You Can Brush My Hair, Undress Me Everywhere

Je viens de résoudre un mystère de l’humanité.

Vous avez tous, à un moment de votre vie, été confrontés à la dureté d’une réalité sociale assez implacable (car oui, la réalité sociale est souvent implacable, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle est sociale). Cette réalité sociale, c’est le style vestimentaire du prof. Devant un tel degré zéro du chic, vous avez tous, à un moment de votre vie, été dubitatifs.
Car oui, le look du prof, c’est plus souvent

(et encore je suis sympa j’aurais pu prendre les 3 suisses et là, ça faisait frémir)

que

Dans le jargon, ça porte un nom : le look Camif.
Et ça fait d’autant plus dubiter que, à ce qu’il me semble, à l’entretien d’embauche (dans le jargon, ça porte un nom : l’oral d’agreg), c’est costard/cravate pour messieurs, tailleur/talons pour mesdemoiselles, et non-négociable.. Alors pourquoi?
POURQUOI, BORDEL?

Est-ce qu’on nous dit, le jour des affectations : “Jeannette Desfontaines, tu es en poste à Grenoble, c’est bon, abandonne tes tenues chatoyantes, ton originalité, ton côté douceureusement déjanté, frais et pétillant, le catalogue de la Camif arrivera deux fois par an chez toi pour ton uniforme”? J’y crois assez peu.

Je viens de résoudre un mystère de l’humanité.
Il ne m’aura pas fallu plus de 2 cours. Et j’ai compris. O the cleverness of me, disait Peter (Pan, hein, ni Parker, ni Petrelli). Il avait raison : The cleverness of me, for fuck’s sake. Pour le premier cours, j’avais voulu créer l’impression, tout en ayant l’air un mini-bout décontractée. Ca donne : jean “de boulot”, ie. bien coupé, tout frais, pas délavé, pas un trou, rien, coupe droite très légèrement trompétisante pour faire greluche un peu classique mais pas complètement hype. Allez dire qu’un jean c’est rien qu’un jean, après ça… Je reprends. Jean “de boulot”, veste courte classouille, le tout marron (pas d’esbrouffe, hein, c’est moi le prof), bottines à 7 cm de talons. Classe et élégance. Pour le deuxième cours, j’avais décidé que je maîtrisais mon territoire, et je voulais plutôt apparaître dans ma prime nature de “jeune, casuelle et dynamique”, à base de pantalon un peu chic et pull long violet dur. Mais toujours le perchoir de 7 cm. Bien, ça. Un peu mode mais pas trop. En plus, en cas d’oubli de braguette, ni vu ni connu. Efficace. “Eh t’as vu, elle a un bon style, la prof, hein” (réflexion fantasmée d’un élève au fond à droite). J’ai même osé me lâcher les cheveux.
Qu’est-ce que j’avais pas fait… J’arrive dans la salle, fière de moi, de mon côté jeune prof dynamique, je vais te dégraisser le mammouth à coups de lipstick & glitter, moi… J’ouvre la porte.

Putain, le four.
Grand moment de solitude.

Ma Fac à moi, elle a pas d’amphis (et Jamel Debbouze pourrait être son frère). C’est idéologique. Que des petites salles. La fac à taille humaine. Les cons. Vous croyez que ça donne quoi le vendredi soir, une salle à taille humaine, qui a supporté des élèves de taille humaine pendant une semaine à taille humaine et des journées de cours de 8h à 18h à taille humaine? Le tout dans un matériau à taille humaine du genre crypto-préfabriqué, déconne pas, c’est pas la Sorbonne ici. Outre le fait que ça sent un peu le gibier mort, ça va chercher dans les 25°C par mois de février. 10 à 15°C d’amplitude thermique avec le couloir. N’empêche, on fait pas gaffe quand comme des cons, on sait qu’on peut dormir au fond si ça va pas, fait trop chaud/c’est trop chiant/”c’est trop bath mais j’ai dormi 2 h et vous vous êtes partis à quelle heure, putain mickaël il était bourré, il s’est pissé dessus”*. Non. Quand t’es prof, en tant que demi-dieu, tu dois être au-dessus des contingences matérielles. Pas faim pas soif pas mal au bide pas envie de pisser pas jambes lourdes pas chaud pas froid… Alors le col roulé, impossible de l’enlever, à cause du misérable marcel spécial soutif apparent en dessous, les cheveux lâchés, comme c’était un défi, j’avais rien pris pour les attacher…

Bref, j’ai perdu 2 litres d’eau en 3 heures. Quelle conne.
Leçon pour les 30 prochaines années. Pour le prochain cours, j’ai tout prévu : tunique large à manches courtes, pince à cheveux pour improviser mon chignon d’instit… Je résiste encore mais pour combien de temps…
Tout bien réfléchi, c’est tellement physique 3 heures de show debout, le top du confort, ce serait t-shirt ample (très important, le “ample” – à cause des auréoles), pantacourt en lin voire jupe culotte, et TBS aux pieds. Celles avec l’autographe de Florence Artaud (toujours plus confortable que mon perchoir de 7 cm).
Bref, un mystère de l’humanité complètement élucidé.

*anecdote inspirée de faits réels.

5 thoughts on “You Can Brush My Hair, Undress Me Everywhere

  1. Pingback: Lookin’ up to you, Ms. Horowitz | Virgoblog

  2. Tellement vrai. Le pire étant cette année, je ne peux plus ouvrir les fenêtres de ma salle, elles ont toutes été condamnées (trop dangereuses, elles risquaient de s’effondrer sur une de mes chères têtes blondes…ah, l’Educ’ Nat’ ce monde merveilleux). J’attends l’hiver avec une véritable impatience, au moins, je pourrais faire cours en pull sans me liquéfier au fil de la journée !

    • La tunique ample, pense à la tunique ample!! La robe housse a une certaine efficacité aussi, sinon: ça tient chaud quand il fait frais, et ça ventile en même temps…

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