Alors…

Alors ça commence simplement.

Tu veux t’amuser. Tu t’es fait larguer et tu t’emmerdes lamentablement sur le net. Parce que sortir, ça sert à quoi. Tu bosses toute la journée devant ton écran d’ordi, et des fois, tu te dis que t’aimerais bien faire des trucs plus funky. Ou parler à des gens. Nouveaux, de préférence.
Tu crées la chose. Et puis tu te dis que de toutes façons, y aura jamais personne qui s’intéressera à ça. Déjà, ceux qui te connaissent bien, t’es pas trop sûr, alors des individus-adresses IP lambda…
Puis un Philippe U pointe le bout de son nez. On te charrie, on te dit que t’invente des noms pour faire croire que t’as des amis. Mais non, des gens s’intéressent. Quelque part, tu te demandes pourquoi. Même les vrais amis que t’as, ils prennent pas la peine d’aller voir la chose. Pourquoi des adresses IP lambda le font? Puis ça devient grisant. Chaque micro-événement de ta vie, tu sens que tu peux le transcender, en faire un post. Tu te mets à écrire sur un carnet partout, dans le RER, à la bibliothèque en attendant un bouquin, tu souris seul en te promenant dans la rue en pensant à quel point ta vie, ça pourrait être un roman. Ou une chronique.
Puis des fois, quand même, toi, tu t’emmerdes. Tes lecteurs, les copains, ils font autre chose, ils sont pas leur journée entière devant internet. Alors tu cherches ailleurs. Et tu trouves. Tu vas sur d’autres blogs. Tu donnes ton avis sur un peu tout, au nom d’aucune légitimité, mais comme un ami sincère, parfois, parce que la virtualité permet ce genre de fantasmes. Et un jour, tu débats avec un autre lecteur. C’est marrant. Et tu reçois un mail. Tu réponds. Il répond. Tu réponds. Il répond. Tu te mets à connaître un peu mieux certains d’entre eux. C’est sympa. Ca change un peu ton quotidien. De nouveaux liens, à la fois complètement inexistants et complètement omniprésents se créent.

Tes amis participent quand même. Pas tous. Au début, tu te demandes. Mais certains se prennent aux jeu. Puis finalement, c’est surtout pour eux que tu postes, que tu écris. Pour voir leurs réponses. Au début, il y a comme une frénésie. Légère et omniprésente. De l’amitié, du questionnement existentiel et foireux, de l’auto-satisfaction. Les posts ont trois auteurs. Puis ça se calme. Tu te retrouves seul à tenir la baraque. Et quelque part, tu vois rapidement les limites de l’envie d’écrire. Le jeu n’est plus si drôle. Il deviendrait presque franchement ennuyeux. Puis tu redécouvres ce que c’est. Tu pars en voyage. Tu veux faire partager des moments. Et ça marche. Tu comprends alors une autre dimension de la chose. Suivre les humeurs. Echanger. Des fulgurances. Tes posts sont réduits à leur portion congrue. Une photo. Un clip. Une connerie. Plus simple, plus efficace. Ce sont les réactions qui en valent vraiment la peine. Tu remontes le moral à un ami déprimé pendant presque une nuit. Tu te sers des commentaires comme d’un journal de bord. Tu te mets des commentaires à toi-même. Tu te marres comme une baleine quand tu reviens du cinéma et que tu vois ceux qui se sont lâchées pendant une soirée. Tu analyses le Mondial.  Tu décris tes repas. Tu checkes Nyfah pendant qu’elle rédige. Tu te gausses devant les tentatives de knowledgisation informatique de Nitouche. Tu t’amuses à sélectionner leurs meilleures phrases.

Et quand tu te retrouves à les relire, parfois plus de six mois après, tu souris. Tu es ému. Tu te marres franchement. Tu te dis que putain, c’est sympa l’amitié. Que putain, qu’est-ce qu’on s’est marré quand même. Et que quand-même, c’est ça, le coeur du truc.

Et puis un beau jour, alors que tout allait pour le mieux, alors que tu te rendais placidement au Tournesol pour retrouver une Fanny qui t’aurait montré sa nouvelle coupe de cheveux, une Maud-Comment c’était la rentrée et un Thierry-C’est cool, on va se voir cette année, en vachement plus réel qu’une Nyfah, une Nitouche et un Marquis, en somme, alors que tout allait vraiment bien… ton lecteur MP3 rend l’âme. Sans crier gare. Sans que tu saches pourquoi. Décédé dans des circonstances non-élucidées. Bon, demain c’est mon anniversaire, j’attends vos promesses de dons pour en racheter un nouveau. Lésinez pas non plus, j’aimerais bien me fendre d’un I-Pod, en fait

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