Alright Alright Alright

J’ai tellement de choses à rendre en ce moment, j’ai l’impression de vivre les heures les plus sombres de la préparation de l’agreg. Mais quand vient le moment où j’ai envie de rendre mon tablier, de dire que je suis trop vieille pour ces conneries, et que je me mets à à fantasmer sur mes cours de lycée de l’an prochain, option guerre froide et châteaux forts, je repense au triple “alright” de McConaughey, celui qui ouvre sa toute première apparition ciné dans Dazed and Confused, et qu’il martèle à chaque remise de prix depuis quelques semaines, comme pour se rappeler d’où il vient et que tout ça ne s’est pas si mal goupillé, après tout.

Et après, ça va mieux.

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(ps: ça se dit “coneu-hey”)

Royals and fans

Vous vous rappelez l’époque où on découvrait les sobriquets donnés aux stars pour ado (LiLo, R-Patz, K-Stew, la façon dont K-Fed, le mari de Britney Spears, avait été rebaptisé Fed-Ex après leur divorce) ? Et celle où on donnait des sobriquets-valise aux couples de stars (TomKat, Brangelina, Jelena, Taylor2) ? Cette période intronisait un peu une culture du gossip où menus scandales, rails de coke et wardrobe malfunctions prenaient le pas sur les productions culturelles des stars pour évaluer leur célébrité. J’en avais parlé à propos de LiLo y a un million d’années, mais les choses ne sont pas arrêtées là.

C’est au tour des fans de profiter des éclats de célébrité de leurs idoles pour faire partie (un peu) du starsystem. Être fan n’est pas vraiment un phénomène nouveau et, à vue de nez, c’est un détail sans intérêt (voire consternant pour ceux d’entre nous qui ont le jugement un peu prompt)(je vous vois) mais je trouve ce lexique fascinant pour ce qu’il dit de la culture de la célébrité chez des “jeunes adultes”. Plutôt qu’être réduits à une masse informe dont on se moque gentiment dans des reportages bien pensants, ces groupes de fans se définissent tellement par leur amour pour une (ou plusieurs) idoles qu’ils en ont fait leur patronyme d’adoption sur tous ces forums et réseaux sociaux où leur existence semble faire plus de sens que la “vraie vie”. Le choix d’une nouvelle famille, en quelque sorte.

Forcément, j’avoue que le lexique pop qui, bon an mal an, commence à s’imposer, me réjouit de plus en plus. Une vraie novlangue. Ergo, ce pense-bête à l’usage des profanes :

- Belieber

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(au départ, tout est de sa faute)

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- Directioner

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(et aussi un peu de la leur)

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- KatyCat

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- Little Monster

(mais faut reconnaître que, maintenant, on les appelle de plus en plus des "haters")

(mais faut reconnaître que, maintenant, on les appelle de plus en plus des “haters”)

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- Mixer

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(pour les fans de Little Mix, ce girlband anglais, vulgaire et choupi)(un pléonasme, on est d’accord)

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- Selenator – le sobriquet le plus explicite pour rappeler que les starlettes pour enfants sont des machines de guerre.

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(sincerely yours…)

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- Smiler – Le sobriquet le plus choupi revient à celle qui essaie désespérément de s’imposer comme la resident bad girl de la pop adolescente. Hier encore, elle postait sur instagram une photo d’elle qui pourrait avoir été piquée à Madonna en 1987. Pour rappel, Miley Cyrus s’appelle, sur son état civil, Destiny Hope. “Miley”, c’était au départ un surnom parce qu’elle était souriante (pourtant, fallait voir ses ratiches à l’époque).

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(maintenant elle tire la langue, mais ses fans restent “souriants”)

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- Swifter

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(ça me fait quand-même un peu mal que l’appel du pied à un balai avec détergent intégré soit si fort)

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Pendant ce temps, prise dans une célébrité naissante au beau milieu de ce phénomène pop-bubblegum, Lorde refuse d’aller dans le même sens et d’amasser ses adorateurs en un tout informe qui s’appellerait les “Disciples” ou tout autre jeu de mots zarbi et déshumanisant: “I find it grating to lump everyone into a really awkward, pun-centric name. People joke about it on Twitter, ‘You should call us The Disciples. Never! I have discouraged it. I’ve tweeted multiple times, ‘No fan name, I do no condone this.’”

 

Atta girl. C’est comme si, en demandant à avoir leur surnom homologués, les fans de Lorde demandaient une existence. Et si peu de temps après la sortie des premiers titres de celle-ci, c’est censé être une forme d’adoubement pour Lorde – dis-moi qui sont tes fans, je te dirai si tu es quelqu’un. Mais faut aussi reconnaître que, par un effet d’aller-retour assez subtil, avoir des fans qui s’identifient par un surnom couillon, c’est perdre en street cred’ et se retrouver classifiée “starlette pour pisseuses” sans possibilité de passer par la case départ et de toucher 20.000 francs. Malgré son jeune âge, Lorde fait des titres suffisamment matures et transgénérationnels pour ne pas avoir besoin de ce type de classification. Classieuse Lorde. Rabat-joie aussi.
Mais alors, cet état civil virtuel, ça veut dire qu’être fan, c’est perdre son identité ou au contraire l’étoffer et la complexifier? J’ai pas de réponse, mais je salue cette génération pour sa créativité.

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La prochaine fois, je vous parlerai de Zotero, vous êtes prévenus.

Reaction Gifs.

Quand ta mamie de 90 ans, moralisatrice comme pas un, te raconte les histoires de coucheries de sa famille, dans le Berry communiste des années 1920…

“Ma Mémère gardait jamais pour elle les œufs des poules. On allait toutes les semaines au marché pour les vendre. Avec l’argent, elle achetait un boudin noir et un chou à la crème pour son ‘Pépère.’ Nous on l’appelait comme ça, mais c’était pas son mari, bon voilà hein, c’était comme ça.”

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ma mère apprenant que son arrière-grand-père ne l’était pas

“C’était une grande blonde avec des yeux bleus magnifiques, elle était tombée enceinte à 16 ans du père Creux, qu’était le père biologique de mon papa, mais elle voulait pas l’épouser, non non, alors un an plus tard [circa la fin des années 1890], elle a épousé un aut’ gars. Après, elle a connu Alexandre – Alex, qu’elle l’appelait – et tout le monde la voyait escalader à travers les buissons pour aller retrouver en douce son Alexandre, son Pépère, et lui cuisiner un morceau de boudin et un chou à la crème, après avoir vendu les œufs de la ferme, il aimait bien ça, et elle aimait bien lui faire plaisir. Ça a duré des années comme ça, oui, on peut dire que c’était un peu une double vie, oui.”

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moi, maudissant le destin qui m’empêche, par 6 ou 7 décennies, de boire un cognac avec cette trisaïeule soudain passionnante

On avait toujours imaginé “la mémère,” la faute à son blase, comme une petite vieille grisonnante et replète, rendue robuste par les travaux de la ferme et l’éducation d’une tripotée de mômes, ce genre de petite vieille incompréhensible à force de trop rouler les R, et de parler agriculture et vaches à traire. Turns out c’était la blonde incendiaire du village, pas trop prisonnière des convenances d’une petite communauté rurale. On croit que les vieux sont sans histoire, surtout à cause de leur storytelling officiel qui veut que “de leur temps”, les gens étaient mieux élevés et menaient une vie de famille sans histoire, jusqu’à ce qu’une conversation tardive vienne incarner des vieilles photos un peu trop figées à cause d’un temps de pose bien long. Spoiler alert/happy end de Noël,  la “Mémère” de ma Mamie a fini sa vie avec son “Pépère.” Thank gawd.

I Can Still Recall Our Last Summer

Tant qu’on est dans les contes de fées et puisque c’est les vacances, ça a beau faire plusieurs années que les studios les plus heureux du monde tournent autour du pot, ça fait foutrement plaisir de voir un Disney de Noël éclater son propre paradigme et proposer une de ses meilleures autocritiques à ce jour.

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I mean, j’ai beau aimer un Disney de Noël comme mon prochain, difficile de ne pas pleurer des larmes de sang devant ce trope d’un autre temps, qui entretient les plus jeunes générations dans l’idée qu’une fille est née pour espérer avoir une tiare sur la tête et un mâle alpha entre les cuisses après avoir été sauvée des griffes d’une méchante reine-ou-sorcière par ledit mâle alpha. Pas gêné pour deux sous, le studio avait même créé la franchise “Princesse Disney” circa la fin des années 1990, ce label ultra conservateur servant de justification à fourvoyer toutes les héroïnes Disney et les gamines qu’elles sont supposées séduire dans une persona de pouffe matérialiste.

Certes, on nous serine depuis plusieurs années que Disney joue avec les codes de ses propres clichés ; pourtant, ça coinçait toujours plus ou moins aux entournures. Quatre ans qu’on essaie de nous vendre, soit une héroïne émancipée (celle dont le rêve est de travailler et d’ouvrir son propre resto, celle qui veut s’habiller et se battre comme un homme), soit un prince inutile, tendance branleur baratineur (dans la Princesse et la Grenouille, après le true love’s kiss, trope Disney bien connu des adulescents de la période de Noël, l’héroïne devient elle aussi crapaud et non l’inverse). Le problème de ces premières tentatives d’émancipation d’un schéma narratif qui fait quasiment partie du code génétique des studios Disney, c’est que justement, code génétique oblige, la chute de ces histoires revient toujours peu ou prou à l’idée que le “vrai” bonheur a forcément quelque chose de matrimonial et que, bless their heart, les prémices décalés de ces histoires ne sont que le glaçage XXIe siècle d’une morale d’Ancien Régime. Si les postulats de départ bousculent un peu les codes du genre, le plot-twist consiste à révéler aux héros que leur vrai, ou nouveau, rêve n’est autre que le happily ever after. “You were my new dream,” murmure Flynn à Raiponce, eh bah oui.

Dans Frozen [spoiler alert and shit], on y arrive enfin un peu, avec une situation inversée, où cette fois, la princesse essaie de sauver la méchante reine, et où le prince charmant n’est rien moins que le bad guy du film. L’économie narrative va même plus loin, en écartant ouvertement et définitivement le “true love’s kiss” des possibles résolutions du problème. L’aboutissement de la quête de la princesse n’est donc plus celle d’un mariage d’amour mais celle d’une vie épanouie aux côtés de sa frangine (et franchement, un film qui t’explique que l’aboutissement d’une quête initiatique, c’est de faire du patin à glace, what’s not to like?). Empowerment for kids, les Spice Girls auraient kiffé.

Ça fait de Frozen, en dépit de ses multiples défauts, un Disney assez brillant. En tant qu’adaptation de conte, c’est nullach’ (Andersen aurait pleuré, mais j’ai toujours eu tendance à penser qu’évaluer un Disney à la lumière du matériau d’origine était proche du contresens)(bizarrement d’ailleurs, la chose qui se rapproche le plus d’Andersen ici, c’est le personnage d’Olaf, ce bonhomme de neige loufoque rêvant d’été qui n’est pas sans rappeler le bonhomme de neige du conte éponyme d’Andersen, qui rêve de faire une sieste auprès d’un poêle à bois) ; en tant qu’histoire de princesse envisagée dans l’économie interne des films Disney, c’est formidable.

Happily Whatever After

Dude, je crois que j’adore la nouvelle affiche promo pour la troisième saison de Girls. A peu près autant que j’avais adoré le finale de la 2e saison du show, d’ailleurs.

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Je me rappelle, la fin avait été très critiquée pour son côté lénifiant/culcul/fairytale tendance “deus ex machina” à mille lieues de ce que Lena Dunham s’est attachée à construire depuis le printemps 2012, et surtout à mille lieues des provocs qu’elle a essaimé à longueur d’épisodes, notamment autour de sa nudité pas assez jolie au goût de certains.

Pour rappel, et spoiler alert, le show se finissait sur une Jessa toujours MIA, Shoshannah croquant le célibat à pleines dents en serrant des mecs en soirée biergarten, Marnie retrouvant Charlie et la sérénité qu’elle avait perdue en le quittant, et Hannah se faisant littéralement sauver de la dépression la plus aggravée par un Adam qui aurait presque pu arriver en cheval blanc.

C’était tellement outré que c’en était presque grotesque, et pourtant, je trouve que cette façon de se vautrer dans un cliché nous rappelant les heures les plus sombres de Sex and the City (mais qu’est-ce que c’était bieeeeen, pourtant) était la plus magistrale provoc de Lena Dunham depuis le début de sa série. Pour moi, ce finale signifiait deux choses :

- Même ses pauvresses détestables, même Hannah ont droit à un conte de fées, oui, je vous regarde, vous, qui avez défoncé l’épisode 5 de la saison 2 à coups de condescendance malsaine.

- Mais au fait, qui a dit qu’un conte de fées, c’était une bonne chose ? Vu la gueule de la série, jusqu’ici, voir deux de ses héroïnes sauvées par l’amour avec un mâle plus ou moins alpha n’a rien d’une bonne nouvelle pour elles, et présage d’une bien violente déconstruction du trope d’ici janvier, dans la lignée de tous les autres tropes féminins qu’elle a dégommés depuis une vingtaine d’épisodes.

Rien que pour ça, pour mes gloussements juvéniles à voir Adam dire “I was always there” suivis d’une certaine tristesse quelques secondes après, j’avais hâte de voir la suite. Et cette affiche chiadée avec des costumes tout en décalage avec la série, où, au passage, personne ne regarde dans la même direction, donne à espérer la meilleure des déconstructions.