Category Archives: Random

Ex-libris

Ex-libris

Vieux bouquins, ex petits amis et traditions familiales.

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Il y a quelques semaines, au téléphone :

- J’espère que les Twilights que j’ai laissé chez toi t’ont pas trop collé la honte quand t’as voulu ramener des filles ?

- Alors ouais, justement, tes bouquins, y a eu un petit souci… tu vois, mon nouvel appart’, quand j’ai installé l’A/C… enfin, il me fallait une cale, et je savais pas quoi prendre… Bon mais j’ai pas pris tes bouquins scientifiques, et je me suis dit que tu ferais la gueule si j’avais pris ceux de Jane Austen… Bon mais en gros, y en a juste un des trois qui a un peu pris la pluie, la neige, le vent… bon, il est un peu foutu…

- Ah lequel ? J’espère que c’est Eclipse, il est vraiment trop naze, la fin est scandaleuse…

- Ah ça, poulette, je sais pas…

Moi qui m’étais toujours demandée si laisser des bouquins hardcore mauvais chez mon ex ne risquait pas de passer pour un genre de mesquinerie de “la fin” (à noter que je m’étais retrouvée à lire Meyer en une nuit pour oublier une crise de couple un peu violente, celle qui a sans doute marqué la fin de notre histoire, d’ailleurs, the irony)…

Alors que j’avais cette conversation plutôt marrante avec Clément, je me suis dit que la carrière d’un livre était à 95% super triste. Une fois le livre fini, ou bien il est refermé pour être précieusement rangé dans une bibliothèque, comme relique d’une amitié ou témoin d’un ancrage culturel, passé ou présent, ou bien il est revendu pour une bricole chez un libraire disposant d’une section “livres usagés”. That is, quand on a été élevé comme moi dans le culte du livre et l’interdiction formelle de se débarrasser de ceux-ci (ça remonte à cette fois où, en troisième, mon frère avait chiffonné et mis Harold et Maude à la poubelle, littéralement – maintenant, qui veut le lire chez moi y trouvera des témoignages de pelures d’orange et des pages bien chiffonnées). Ma bibliothèque permet de retracer ma vie de manière à peu près aussi fiable que si j’avais tenu un journal à partir de la sixième, depuis les livres que j’ai été forcée de lire pour les cours de Français, ceux que je chérirai jusqu’à ma mort, ceux que j’ai acheté par faiblesse aux démarcheurs de la Porte Océane à Montparnasse, jusqu’à mes achats compulsifs récents sur Amazon que j’ai toujours pas putain eu le temps de feuilleter (leur heure viendra). Mais j’ai pas rouvert beaucoup de livres, dans le fond, même ceux que j’ai aimés. Ils sont juste là, *au cas où* et *pour être là*, et ils resteront sans doute là à prendre la poussière jusqu’au prochain déménagement.

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Le même jour, je recevais Generation X de Coupland, commandé en occase sur Amazon quand je préparais la projection de Singles (au Thursday Night Live ☛ aimez-les sur facebook ♥). La page de garde disait en gros : “Pour Nicky-Jo. Joyeux 18 ans, désolée si c’est un kado bizarre, mais c’est mon livre préféré. Lis-le, et toi aussi, tu seras comme moi… Big bisous baveux de la part de Philippa.” C’est là que je me suis dit qu’un livre ne racontait pas juste une histoire.

C’est qu’il y a les livres et les livres dédicacés (et cette tradition un peu ringarde les frappe du sceau du sacré: on peut les transmettre à quelqu’un de cher, certainement pas s’en débarrasser). Je crois que la raison pour laquelle je commande en occasion sur Amazon est motivée à moitié par le prix, à moitié pour l’espoir de tomber sur ce genre d’instants de vie, ce moment où on se retrouve dans une position de voyeur. C’est comme quand je pique les vieux poches de ma mère, dans lesquels elle a souligné ses phrases préférées, ça crée une lecture à double détente. Je me demande même si, quand je lis, je souligne mes phrases préférées pour moi, ou pour la personne qui se retrouvera avec le bouquin entre les mains dans quelques années, pour que son expérience de lecture soit un peu mêlée à la mienne.

Un livre usagé permet de se faire autant de scenarii que les messages codés sur les billets de 1$ (déjà évoqué il y a deux ans), et là, l’ampleur du drame du quotidien se jouant sur cette page proprement dédicacée m’a frappée en pleine poire. Revendre un bouquin à 1$ sur Amazon, une des plateformes les plus impersonnelles au monde, c’est un statement. Un statement qui signale au mieux une amitié oubliée pour laquelle la nostalgie est même absente (ce qui suffit à être d’une tristesse effarante), au pire une saleté d’engueulade à mort (voire la mort de Nicky-Jo). J’ai exclu la possibilité que Philippa ait couché avec le mari de Nicky-Jo, cependant, tant ce genre de grief aurait plutôt conduit à une revente Ebay (plus fort dans l’échelle du trash et donc dans la sentence, imho).

Je sais pas si j’arriverai vraiment à lire Coupland sans penser à cette dédicace niaise, ce qu’elle impliquait d’intime (et de présomptueux), et à ce livre lâché salement dans la nature…

Non, c’est vraiment bizarre, la vie d’un livre, quand on y réfléchit un peu.

Hot night, wind was blowin’

Hot night, wind was blowin’

!!! Photos !!!

Acheter ce cheesecake entier était sans hésitation aucune un instant glorieux de ma semaine passée. Boy, j’ai eu le sourire lubrique quand le pâtissier a ouvert la boîte pour que je m’assure que tout allait bien au royaume des 30000 calories par bouchée.

Par voie subséquente, je n’avais guère d’autre solution que d’instagramer la bête avec le filtre Earlybird (celui des blogueuses macarons) et graver à tout jamais cet instant dans ma mémoire.

Un autre achat tout aussi glorieux fut celui d’une piñata en forme de catcheur mexicain, mais l’émotion du moment m’a empêchée de lui rendre correctement justice. En revanche, je dispose d’une video où on m’entend distinctement recommander à Fanny de, je me cite, lui “fendre le cul”. La pudeur, vous savez, je vous montrerai pas. Mais mon mec a désormais officiellement établi que je parlais comme, je le cite, un gros lourd. Ou un camionneur. Pour être honnête, je crois qu’il trouve ça mignon.

Autres photos niaises/floues, et fact #3712 : alors que tous les copains fêtent leur 30 ans cette année, ce qui impliquera nécessairement beaucoup trop de photos foirées et une orgie d’albums picasa/flickr/Facebook/instagram,  j’ai toujours trouvé que les clichés de lendemain de soirée était incroyablement plus efficaces en termes de storytelling et de pouvoir de suggestion décadent que les photos de préparatifs (trop statiques) et celles de “pendant la soirée” (trop d’idiosyncrasie, boredom intense). A word to the wise, donc. Saloperie de confettis, au demeurant…

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On a sidenote, j’aime bien cette photo de Justin Bieber et Selena Gomez, je ne saurais m’expliquer pourquoi, mais il faut l’afficher pour garder en mémoire ces doux instants passés, maintenant que la rumeur de rupture est de plus en plus présente.

Good vibrations

Good vibrations

3h30 : je me suis relevée pour me brosser les dents.
4h19 : j’ai instapaper’d une chiée de liens trouvés sur Facebook et Twitter. Lus aussitôt. Dés-Instapaper’d.
5h03 : il est temps d’envoyer ce mail concernant la peinture de ma cuisine qui s’écaille (je crois qu’un bout du lierre du voisin s’invite chez moi, par l’odeur de la vaisselle sale alléché).
5h24 : et si j’écrivais une critique de Mockingjay ? Et pourquoi, à la fin, est-il toujours plus facile de dire pourquoi on n’a pas aimé un bouquin ou un film que de dire pourquoi on l’a aimé?

God I hate les insomnies presque autant que les préjugés sur les jolies filles. 6h10.

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6h41.

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C’est quoi, les bons sentiments à l’américaine ? Je suis taquine, j’en vois bien l’idée, héritée de la quête du bonheur constitutive de la contrée de l’Oncle Sam (c’est même écrit dans la déclaration d’indépendance). À une époque ça me tanait, moi aussi, je trouvais ça facile et dégoulinant. Je crois que j’ai réévalué ce jugement lors de mon épiphanie post-ironique liée au visionnage de Karate Kid il y a deux ans -encore un moment d’insomnie, ça, mais lié aux 38 degrés de salopard qui marquaient le début de l’été en Pennsylvanie. Après Rocky, Avildsen made my heart go boom. Les bons sentiments bien employés génèrent une euphorie irremplaçable.

On reproche jamais à Capra ses bons sentiments, pourtant les plus américains qui soient, quintessence du happy end hollywoodien. En fait depuis cet âge d’or, j’ai l’impression que le “bon sentiment à l’américaine” a fluctué, et que l’expression s’est vidée pour se teinter de mépris et de condescendance. Que maintenant que Hollywood doit partager le monopole du cœur avec les “bons petits films” indie/Fox searchlight, c’est moins les bons sentiments, que le cynisme, qui est à l’américaine.

Ce soir, je vais voir l’avant-première du dernier film de Cameron Crowe, We Bought A Zoo au Studio des Ursulines, “un événement Thursday Night Live“. Vous devriez venir.

7h10 : j’ai blogué, j’ai *toujours pas* sommeil.

Anthems.

Anthems.

Vu Young Adult.

Je ne suis toujours pas sûre d’aimer ou pas ce film – mais j’en ai quand-même fait une critique bourrée de spoilers et d’anglicismes.

"I didn't want to hurt you, ooooh yeaaaah !"

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En revanche, je sais pour sûr que The Concept, de Teenage Fanclub (la chanson choisie par Diablo Cody pour porter son scénario) est relativement proche de la perfection.

She wears denim wherever she goes
Says she don’t do drugs but she does the pill…
Says she likes my hair ’cause it’s down my back
Says she likes the group ’cause we pull in the slack…

Le jean, la pilule, les cheveux longs (mais pas gras dans le milieu rock écossais, on dirait)… Une chanson qui finalement, dans le film, résonne moins comme celle d’une ancienne flamme, que comme le témoignage d’une époque révolue, esquissant par petites touches le portrait de la jeunesse des années 90.

Mais la vraie chanson qui a capté le zeitgeist de la génération grunge, c’est bien entendu celle qui a pour titre un déodorant cheap de supermarché (le teen spirit, voyons). Funfact étonnant, en 1991, SPIN a préféré décerner le titre d’album de l’année à Bandwagonesque de Teenage Fanclub plutôt qu’à Nevermind de Nirvana. Mais comme Kurt Cobain avait l’air plus vénère, Smells Like Teen Spirit a totalement occulté tout le reste comme hymne d’une génération.

Il y a les chansons générationnelles, celles qui définissent une époque. Nirvana frappait hic et nunc, touchant une génération qui, il y a vingt ans, voulait regarder devant elle sans trop y parvenir. Mais quid des chansons qui permettent un regard rétrospectif sur sa jeunesse ?

Moins énervé, plus douceureux, plus mélancolique, you do the maths : The Concept des Teenage Fanclub a tout d’un hymne hipster tout désigné. Celui d’une génération qui regarde en arrière avec un sourire ému, qui a canalisé sa colère, depuis le temps.

Un détail ne cesse de m’amuser : comment Diablo Cody a-t-elle déterré et rendu justice à ce bijou avant Cameron Crowe ?