Yet another TL;DR post

Est-ce par hype, je me pensais une certaine affection pour les “so bad it’s almost good” movies, essentiellement parce que ces derniers se prennent suffisamment peu au sérieux pour permettre de juxtaposer un maximum de propositions aussi absurdes que l’intrigue d’un bouquin de Tom Clancy, contradictoires entre elles et indéniablement cools. Et puis dans le genre so bad it’s almost good, j’ai beaucoup aimé Heathers, par exemple (mais en fait c’est peut-être parce que c’est juste un film pas mal, à la réflexion – j’y reviendrai). Depuis, j’ai eu une épiphanie qui m’a mise mal à l’aise: si les so bad it’s almost good movies ne se prennent pas au sérieux, leur public, lui, se prend salement au sérieux – ça m’a rendue d’un triste, vous pouvez pas savoir.

Quand on m’a dit: “tu verras, Barb Wire, c’est un Casablanca futuriste avec Pamela Anderson dans le rôle de Rick (Humphrey Bogart)”, on pouvait entendre des couinements extatiques à travers la porte de mon bureau (heureusement que le monde de la recherche ne fonctionne pas sur le principe de l’open-office, si vous voulez mon avis, parce qu’entre ces découvertes, faire les 100 pas pieds nus pour faire venir le feu sacré et les home-made manucure parce que ça aide à réfléchir, on est pas rendus).

Mais rétablissons la vérité: Barb Wire c’est un Casablanca futuriste avec Pamela Anderson dans le rôle de Rick (Humphrey Bogart), Jango Fett *of Star Wars fame* dans le rôle d’Ilsa (Ingrid Bergman) et Drusilla des Feux de l’Amour dans le rôle de Victor Laszlo (Paul Henreid). En lieu et place de “Here’s looking at you, Kid”, la punchline de Rick version vagin-à-Playboy, c’est “Don’t call me Babe” (ce qui suscite un peu une réaction à la Marty McFly quand on le traite de chicken/mauviette), à la place de “This is the beginning of a beautiful friendship”, c’est “- I think I’m falling in love” “- Get in line!” (LOL – Jesus), quant au “Play it again Sam”, c’est DJ Radio Ecstasy qui passe un morceau anonyme d’un sous-Mötley Crue never-been dans un night-club made in Tijuana. Désormais, vous savez tout ce qu’il est nécessaire de savoir sur ce film pour briller en soirée mondaine (meaning: profitez de ces 1h49 de votre vie pour vous faire un bœuf bourguignon)

Ce film m’a gonflée. Déjà parce qu’il est mauvais (wooh breaking news!). Ensuite parce que 6 minutes de Pam qui se touche les seins sous un tuyau d’arrosage dans un strip-club, je m’y attendais aussi, mais je suis clairement pas le public visé. Surtout, ça m’a fait chier parce que le fait que je l’ai loué en dit long sur une certaine hype de la merde qui est finalement assez vite lassante. Au final, j’ai l’impression de plus en plus désagréable de m’auto-entretenir dans une posture de surplomb où le naze est trop cool et le bon est chiant. L’esthétique Tarantino, en somme, mais qui ne vaut que si on sait que Tarantino adore Bergman aussi (et je doute que le réal de Barb Wire ait eu la moindre connaissance de Bergman, que ce soit Ingmar ou Ingrid, pour le coup). Ainsi, j’aimerais savoir: où finit l’appréciation du fan à la Sandy Collora qui fait Batman Dead End, où commence l’ego boursoufflé de l’intello qui se fait un dîner de cons cinématographique?

Bref, cette posture m’a mise mal à l’aise. J’aime pas me dire que j’ai un regard de surplomb sur la “sous-culture”, peut-être aussi parce que j’aime pas trop la notion de “sous-culture”, et parce que la pop culture, je l’aime pas par sens de la dérision, je regarde pas la téléréalité en me disant que je vais faire “une étude sociologique” (grand moment de déni*** des années 2000, ça) et j’aime j’aime j’aime le premier degré (il faut essayer de temps en temps c’est d’un reposant). Regarder ce mauvais film m’a renvoyée à tout ça. Être dans la posture vis-à-vis de la culture populaire, ça il te faut pas faire, fieu, comme dirait Gueuselambix (ou était-ce Vanendfaillevesix?).

Tout ça est d’autant plus regrettable que Casablanca, c’est le premier “bon film” que j’ai vu. Au sens où Star Wars n’était qu’un film rigolo de Noël, et au sens où, à une certaine époque, on allait voir Se7en, non pas parce que Fincher était prometteur ou que Kevin Spacey devenait le mec le plus flippant de la décennie après Anthony Hopkins, mais parce qu’il se murmurait que Brad Pitt y apparaissait torse nu, et qu’une image subliminale montrait Gwyneth Paltrow décapitée. En revanche, on regardait Indiscrétions ou Casablanca parce que c’était des “bons films”, pas parce que le match sexy Cary Grant/James Stewart était formidable ou parce que les répliques d’Humphrey Bogart servaient depuis de va-tout à toute la gent masculine. C’était de l’éducation au cinéma, et c’était bien chouette. On commençait à regarder le film un peu la mort dans l’âme en se disant que noir et blanc ET VO, c’était  la garantie du non-cool et de la chiantise. On terminait avec des larmes plein les yeux, et une envie furieuse de revoir plein de films pareils. C’était l’époque où on aimait un film parce qu’il était “juste bien” et pas multiréférencé.

Maintenant, je vais prendre congé de la culture populaire lol, et retourner à mes pratiques semi-nazes qui sont regarder l’intégrale de the Hills avec des années de retard et tenter de dénicher un cycliste en dentelle pour mettre sous mon short en jean parce que j’ai vu que c’était cool dans un magasine. Et puis me faire un gommage Ayurvédique oriental sur les tibias et les mollets, parce que ça sent bon, et ça suffit à faire mon bonheur en ce moment (Sultane de Saba, wouh wouh wouh).

Je suis fatiguée.

22 thoughts on “Yet another TL;DR post

  1. Pingback: Tweets that mention Yet another TL;DR post « Virgoblog -- Topsy.com

  2. Hello,
    En fait, je crois que je suis dans le même cas que toi. J’ai eu la révélation en sortant du cinéma l’autre jour, où je venais de voir Iron Man 2, qui est juste une sous-bouse qui n’a même pas l’ironie du premier.
    Et je me suis dit que ça commençait à bien faire, entre ça et les blockbusters matés en streaming avec une pizza surgelée, c’était une forme de masochisme.
    Je vais me remettre à voir du bon cinéma, des choses un tant soit peu EXIGEANTES. Il y a trop de monuments du cinéma que je n’ai pas vu (genre Casablanca), et qu’à force de me réfugier derrière une posture cool (on regarde des films du dimanche soir sans prise de tête), je me contente de la médiocrité, alors qu’il existe un cinéma qui exprime une vraie sensibilité d’auteur, qui a une vraie recherche formelle et que je m’en détourne volontairement.
    Ca me permettra de continuer à regarder Gossip Girl avec l’esprit en paix.

    • Gossip Girl s’enfonce un peu plus chaque jour dans le choix absurde, comme: caster Billy Baldwin pour jouer le père Van der Woodsen, ach.
      Pour Iron Man 2, c’est vraiment dommage parce que la bande-annonce faisait plutôt envie à la base – j’ai vu le 1 et bien aimé sans plus, mais comme j’avais bien aimé sans plus SpiderMan 1 et adoré le 2 qu’était bien foutu et malin, je me disais… Mais bon, tout ça pour dire, il ya des blockbusters vraiment bien et malins, et si je suis contre la dichotomie film d’auteur=génial/blockbuster=grosse bouse, et si je clame partout que le cinéma populaire peut être excellent, il n’en reste pas moins que certains blockbusters ou films de série B ou autres productions archipopulaires peuvent être de vraies merdes. Ergo Barb Wire qui m’a énervée (je pense que l’idée avait pourtant du potentiel)
      Je suis sûre que tu peux trouver Casablanca en streaming qqpart en plus! ou à 3$ sur iTunes, en fait. Et puis après l’avoir vu, tu liras toutes les histoires sur les coulisses de tournage, et ça paraîtra soudainement très rocknroll!

      • Je suis tout à fait d’accord sur le fait que des Blockbusters peuvent être tout à fait chouettes : j’ai été fan de Batman Begins et de Cloverfield par exemple.
        Non je déplorais simplement chez moi une sorte de paresse qui s’est installée alors qu’il fut un temps où je retirais un VRAI plaisir de voir des films de cinéphiles.
        Concernant Gossip Girl, j’ai un peu de retard (j’en suis restée à Chuck qui se fait vider de son hôtel).

        • Oh mais y a un major update sur Blair & Chuck suite à ça – un truc auquel on croit pas trop du reste, la chose la plus intéressante de la storyline à venir, c’est la robe Matthew Williamson que porte Blair – une tuerie!

  3. d’ailleurs, on a tellement sombré dans la “cool attitude hype j’me prends pas la tête” qu’il n’y a même plus de film le dimanche soir à la télé, juste des redifs de séries merdeuses… C’est dire le degré d’exigence qu’on a effectivement perdu…
    Je ne peux qu’être d’accord et déplorer. (même s’il m’arrive aussi, soyons francs, d’adorer mater des bouses sans me prendre le chou)

    • Ah mais soyons francs en effet! Je dis pas “wouh, on a trop peu de temps sur terre, autant le passer à regarder le Septième Sceau, Ivan le Terrible et la filmo d’Orson Welles” (même si 2 et 3 sont fort bien! – pas vu le 7e sceau), je trouve cette position assez agaçante, parce que méprisante de la culture populaire, et c’est fâcheux. Quand je dis que j’aime le premier degré, c’est vraiment ça: pour moi, regarder un bon vieux show pour ados, ou la téléréalité, c’est pas un objet d’étude, c’est typiquement pour se vider la tête et c’est ça qu’est cool, et je le renierai jamais. Mais c’est un équilibre tendu à tenir.

  4. Alors ça, je compatis carrément. Moi, c’est un peu l’effet inverse. J’ai tellement été plongé dans la culture mainstream qu’était la génération StarClub 90’s que je m’en suis gavé, au point de rechercher, une fois ma campagne profonde quittée, un intellectualisme culturel de haut vol.
    Résultat : je me la pète mortellement avec des références de partout, et voir Iron Man 2 me rebute bien plus que n’importe quel film turc sous-titré en allemand importé de la Berlinale. Et je crache sur Lady Gaga pour lui préférer d’obscurs rockeux venus du Nord sous prétexte qu’ils renouvellent le pop-rock céfran. Grave erreur.

    En gros, la situation est à rendre schizo : comment trouver l’équilibre ? Parce que, en vrai, j’connais les paroles de Bad Romance par coeur autant que la partoche du Lac des cygnes. Mais j’suis plus fier de la seconde que de la première. D’où : qu’est-ce que je dois changer, mes goûts ou mes fréquentations ?

    Gnarf.

    • L’issue de tout ça, c’est de voir que Bret Easton Ellis a pris la peine de dire qu’il trouvait les paroles de Bad Romance cools (enfin il l’a pas dit comme ça, mais disons qu’il a approuvé sur un point). Je vois le côté schizo en effet – j’ai baigné dans un milieu où finalement, avoir les grands classiques et aller dans des cinémas d’arts et essais était une norme, et où du coup le snobisme passait par la faculté à affirmer bien aimer Star Academy et écouter Britney Spears décomplexé. En même temps c’était une posture qui m’allait bien puisque c’était très vrai de mon côté, mais c’est juste qu’au final, ce ne sont ni les goûts ni les fréquentations qui sont à changer, c’est juste savoir pourquoi on aime bien ceci ou cela. Est-ce pour impressionner la galerie, ou pour se faire plaisir? Je me suis pas fait plaiz en regardant Barb Wire, je dirais.

  5. Oh ben qu’est-ce qu’il s’est passé ?

    Bon sinon pour le reste, oui il existe des films “populaires” de qualité (j’ai déjà parlé de Nora Ephron ?), le tout, c’est d’être clair avec soi-même et de savoir dire : ça c’est bien, ça c’est pas bien, qu’on parle de films de Bergman ou de films pop.

    • Disons que j’ai l’impression qu’à force de vouloir défendre le fait qu’il y a des films populaires de qualité, j’en ai un peu oublié qu’il y avait des films populaires “de merde”. C’est étonnant, dit comme ça, hein… Mais bon…
      Pour mon layout, ça s’améliore, non? (principalement, j’en avais marre de ce “Virgoblog” surdimensionné)

  6. ce que tu dis est très juste et touche à un truc qui flotte clairement dans l’air depuis quelques mois (années?).

    j’ai l’impression qu’il y a aussi une autre conséquence de ça : avant, quand les gens arrivaient à leur “vie culturelle adulte” (associée groso modo à un déménagement vers la grande ville, au début des études supérieures) le premier réflexe était celui que décrit Charlie plus haut : se nourrir de culture “intello” et mépriser le mainstream. appartenir à un groupe par le biais de références classiques partagées. après s’être gavés de Truffaut et avoir jeté leur télé, les filles devenaient des Annie Hall et les mecs des Solal, disons.

    Or comme aujourd’hui ce qui est à la mode dans ce même groupe c’est le sacro-saint “ridicool”, dans les fringues, les films, tout, les gens qui commencent leur “vie culturelle d’adulte” là dedans, se retrouvent à aller naturellement vers ça. des films bof bof mais qu’on commente en se sentant plus malin que les autres.

    sauf que ça donne aussi des gens qui juste n’ont pas beaucoup de culture “classique” derrière. ce qui devient donc un non-sens de la posture de départ.

    je suis consciente que ce que je dis sonne un peu snobouille ou réac-ish mais je crois que c’est une conséquence inévitable du truc quand on a pas eu un “avant” ça, nan?

    • J’avais pas pensé à ça, c’est possible. Disons que dans le milieu d’intellos chevelus dans lequel je suis immergée il y a relativement pas mal la culture ciné-club. Cela étant, cette culture de la merde qu’on apprécie au second degré m’agace, parce que ça manque un peu de fraîcheur, à force. c’est bien aussi d’apprécier un truc “parce que c’est bien” – et moi aussi je suis super réac-ish avec cette position
      (+10000000 pour ce terme!)

  7. Très chouette débat dans les commentaires!
    J’ai hâte que tu écrives au sujet de Heathers… je n’arrive toujours pas à avoir un avis sur ce film, qui oscille entre grandeur et nullité absolues.

    • Ah merci! Je me disais que le ton blasé de ce post était un peu déprimant, donc bon… Quant à Heathers, je suis un peu sur cette ligne, mais l’idée de fond est quand même tellement cynique que c’est formidable, d’un sens. Ca fait partie des inspirations de Tina Fey pour Mean Girls, par ailleurs. En fait, j’ai l’impression que le côté “archi-nul” tient surtout à ce que ça a atrocement mal vieilli (que ce soit les looks, la façon de jouer, ou la façon de créer une atmosphère angoissante). Bref, jsais pas mais c’est complexe, il me semble…

      • J’ai enfin vu Heathers, y a pas longtemps et je me suis justement demandée en lisant en quoi c’était un film “si mauvais qu’il en devient bon”? C’est trés décalé sur le fond, par rapport aux autres films du genre, de l’époque, carrément noir et glauque, mais funny et cool grâce aux fringues kitsch et aux coiffures, ce qui n’était surement que très ordinaire à l’époque de la sortie.
        D’autres exemples de films du même genre?

        • Je pense qu’il a un peu hérité de ce statut en raison du fait qu’il a salement mal vieilli, et qu’il y a Shannen Doherty, et que Christian Slater & Winona Ryder sont également frappés de has-beenitude. Comme tu dis, par ailleurs, le ton est très décalé, mais du coup, le décalage a, à mon avis, mal passé le cap de 1990. Mais dans le fond, je pense sincèrement qu’il y a qqch de pas mal dans ce film. Il y a une ambiance malsaine pas trop mal foutue, et une tendance à aller jusqu’au bout de l’idée. Mais la fin est, à mon avis, assez ratée, les acteurs n’ont pas un jeu stellaire, et c’est dommage (mais ça aussi, c’est peut-être un truc de mode passée). Quant aux looks, je suis d’accord avec toi qu’ils sont très bien. Au final, on voit bien qu’il y a tout un plan cohérent qui a été mis à exécution dans ce film, il n’y a rien de “random”, donc en soi, je suis assez d’accord pour dire que ce n’est pas un film mauvais ou “si mauvais qu’il devient bon”. C’est un film plutôt cool qui a mal vieilli.
          Pour des films similaires, je ne sais pas ce que tu recherches. Si c’est un plan teen-movie des années 80 avec des jeunes sacrément lookés, et un ton plutôt intelligent, un nom: John Hughes. Il y a le ton satyrique dans Weird Science, les looks et un côté dramatique avec le questionnement sur les strates sociales dans Pretty in Pink et Some Kind of Wonderful (j’adore les looks de Some Kind of Wonderful) et l’intelligence ultime dans Breakfast Club.
          Si tu es sur le créneau “comédie noire lycéenne”, les deux choses qui me viennent à l’esprit sont Mean Girls (Lolita Malgré Moi) et Jennifer’s Body. Dans un cas comme dans l’autre, Tina Fey & Amy Poehler et Diablo Cody ont explicitement cité Heathers comme une référence, donc à mon avis ça te plairait.

  8. Pingback: Neo-sincere, post-ironic « Virgoblog

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s