Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire.

Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire.

Quelle semaine, quelle fin d’année, mes aïeux!

Pas plus tard que mardi, je découvrai que mon jantil voisin du dessus, un quinqua d’obédience kabyle (comme tout l’immeuble – une véritable enclave igawawen, if you ask me), n’était pas danseuse exotique comme je me l’étais toujours plu à imaginer. Ce n’est pas que l’individu, un brin bonhomme et dégarni (qui plus est cycliste), me fasse fantasmer en quoi que ce soit ; non, c’est juste que mon quartier ayant conservé ce feel rétro que ne renierait aucune blogueuse mode, n’était son ancrage un peu trop treizièmiste, ce feel rétro, donc, m’a souvent renvoyée à mes lectures lycéennes quand on avait Raymond Queneau au Bac (Les Fleurs Bleues). J’avais lu Zazie dans le métro pour prolonger le plaisir et le tonton Gabriel, parfumé en Barbouze de chez Fior, y était danseuse exotique dans un cabaret pour “hormosessuels” (Oulipo + société encore un brin réac = that’s a bingo).

J’aimais cette idée : mon voisin rentrant tous les soirs à 2h du matin en moyenne, pour sauter dans sa douche (l’immeuble aussi a ce “feel rétro” 70s qui implique zéro isolation sonore), c’était une évidence. Pourquoi sauter dans la douche si ce n’est pour se défaire de la sueur mêlée aux paillettes et au maquillage d’une soirée de danse décadente et déhanchée, hmm? Je l’imaginais, jetant négligemment son truc en plume et son casque de vélo sur son canapé, allant se dévisser une bouteille d’Orangina ou de Canada Dry, pour se désaltérer après une soirée épuisante, en ouvrant machinalement les robinets de sa douche, dans une démarche pas du tout écolo-XXIe siècle, et vient ce qui suit. Read the rest of this entry

Conquest of Paradise

Conquest of Paradise

Un regard comparé sur l’Amérique de Hart of Dixie et celle de Once Upon a Time.

J'ai toujours su que le Chaperon Rouge avait tout fait pour allumer le loup. Djeez, what a slut...

Ces deux shows qu’a priori tout oppose (surtout le parti-pris CW-slash-pupute vs. le parti-pris ABC-slash-auteurs-de-LOST) mettent en oeuvre un ressort narratif de plus en plus fréquent désormais en Amérique.

Si l’un se passe dans le Sud de l’Oncle Tom et de Dolly Parton, l’autre se passe dans le nord-Massachusetts, les deux ont pour principe fondateur l’idée selon laquelle le pire enfer sur terre serait de se retrouver coincé dans une bourgade proprette états-unienne.

Ergo, Bluebell, Alabama / Storybrook, Massachusetts / Mogadiscio, Somalie : même combat, en fait. Ça donne des envies de “bitch, please”, j’en conviens.

Dans Hart of Dixie, Zoe Hart, une wannabe-chirurgienne en Louboutins se voit contrainte de quitter son Manhattan adoré pour s’installer dans une bourgade “typique” du Sud des Etats-Unis, Bluebell, Alabama. Il s’agit d’une de ces énièmes productions CW pour adolescentes nubiles, et c’est vendu en package avec les abdos du cast masculin + les mini-shorts de l’héroïne (qui se trouve être Rachel Bilson, it-girl chérie de ceux qui ont chialé leurs adolescence devant The O.C./Newport Beach).

Tout y sonne faux, des décors factices (“la place du village”, piquée à un décor de Gilmore Girls, “le cabinet médical”, pris aux sœurs Halliwell dans Charmed “le bayou”, récupéré dans la poubelle des décors de True Blood, etc.) au fake accent horrible de la blonde qui joue Lemon Breeland, la nemesis de Zoe Hart. Et pourtant, au milieu de ces intrigues prévisibles et téléphonées, quelque chose prend, sans trop qu’on comprenne pourquoi (mais c’est la définition-canon du concept de guilty pleasure, ce me semble).

C’est ce qu’on appelle l’effet Gilmore. Un des plus fameux succès télévisuels des années 2000, Gilmore Girls s’était bâtie sur deux éléments: l’écriture du show (le niveau des dialogues n’a jamais vraiment été égalé depuis) et l’atmosphère provinciale américaine qu’elle véhiculait, de façon assez novatrice pour l’époque. Une des prouesses de Gilmore Girls était en effet cette faculté à susciter la familiarité avec la culture américaine profonde (profonde Connecticut, mais tout de même); on découvrait une autre idée de l’Amerique, ni redneck, ni urbaine, et l’impression de confort qui s’en dégageait provoquait de violents désirs de Green Card. Depuis, chaque année, une ou deux séries tentent de réitérer l’exploit, sans trop de succès, mais toujours avec le même présupposé: cette Amérique provinciale est la raison d’être de 4 siècles d’histoire.

Ainsi, dans cette démarche de plus en plus fréquente depuis la fin de l’ère Reagan, puis de l’ère Carrie Bradshaw, Hart of Dixie cherche à nous vanter les mérites de la province contre la grande ville, et Zoe Hart est vouée à baisser peu à peu sa garde et à apprécier l’atmosphère smalltown sudiste de sa contrée d’adoption. Ce n’est un enfer sur terre que le temps d’un préjugé citadin, en somme.

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Au contraire, les épisodes de Once Upon A Time rivalisent d’ingéniosité pour développer un discours incroyablement doux-amer et mélancolique sur ce même rêve américain.

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99 problems but a bitch ain’t one

99 problems but a bitch ain’t one

Cette semaine, alors que je découvrais avec effarement que la jeunesse d’aujourd’hui ignore tout de la contre-culture, depuis son principe-même jusqu’à la liste de celles du passé (une sombre histoire d’étudiants n’ayant, à 20 ans, jamais entendu le mot “grunge”), je décidai de noyer mon chagrin dans un verre d’eau et d’oublier la conclusion déprimante de cette colonne du New York Times qui, bien que très discutable sur pas mal de points, vise plutôt juste sur un certain nombre d’autres points. Lesquels se résument à: ou bien les jeunes d’aujourd’hui n’entrent plus en contestation (sa conclusion), ou bien nous sommes en retour devenus de vieux cons incapables de piger goutte à ce qui anime nos benjamins (à 29 ans, putain, strong).

Une génération, like, so whatever, en somme.

Ce n’est pas faute de m’intéresser aux cultures adolescentes, pourtant, mainstream et counter-, passées et présentes. J’en veux pour preuve (car c’est le but réel de ce post, “on va pas se mentir” – Valéry Zeitoun, hiver 2000) ces deux contributions à la cinéphilie en ligne, sur Vodkaster: Read the rest of this entry

What needs to be done, needs to be done.

What needs to be done, needs to be done.

Alors c’est pas le moment.

Il est 7h25, je suis pas peignée, mon thé est encore trop chaud, j’ai un train à prendre, mais c’est un de ces cas de force majeure:

Avez-vous remarqué ce vrai retour de flamme sur Dirty Dancing, et sur cette scène en particulier? En à peu près un an:

- l’Arnacoeur. Ultimate pick-up move de Romain Duris. J’ai bien aimé la scène. J’aime bien Vanessa Paradis, c’pour ça. Fraîcheur de l’autodérision.

- Crazy, Stupid, Love. Ultimate pick-up move de Ryan Gosling. J’ai correctement aimé la scène: Ryan Gosling fait presque aussi bien le porté que Patrick Swayze (tout est dans les bras).

- le pilote de New Girl. Zooey Deschanel chiale en regardant le film parce qu’elle s’est fait larguer. Galvaudage du racolage actif de vagins. Quelle vulgarité.

Dirty Dancing a été un guilty pleasure d’adolescentes pendant plus de 10 ans. Maintenant, entre nostalgie et autodérision, le film symbolise à lui-seul la tendresse pour une niaiserie girly qui ne s’épanouit que dans les films.

Les adolescentes d’hier sont les bourgeoises d’aujourd’hui, et le film a subséquemment accédé au rang de “classique”, mais qu’en est-il? Cela signifie-il que hipsters mainstream de 2031 brandiront Twilight, la larme à l’œil en se congratulant (c’était si bien, oh, ça, on savait vivre à l’époque). Rhaa je sais pas, mais en termes de marqueur culturel, on est en plein dedans.

Kids & grandkids.

Kids & grandkids.

En me rendant jeudi matin à mon cinéma de quartier pour voir Tintin (définissez “cinéma de quartier” quand on parle de l’Avenue des Gobelins), une petite joie mêlée d’amertume s’est emparée de moi.

Le travail de Spielberg, Jackson, Moffat, Wright et tous ces gens fantabuleux qui se sont collés à la tâche, est spectaculaire. C’est comme un gigantesque LEGO, ce genre de lego dont on vous offre la boîte, avec des briques visant à construire une caserne de pompiers, et avec lequel vous construisez un hélicoptère. This awesome. J’y repensais à cause de l’utilisation faite de la Castafiore, entre anachronisme pour les tintinophiles chevronnés et cohérence évidente avec l’univers posé par Hergé. Non, vraiment. Mon seul bémol, c’est la révélation un peu trop rapide du prénom du Capitaine Haddock, que tout tintinophile du dimanche a recherché pendant des heures avant de trouver le graal chez le Picaros. Archibald se mérite.

Surtout, dans mon adulescence proverbiale, je me réjouissais de ma séance du matin, pendant les vacances, entourée de petits gamins qui demandaient bien fort des explications à leur papa qui les accompagnait. J’ai pensé à ces pères qui faisaient découvrir le reporter du Petit Vingtième à leurs rejetons. Et puis j’ai surtout pensé à mon ancêtre. Eux emmenaient leurs enfants, j’aurais aimé y emmener mon grand-père.

Non content d’avoir gratifié le Général d’un bro-hug de compét’, selon la légende, sa carrière de militaire lui a permis une retraite relativement précoce, pourvoyeuse d’un temps précieux pour éplucher la littérature “de genre” de son temps, essentiellement Goscinny, Uderzo, Hergé, Frédéric Dard, la famille Bruce (hé: mâle dominant dans les années 60, qu’est-ce que tu veux faire). Alors forcément, les SAS et les OSS 117, c’était forbidden territory pour nous autres “petits”, mais les Tintin et les Astérix, c’était Papy et Mamie qui satisfaisaient à leur rôle culturel de grands parents dans la seconde moitié du XXe siècle. A vrai dire, j’étais pas fan de Tintin: il m’énervait, ce con, à tout trouver tout de suite, je préférais Astérix, dont les relectures incessantes venaient toujours avec un degré de compréhension supérieur. Il m’a fallu du temps pour apprécier. Mais à 93 ans cognés, mon archi-vieux les relit toujours avec un plaisir non-dissimulé. D’ailleurs, il ne fait plus que ça. C’est le moment d’énoncer quelques vérités:

Fact: l’avantage d’Alzheimer (ou de la sénilité, le médecin de campagne n’a jamais voulu se prononcer sur la question), c’est qu’on peut redécouvrir Tintin et Astérix à chaque lecture (même la 729e en 729 jours).

Fact #2: l’avantage d’Alzheimer (ou de la sénilité, etc.), c’est qu’en voyant une adapt un peu taquine de Tintin par Spielberg, mon archi-vieux s’offusquera pas des libertés prises avec la lettre Hergé-ienne, et prendra son pied comme les gosses de ma salle de cinoche.

Fact #3: le problème d’Alzheimer/sénilité, c’est que déplacer l’archi-vieux au cinéma d’Alençon est un coup de dés qui n’abolit pas assez le hasard pour le tenter. Je veux juste qu’il tienne bon jusqu’à la sortie DVD.