Category Archives: Random

La question du dimanche soir.

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Mon agression d’il y a bientôt un an m’a-t-elle rendue socialement awkward ?

Parfois, j’ai bien peur que ce soit le cas. Si ça l’est, j’espère de tout cœur recevoir la fin de mes dommages et intérêts dans les plus brefs délais, histoire d’enfin pouvoir m’offrir ce divan.

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Kbye.

Shitstorm Management.

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Hier, on m’a expliqué une formule qui, paraît-il, constitue le sésame du conflit productif et réussi. Sous vos yeux ébahis :

fait / ressenti / besoin / demande

Paraît-il, en suivant cette très simple démarche, consistant à :

- exposer, avec le plus de détachement possible, un état de faits,

- exprimer son ressenti personnel (et donc pas de jugement sur l’autre)(jamais de jugement sur l’autre),

- ce dont on a besoin pour améliorer la situation,

- enfin à faire une requête précise,

Ce serait la fin des raccrochages au nez intempestifs, des nuits sans sommeil, des remontées biliaires et d’un besoin soudain de récurer les joints du carrelage de la salle de bains à 3h du matin. Maintenant que j’y réfléchis, j’ai plus ou moins suivi cette procédure quand je suis allée voir le gérant-du-bar-en-bas pour lui dire que, non, Ginette et son accordéon en concert toutes les semaines, ça allait difficilement être possible. Moralité : il m’a offert une pinte et a commencé à regarder comment bidouiller son plafond. Si j’avais pensé à cette formule la veille quand ma mère a tenté d’amorcer une conversation “ton père”, je vous jure qu’il ferait aussi beau dans mon cœur que dehors aujourd’hui.

Et tout bien réfléchi, la dernière à avoir suivi cette démarche a pour le moins obtenu gain de cause.

khaleesi

Moralité : Keep calm and channel you inner khaleesi.

Egotrip et uchronie.

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Il est loin, le temps où Justin Bieber se contentait d’afficher ses idoles façon Kelly Kapowski.

justin-hearts-kelly-kapowski

Son dernier trait de génie (hopefully, Anne Frank would have been a belieber, GG, vraiment) m’a curieusement plongée dans un abîme de réflexion.

Toute la force du Journal d’Anne Frank vient, dans mon souvenir, du contraste entre la banalité de son propos et l’intensité dramatique de son destin, qui reste hors-texte. Sa déportation, celle de sa famille, leur mort en camp d’extermination… Tout ça n’est connu que par du travail d’archive et par les témoignages des autres, ceux qui ont survécu, Miep Gies en tête. L’entreprise mémorielle d’après-guerre a contribué à faire d’Anne Frank une des victimes les plus iconiques de l’horreur de l’occupation et du génocide, dans l’espoir d’incarner un peu des chiffres effarants. Ca a conduit des générations et des générations d’enfants à lire les pages d’un journal intime d’adolescente de 13 ans, dans mon cas avec perplexité. Je me rappelle, quand je l’ai lu, le journal : j’attendais le climax de l’arrestation, avec toute la fascination malsaine que peut exercer l’occupation sur nos générations (défaut d’éducation scolaire, d’édition ou de jeunesse, je sais pas trop). En attendant, je devais lire les considérations d’une gosse de 13 ans sur l’ennui, les copines de classe et son envie de devenir écrivaine quand elle serait grande, story of every kid’s life, quoi. A l’époque, j’avais trouvé ça décevant. Entre temps, j’ai pigé que c’est ce qui en faisait un témoignage incroyable de justesse :  il n’a rien d’exceptionnel. C’est juste une môme qui préfèrerait jouer dehors que se cacher derrière une bibliothèque, une môme ordinaire à une époque qui, elle, ne l’était pas du tout, surtout pour elle.

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Le Biebs est un petit con pour beaucoup de raisons, l’egotrip en tête dans ce cas précis, et sans doute qu’il se rendait pas compte de l’imbécilité de ce qu’il disait. Pourtant, paradoxe de l’absurdité, je suis sûre qu’il a raison. Anne Frank était une adolescente ordinaire aspirant à le rester, et c’est peut-être un peu ça qui a conduit un chroniqueur de Slate à chercher, en réponse au faux pas du Biebs, qui aurait été l’idole d’une gamine en 1942. En 2013, ça signifie sûrement prendre position entre beliebers et directioners, et s’il faut ça pour qu’un môme d’aujourd’hui saisisse la portée de son destin, pourquoi pas, en fait.

Le procédé du “et si…” en histoire, on appelle ça de l’uchronie. C’est pas l’artifice le plus porteur intellectuellement, mais pédagogiquement, il faut lui reconnaître une certaine utilité.

Et je jure que je le dis sans ironie, ce serait trop peu approprié.

“Ce Journal Était Attendu.”

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- En fouillant dans mes affaires, je suis retombée sur ce premier numéro du Nouvel Observateur que m’avait donné mon père il y a une dizaine d’années. Daté du 19 octobre 1964, tout auréolé de sa Une par Sartre, qui clamait à belles phrases que les jeunes d’alors étaient plus politisés que lui et Beauvoir l’avaient jamais été, effet Guerre d’Algérie oblige, on pouvait y lire des analyses sur la gauche états-unienne et sur le communisme en Chine, ses pages Culture pondues par Vilar, Leiris et Sempé.

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obs

“les hebdomadaires les plus affligeants d’aujourd’hui abordent plus de problèmes concrets que ceux d’autrefois” – J.-P. Sartre

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- Sur une autre note, ce matin, je suis tombée, via une newsletter “nos articles les plus lus”, sur ce torchon que je ne pourrais pas qualifier d’article, tant l’absence d’angle, d’écriture et la pauvreté intellectuelle y sont patents. J’ai rien contre le sujet, en soi. Vous savez ce qu’on dit il n’y a pas de mauvais sujet, tout dépend du traitement dont on le gratifie, et j’aime trop la pop culture pour m’insurger contre une analyse d’émission de télé au départ (j’ai même blogué sur la Star Ac il y a mille ans, quand des gens lisaient ce blog, même si j’ai toujours fait la différence, en termes d’approche d’écriture, entre mon canalblog et le Nouvel Obs). Mais précisément parce que j’aime la pop culture : quand le premier degré le plus emo de cette non-analyse d’une mauvaise resucée de télé réalité diffusée sur une chaîne poubelle est en plus gangréné par des considérations racistes nauséabondes… Je veux bien que la réd-chef ait été aux fraises au moment de la validation de ce truc, mais vu que la maison-mère est capable de faire une Une digne d’un mauvais tabloïd, jurisprudence Iacub, et la condamnation afférente, on ne peut plus parler de mauvais hasard. Je sais que tout ça ne rend pas justice aux gens de talent qui officient pour le Plus, rubrique culturelle et ailleurs, mais le choix éditorial de cette newsletter (ou l’absence de celui-ci) en fait malheureusement l’arbre qui cache la forêt.

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Rien à voir, donc, a priori, si les deux items ne se réclamaient pas du même titre. J’en ai mal à la culture gaucho-intello de mon père, Algérien enfant de cette guerre et, selon les critères de ce supposé chroniqueur culturel, aussi “brun” que Zayra,

Pumped Up kicks.

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A la fin de l’hiver ou vers le début du printemps 1996, j’étais en quatrième, ma chambre était tapissée d’affiches de mes films préférés et de pubs cool pour les marques dans le vent de l’époque.

Rétrospectivement, c’est assez amusant, parce que mes murs ressemblaient à s’y méprendre à une boutique dans le vent du centre commercial voisin, avec ses affiches Schott et Levi’s, son poster Calvin Klein (avec Kate Moss et des transgender, c’pour ça, c’était ma façon à moi d’être emo), prises en sandwich entre Johnny Depp, James Dean et Dirty Dancing. Pourtant, j’avais rien de tout ça. Alors que tous les copains et copines avaient des Doc Martens aux pieds, ma mère me refusait avec une persistance assez affirmée la possibilité de me fondre dans la masse du cool de l’époque (au nom, je crois, du bon goût). Alors mes cannes de serin (la belle époque) étaient perchées sur des chaussures Orcade, pendant que tout le monde exprimait sa part d’individualité en choisissant la couleur du cuir de la paire de Docs, mais faisait partie du mouvement.  Même mon frère, à son époque, avait eu droit aux Reebok pumps à une plaque, mais ma mère trouvait que les docs, c’était pas féminin. Go figure, quand en janvier 96, je lui ai dit “je veux des Caterpillar”, elle m’a dit “pourquoi pas” (souvent femme varie, etc.). Le vent commençait à tourner, et Caterpillar et Timberland se faisaient progressivement une place au soleil. Toujours est-il qu’en haut de mes résolutions de cette année-là, il y avait celle d’économiser méticuleusement les pièces de 20 francs que mon père me donnait toutes les deux semaines en guise d’argent de poche. J’avais établi un plan machiavélique assez bien ficelé à l’issue duquel j’aurais les 700 francs nécessaires à l’acquisition de ce sésame à la conformité nécessaire au bien-être collégien. En gros, j’avais prévu que vers octobre, j’aurais de quoi casser la tirelire et repartir du centre commercial avec des écrase-merde aux pieds.

J’étais ravie et déterminée comme rarement à cette époque.

J’avais expliqué ce nouveau projet de vie à ma grand-mère, lors de la semaine de vacances que je passais chez elle, cette année-là, à lire Dracula de Bram Stoker pour le cours de français (soit une ultime tentative désespérée de ma prof de Français de nous faire lire des romans). Tout allait pour le mieux quand, nous promenant rue aux Sieurs, je vis dans une vitrine la paire de groles, que je lui montrai, et qu’elle partit dans un grand rire assez communicatif. C’était si drôle, visiblement, que le soir-même, elle en pleurait de rire en expliquant à mon grand-père que leur petite fille de 37-kg-toute-mouillée voulait se pavaner avec des chaussures d’ouvrier de chantier. Ni une, ni deux, mon grand-père prit son air le plus sévère, celui des grands jours, qui faisait qu’au fond, j’avais toujours eu un peu peur de lui. Avec sa grosse voix, il me dit de le suivre dans son bureau et m’ordonna de tendre la main et de pas moufter. Mi-circonspecte mi-morte de trouille, je m’exécutai quand je le vis sortir sa cagnotte et m’aligner sept billets de 100 balles dans la main, les comptant bien fort. “T’as intérêt à les acheter demain et à les porter, sinon, ça va barder” (le bougre se marrait intérieurement à me présenter comme une punition ce que je considérais alors comme mon rêve le plus cher).

La rentrée qui a suivi, j’arborai fièrement mes “Cat”, un peu trop grandes en pointure, très disproportionnées en volume. En fait, j’avais un peu les pieds de Mickey, si vous voulez ; un Mickey sapé en Levi’s 534 et pull camionneur Derrick, soit. Mais en arrivant en cours, ce jour-là, j’étais la seule avec la it-girl du collège et les crâmés fumeurs de beuh, à en avoir aux pieds. Bien sûr, j’avais pas autant d’aisance, mais c’était le début, je commençais grave à prendre la confiance. Tu le crois, ça, que la première fois où je devenais un peu cool dans ce panier de crabes, c’était grâce à un vieux grincheux qui trouvait que la nouvelle génération était décidément incompréhensible ? Il pensait réussir le double coup de me faire plaisir en me semi-punissant pour mon mauvais goût. Mais à vrai dire, ça ne s’est pas passé comme ça, ha !

Par la suite, j’ai rarement autant porté une paire de chaussures, je les entretenais religieusement, je les graissais, les faisais reluire, j’avais réparé tant bien que mal les trous à la semelle à coups de chatterton noir. Bref, j’y tenais comme à la prunelle de mes yeux. J’adorais ces chaussures, finalement moins pour le cool dont elles étaient, initialement, pourvoyeuses, que parce que c’était le cadeau de mon grand-père. Un cadeau spontané en forme de pied de nez, de la part de d’un vieux monsieur qui n’en faisait usuellement jamais (Noël et les anniversaires des mômes, c’était, comme les autres tâches ménagères, le domaine de son épouse). C’est grâce à ce geste que j’ai compris un peu mieux qui il était, à savoir pas ce croquemitaine sanguin et butor qui nous menaçait de fessée dès qu’on parlait trop fort (bien entendu, il n’a jamais levé la main sur nous, le pouvoir de suggestion de la grosse voix, bon sang). C’est grâce à ce geste que j’ai pigé que, derrière ces faux-semblants se cachait un homme d’une sensibilité, d’un humour et d’une subtilité dont peu ont voulu le créditer. Il pensait m’offrir des chaussures moches, j’y ai gagné un grand-père en or. C’était une énorme blague pour lui et le plus chouette cadeau qu’on m’ait jamais fait.

Alors quand il a tiré sa révérence, cette nuit sur les coups de 2-3 heures du matin, épuisé d’avoir vécu si longtemps, j’espère que vous comprendrez l’envie soudaine de remettre ces chaussures défoncées, rafistolées au scotch et enterrées quelque part dans la cave de ma mère. Je pensais pas qu’il allait me manquer à ce point, le vieux grigou.  <3