce n’est pas de la musique pour diabétiques. Pourtant, à vous qui avez démonté les SNSD lors de leur passage au Grand Journal la semaine dernière, sous prétexte que c’était “de la mauvaise pop pour adolescente” : malheureux, n’avez vous donc pas vu que la “mauvaise pop pour adolescente” est sans doute un des terrains culturels les plus subversifs qui soient, le fun en plus ?

Pour conclure sur ce qui a commencé ce post:

7 thoughts on “Bubble pop.

  1. Je retiens le “j’ai jamais osé, à 15 ans, être fangirl avec le coeur au bord des lèvres, pas même pour les Backstreet Boys”, car à cet âge transitionnel (mais tous les âges le sont) où je me moquais allégrement de mes copines moutons de panurge (riddikulus), un seul groupe me semblait éventuellement surnager, à savoir ces garçons de la rue à la chemise ouverte.
    Le clip d'”Everybody” quoi!

    Bref, texte intéressant sur un phénomène qui m’échappait (pourtant fangirl je suis née, fangirl je mourrai).

    • Mais oui, j’étais aussi cette fille qui regardait les fangirls de haut, en levant les yeux au ciel – mais qui en secret ne zappait jamais quand le clip de I Want It That Way passait sur MTV (celui d’Everybody est mieux, by far). Pareil pour Take That quelques années plus tôt. Rétrospectivement, ça me paraît aberrant d’être passée à côté de ça…

  2. A défaut d’emporter mon adhésion, ton article est en tout cas très intéressant et bien construit. Le phénomène m’échappe également, mais je vais tenter d’expliquer pourquoi (en toute mauvaise foi bien sûr)… Je prépare un post, en réaction à ton article (en ligne demain sûrement).

  3. Jamais je pense je n’achèterai/téléchargerai de Kpop, en tout cas pas dans un avenir proche c’est sûr, et pourtant j’ai encore dans un coin de ma tête ces ritournelles entêtantes entendues (enfoncées dans mon crâne tel un lavage cerveau ?) ces jours d’été 2009 où je parcourais la Corée.

    • Je crois que c’est typiquement le genre de musique calibrée pour ne jamais *jamais* quitter un cerveau une fois qu’elle y est entrée. Mais je maintiens, ce n’est pas tant la musique que ce qui est autour qui est amusant :)

  4. Pingback: Pourquoi je ne succombe pas à la K-Pop « Vinsh

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