Plusieurs choses.
Depuis avant-hier, en bonne suiviste, je me suis créé un compte sur Pinterest. Sans surprise, mes tableaux de liège virtuels tournent autour de mes sempiternels marronniers personnels (teen movies, fun & pop, and so on so forth). Pour vous, c’est répétitif, tout ça, mais je vais pas changer de référents culturels dans la nuit. Du reste, je reconnais une certaine capacité organisationnelle à cette plate-forme.
Perdue au milieu de mon scrapbooking virtuel, je me suis rendu compte que mes obsessions retro-teen ont quelque chose de salement faisandé. Ca m’a rendue triste. En fait ça m’a pris en voyant les girlgroups coréens, comme expliqué dans le post précédent. A trop glorifier les adolescences passées pour leur sens du style, de la rébellion, de la culture de contestation, et ce, contre l’adolescence über-marketée d’aujourd’hui, est-ce qu’on ne devient pas les vieux cons que ces cultures conspuaient, brandissant un “c’était mieux avant”des plus nauséabonds ?
Mince alors.
C’est comme si deux cultures adolescentes coexistaient. Celle, noble, “du passé”, essentiellement des années 80, reprise à qui mieux mieux par la culture hipster, un des derniers avatars étant ce clip “lawsuit in the making” de Revolver ; celle, censément méprisable, des vrais adolescents d’aujourd’hui, ceux qui chialent devant Twilight, s’écharpent entre beliebers et directioners, font les beaux jours du Petit Journal. Dans le genre, j’avais même prévu un post avec une playlist de chanson contenant le mot “teenage” pour faire une démonstration crasseuse par l’exemple (à savoir que Teen Age Riot de Sonic Youth > Teenage Dream de Katy Perry, oui bah hein). Il doit bien y avoir moyen de s’y retrouver, pourtant. Je vous renvoie à ce papier de Jack Parker sur One Direction (le it-boyband british du moment), gorgé d’une bonne humeur communicative. En voyant ces mômes, évidemment, on se gausse et on pense à toutes formes de déniaisement plus ou moins violent. Et pourtant… à un moment, le sourire se fait attendri. Faut-il lutter contre ça ?
En parodiant les ados et leur abus de langage SMS, où s’arrête le mépris de classe d’âge, où commence la fascination amusée ? Reconnaissons-le, il y a quelque chose d’indéniablement créatif dans ce langage et ces abréviations (même s’il y a aussi quelque chose de l’ordre du viol collectif de l’orthographe). Il suffit pour s’en convaincre d’écouter le personnage de Tamara dans Awkward.

Jenna lives.
Parlant de séries, justement, celles-ci montrent à quel point l’héritage de John Hughes est encore largement à digérer. En regardant les deux premiers épisodes facepalmisants de Jane By Design, l’autre jour, j’étais consternée de voir à quel point la mémoire de ce pauvre Johnny était tourmentée à chaque seconde. En regardant le show, l’évidence de la référence à Pretty in Pink est tellement énorme que c’en est insultant. Comme si proposer un ersatz d’un teen flick à succès du passé suffisait à faire un show quali. Oh oui, héroïne-dork-mais-stylée-qui-a-un-copain-plus-dork-tu-meurs-mais-veut-montrer-aux-riches-qui-la-méprisent-qu’on-ne-la-brisera-pas. Sauf que si Andie Walsh avait scoré un stage chez Vogue, je crois qu’on l’aurait moins élue comme icône crédible d’une génération ; le truc en plus de John Hughes, c’était pas l’histoire (qui tient en général sur un timbre-poste), mais une sensibilité en permanence sur le fil. Mais ça, c’est le problème d’ABC Family, aussi.
A l’inverse, un show comme Awkward. réussit l’exploit nous jeter au visage le potentiel brillant de l’adolescence actuelle (notez que c’est diffusé right now sur MTV FR le dimanche soir). Car oui, la série a tous les atours d’un énième teen show galvaudé relatant les mésaventures d’une fausse moche (l’actrice est canon) sur la route de la popularité et de l’acceptation dans son lycée. C’est à dire qu’en fait, au bout de 10 minutes du pilote, on aura eu droit à du sexe explicite et sans sentiment, de l’humour noir sur le suicide et des vannes dignes des meilleurs dialogues de Diablo Cody. Bienvenue dans l’âge ingrat. Awkward. réussit cette synthèse improbable entre l’esthétique un peu glossy des séries adolescentes actuelles type Pretty Little Liars tout en ayant ce petit supplément d’âme décalé à la Angela, 15 ans – including un wink assez évident via le blog de l’héroïne, sorte d’actualisation du journal d’Angela Chase, à ceci près qu’on peut consulter directement Invisible Girl Daily sur la plateforme Tumblr. Résolument premier degré (c’est un compliment), sensible et n’ayant d’autre public visé que des adolescents, on retrouve un peu cette teen-angst qui avait fait de l’adolescence un si bel objet cinégénique dans les années 80. Mais avec du langage SMS, de l’argot teen et des fangirls potentielles de One Direction. Et un casting, hormis les deux héros, de vrais adolescents. On est loin de l’imposition forcée de morale bien-pensante à la ABC Family, il n’y a pas de vampires, pas de sacs Prada, et c’est pas non plus trash-edgy comme Skins UK. Non, juste une môme qui glande sur un genre de crypto-Facebook et se fait balader par un mec, le tout raconté avec une liberté de ton assez inattendue. Ca a les défauts de ses qualités, mais cette Jenna (l’héroïne) n’est pas sans rappeler la sensibilité d’une Molly Ringwald (et l’utilisation de Sixteen Candles lors d’un des épisodes de cette saison 1 nous montre que c’est tout sauf une coïncidence)(j’ai chialé en regardant cet épisode – faut dire que Sixteen Candles, c’est si bien).
Thèse et antithèse (ou synthèse), donc. Deux séries s’inscrivent dans la lignée des teen-movies de John Hughes, avec plus ou moins de bonheur, même pas deux ans après sa mort. Ce n’est pas une coïncidence, mais ça invite surtout à ne pas renvoyer dos à dos l’adolescence rétro-Urban Outfitters-friendly et celle bourrée de fautes d’aujourd’hui et qui se fringue chez Pimkie (ou chez Express outre-atlantique). C’est sans doute pour ça que je me suis acheté des bijoux en toc fluo chez Forever 21 il y a deux semaines, d’ailleurs.