Déguisements, caméos et rencontres intergalactiques

Aujourd’hui, nous allons parler de la façon dont mon film de Thanksgiving, qui est en réalité un film d’Halloween, établit une connexion avec mon film de Noël. Tu verras c’est très simple (comme en plus, je ne prétends pas à l’originalité, ce sont des références que chacun peut maîtriser – bon, sauf ma pote Lise).

Lorsque Spielberg sort E.T. en 1982, il multiplie les effets ancrant son histoire dans la jeunesse du début des années 80, celle qui se saoule au coca, qui découvre les Walkmans et qui regarde Star Wars. J’aime beaucoup cette tendance à jouer la corde de la culture teenage pop dans les films de cette époque (un truc qui se retrouve pas mal aussi dans les Goonies et dans Retour vers le Futur, notamment). Ce qui fait d’autant plus sens que Star Wars est le film par excellence qui joue à fond la carte des produits dérivés dès les années 70. A côté de l’effet de réel culturel, il y a que Star Wars est la référence ultime en cinéma fantastique à l’époque. S’ensuivent un certain nombre de références disséminées au cours du film (les figurines de Boba Fett et Lando Calrissian avec lesquelles joue Elliott, les scientifiques du gouvernement qui respirent comme Vader, etc.). La plus amusante est néanmoins durant la scène d’Halloween, lorsque E.T. est camouflé en fantôme (une scène d’une mignonité relativement inégalable). Croisant un gamin déguisé en Yoda, E.T. devient nerveux et… “Maison! Maison!’

Au premier abord, on est dans la cinéphilie la plus totale. La référence est l’objet d’un gag appuyé (et trop chou!!). Pourtant, le principe de ce type de démarche en général, c’est de plus ou moins dissimuler ou aménager la référence à un autre film/auteur de façon à ce que seuls les initiés comprennent/remarquent. Là où en général ce type d’exercice crée quelques happy few qui ont les têtons tout durs à la découverte de la référence (yes, Quentin T., I’m talking to you), ici on cherche à fédérer, à créer de la connivence du spectateur avec le petit Elliott et ses amis (la référence est beaucoup trop connue pour exclure ou être codée). On joue sur l’affect, les jouets Star Wars font d’Elliott ton meilleur copain.

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Presque 20 ans plus tard, en 1999, George Lucas sort l’épisode 1 de sa saga, the Phantom Menace. Réponse du berger à la bergère, dans la séquence se déroulant au Sénat Intergalactique, on peut entrapercevoir un groupe d’E.T. dans une nacelle. (pour l’histoire, je précise que je les avais repérés dès que j’avais vu le film au cinéma – j’aime bien être une happy few, c’est une de mes fiertés de nerd)

Inévitablement, un jeu de miroirs se crée avec les multiréférences faites par Spielberg en 1982, pas vraiment à l’avantage de Lucas. Là où Spielberg ne faisait que montrer l’évidence (Star Wars comme LE film de référence pour la jeunesse de cette époque), Lucas semble rechercher la filiation. Dans un film vraiment pas terrible – je crois que ce film a brisé une partie de mes rêves d’enfance – ça sent le big-up pas très subtil pour rétablir un peu une légitimité à la démarche de Lucas (il en avait besoin, il lui fallait au moins excuser la création de Jar-Jar Binks). Bref, cette référence a une légère saveur de “moi aussi, George Lucas, je suis un des fleurons du New Hollywood” et “ouais, Spielberg, c’est mon pote, on a le même univers lui et moi” – sic transit gloria mundi.

Donc à la base, la référence est pas terriblement intéressante.

La morale de cette histoire, c’est que dans un film, le narratif est quand même vachement plus enthousiasmant que le méta-cinéma. Et à titre personnel, j’aime pas trop l’idée de la masturbation cinéphilique pour ce retour de référence. Je préfère voir la présence des E.T. dans Star Wars, Episode 1 comme un degré zéro de l’effet de réel, où on nous dirait que les E.T. sont vraiment une part de la galaxie lointaine, très lointaine. Du même coup, lors d’Halloween 1982, le nouvel ami d’Elliott aurait vraiment reconnu une superstar de chez lui dans la rue. Et donc c’est pour ça qu’il en était ému. Ça rajouterait du sens à la référence de 1982. Ça créerait une Comédie Humaine intergalactique et on nagerait tous dans le bonheur.

Joyeux Noël, les loulous.

12 thoughts on “Déguisements, caméos et rencontres intergalactiques

  1. Franchement, j’avais jamais fait gaffe à ça, et j’trouve ça trop “cuuuuuuuute” mais une question me taraude l’esprit : Pourquoi faire ce post aujourd’hui, le jour de noël ??? Tu t’ennuyais?

  2. Eh bah du coup je me suis refait les trois premiers Star Wars (le temps de constater à nouveau que c’est cette couille de Han Solo qui a très tôt forgé ma définition de l’idéal masculin – d’où mes problèmes par la suite).

    En revanche on m’a offert le coffret avec des inclusions modernes dedans et à chaque fois ça me hérisse. Comme de voir la tête d’Hayden Christensen entre Yoda et Obi-Wan quand Dark Vador vient de mourir. Je préférais celle du chauve cousu de partout.

    MAIS BON.

    • J’ai presque honte de le dire, mais moi je lui préférais Luke Skywalker. Des fois, on se sent con quand on préfère les jeunes premiers un peu chiants. En même temps, je suis sûre qu’il est capable de soulever un X-Wing par la pensée, maintenant, et ça c’est classe.
      Quant aux altérations faites aux premiers films… Ma foi j’essaie d’accepter, mais des fois c’est vraiment dur; du coup, je viens de passer une soirée à regarder les altérations faites par Lucas à ses films, ça m’a un peu filé le bourdon. Mais au final, je sais pas si je suis plus choquée par Hayden en fantôme ou par Yoda qu’on a dénaturé dans les prequels (nan mais Yoda qui fait une bataille de sabre, je peux pas, quoi)

  3. Tu parles de ce moment affreux où tout le monde crie “Ouééé excellent” dans la salle et où t’as juste envie de brûler le ciné ? Pauvre Yoda.

    Mais je crois que ce qui m’a dérangé le plus (et le plus manqué) dans les prequels, ce sont les paysages naturels – qui font que quoi qu’il arrive les trois premiers ne vieilliront jamais (alors que les décors en 3D, ça fini toujours par faire daté). Ça manque aussi un peu de cynisme, de répliques cinglantes entre les comédiens, et on peut pas dire que l’alchimie entre Hayden et Portman soit flagrante (ils ont pas été servi par le scénario mais tout de même, ces roulades niaiseuses dans un champs de fleur…). Faudrait peut-être que j’essaye de les revoir. Mais j’y arrive pas.

    • Moi je vais tenter le coup à mon retour à NY, je pense. Il faut que je voie si quelques années après, j’arrive à avoir un regard moins passionné. J’avoue que j’ai bien aimé le 3, ceci dit. Mais le 2, mon dieu, je pardonnerai jamais à Lucas. Je crois que même le fait qu’il ait créé un personnage aussi génialissime que R2D2 ne parviendra pas à effacer la love story ratée de Hayden et Portman…

  4. Salut,
    quelques mots juste pour dire que c’était sympa de te lire, et que le clip de Mariah Carey vaut de l’or, et que je venais de chez Elixie, aussi. ;)
    Bonne fin d’année de la vieille France,
    nico.

    • Oh merci! Ce clip de Mariah Carey, c’est comme un petit retour sur le début des années 2000, c’est beau c’est bilan!
      Bonne fin d’année à toi!

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