Virtual I.D.

Tiens aujourd’hui je vais te parler de “la hype”.

Bon, en gros, Facebook. Je crois que c’est assez hype. En fait non, j’en ai fait l’expérience ce soir : ça l’est.

Ouais j’ai un compte Facebook (comme tout le monde), depuis 6 mois (comme tout le monde) et je donne dans la sociabilité superficielle (comme tout le monde aussi). Mais bon, depuis que j’ai vu que mon frère y avait créé un compte, je reprends espoir sur l’avenir de la chose. Et de fait, Facebook, c’est assez marrant sur certains plans, mais c’est pas pour parler de ça que me prend l’envie de poster, faut pas déconner, non plus. Sur d’autres aspects, c’est plus borderline, si vous me passez l’expression. Tiens, d’ailleurs, je m’octroie ce droit d’employer des termes ridicules à tort et à travers, je commence en disant “la hype” et en parlant de Facebook, alors à ce compte là… En fait c’est un site très discriminatoire.

Première étape, si tu tombes dans la facilité ultime et que tu te trouves trop drôle quand tu dis “Fesses Book”, c’est mort pour toi, vieux.

Deuxième étape, c’est quand-même mieux si tu tâtes un mini-bout en anglais. Plus classe, quoi.

La suite. Facebook est “un site communautaire de sociabilité et de mise en réseau”. Le but est donc que les gens se connaissent et se reconnaissent entre eux, d’établir des liens. En voici la sainte trinité : interpersonnel, interaction, biographisation.

Ca passe par le contact interpersonnel : tu ajoutes des gens comme “amis”. D’où, dans la belle langue de Shakespeare :

  • to friend someone, v.t. ajouter qqn comme ami sur sa page Facebook. Exemple, en français : “mais lui, trop je veux pas le friender, nan mais t’as craqué, ou quoi? Au lycée je pouvais pas le blairer, je me rappelle même plus qui c’est, ce loser”.

Eh ouais. C’est pour ça que je disais “la hype”.
Bon. Tu friendes tes potes. Le summum, c’est quand tu as 160 potes et que tu décides d’isoler tes meilleurs potes dans l’affaire (les Top Friends) ou que tu exhibes la masse de gens qui t’aiment en les mettant en mosaïque ou en créant une toile autour de toi, illustrant l’étendue de ta personal web, si tu me passes toujours l’expression.

Au-delà de ça, l’idéal de sociabilité voulu par Facebook passe par certaines interactions : des groupes de discussions, parfois aux noms fort cocasses (personnellement, j’ai adhéré à “I check PerezHilton 88 times a day“, “Last Action hero is one of the most underrated films ever” et “Hagelslag Appreciation Society“).
Il y a aussi des applications, jeux et autres tests, d’un amusement variable, ce qui me permet un message personnel : NON JE VEUX PAS ETRE UN ZOMBIE, NON JE VEUX PAS ETRE UN VAMPIRE, NON JE VEUX PAS ETRE UN LOUP-GAROU ET NON JE VEUX PAS SAVOIR QUEL EST MON NOM DE STRIP-TEASEUSE.
Merci.

Enfin, dernière modalité de la sociabilisation, tu biographises.
Et c’est là que ça devient énorme. C’est la vraie magie du truc. Parce que, par exemple, sur Facebook, y a un stockage d’images illimité. Vachement plus pratique qu’un blog, pour ça.
Et bien sûr, tu peux restreindre, mais pour ce qui m’occupe, on s’en fout. Même si inutile de dire que si j’avais entendu parler de Facebook en décembre 2005, ce blog n’aurait jamais vu le jour. Bref.
En plus de mettre des photos, tu peux mettre un “tag” sur les gens présents. Le tag c’est dire que jimmy sur la photo est “Jimmy Lefranc”, parce qu’il a un profil Facebook dont le lien est indiqué, que c’est ton pote, tu le connais, tu veux dire qui c’est. Ainsi :

  • to tag, v.i. action consistant à tracer l’identité d’une personne sur Facebook. Exemple (toujours en français) : “Tu as été taggée par François” (Jean-Claude VanDamme).

Grâce à cet outil merveilleux qu’est le tag, sur Facebook, tu crées ou tu nies une identité. Mettons une photo. Sur cette photo se trouvent 3 personnes : nyfah, Nitouche, et un pote de pote, t’as pas fait gaffe, il s’est mis sur la photo. Une fois la photo sur Facebook, tu tagges : Nyfah (photos), Nastie Nitouche (photos). Et c’est tout. De fait il y a 3 personnes, mais seules 2 mériteraient d’être citées. Ou comment nier une identité. Dans le même esprit, on trouve des photos de couples où seule une personne est taggée. On a envie de demander : “Mais ça par exemple, c’est qui l’autre?” “C’est personne”. Déjà qu’une rupture c’est difficile et vécu comme la perte d’un proche… là, c’est-à-dire qu’on ne perd personne, la personne n’a jamais existé.

A l’inverse, à force d’entendre parler de gens par tes amis, de les croiser sur le web, etc., tu n’as que des idées de personnes, somme toute très désincarnées. Et par Facebook, tu découvres d’un coup l’identité par le visage, parfois par le vrai nom de tous ces blogueurs que tu as pu croiser, ou tu mets enfin un visage sur ces noms que tu entends à longueur de journée, les amis d’école de tes potes, les exs de ton mec, les amis d’enfance. Tu reconstitues un puzzle. OK, faut avoir un côté nerd voyeur pour aimer ça.

Facebook, c’est tes fantasmes de démiurges enfin assouvis si tu le souhaites. C’est terrifiant voire assez scandaleux, mais la facilité avec laquelle on peut nier quelqu’un, ou tenter de définir son rapport à un autre en 3 mots a quelque chose de fascinant. Et par ailleurs, ça me rappelle assez les cours de sport où on devait former des équipes. Il y avait toujours ceux qui étaient pris en dernier et qu’on faisait semblant de pas voir, des fois même qu’on voyait pas du tout (moi, j’étais prise après les asthmatiques).

Le pire, c’est que cet aspect du phénomène mis de côté, c’est une interface très pratique et très distrayante.

Allez, pour contrebalancer, la prochaine fois, je parlerai d’un comic book assez chouettos.
Salut.

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