Le blogueur est un superhéros

Finalement, ce que nous apprend – entre autres – Kick-Ass, c’est qu’avec un peu de bonne volonté, de bidouillage visuel fait maison et un bon pseudo, on peut devenir un better self.

La rencontre entre Kick-Ass et son rival Red Mist m’a fait penser à un grand moment de la vie du blogueur, ce moment où on passe de l’autre côté de l’écran pour la rencontre irl (un peu de langage geek n’a jamais fait de mal à personne). Ni l’un ni l’autre ne se connaissent indépendamment de leur alias, et KickAss bombe un peu le torse pour faire croire qu’il a des pecs pendant Red Mist lui fait faire le tour du propriétaire de sa “Mist-mobile” – sans doute tunée par X-zibit lui-même (j’ai failli faire une remarque comme quoi Pimp My Ride est le meilleur show MTV ever, mais depuis, j’ai commencé à regarder the Hills, alors y a débat).

– Nom d’une pipe, si pourtant ils savaient qu’en vrai Kick-Ass est le mec qui aurait dû jouer Harry Potter *depuis le début*, et que Red Mist n’est autre que McLovin, hawaian organ donor… –

Ils doivent donc s’entraîner à incarner un peu leur personna de superhéros – cette version plus cool d’eux-mêmes. Alors évidemment, ça s’inscrit dans le développement récent du superhéros qu’on doit entre autres à Sam Raimi ou à Christopher Nolan, où ce dernier relève plus d’une problématique de développement personnel que d’un réel idéal de justice et de paix dans le monde. Et donc si nous autres greluches, on s’était plantées quand en 2005, on affirmait que notre blog, c’est un peu Bridget Jones meets Carrie Bradshaw? et si, en vrai, on était dans le paradigme du superhéros depuis le début?

Quand on crée un blog, on décide d’être quelqu’un, et que ce quelqu’un a des qualités hors du commun ou quelque chose à apporter au monde. On lui trouve un alias, un visuel, et une personnalité. Et vous savez, quand un blogueur se fait appeler par son pseudo dans la vraie vie, en fait, c’est bizarre. Parce que c’est une double vie, et très franchement je vois mal Peter Parker trouver normal qu’on lui dise “Hey what up Spidey” quand il va acheter son latte au deli d’en bas le matin dans son accoutrement de dork qui a un exam de physique à la fin de la semaine. De la même manière que la vie de Peter Parker serait à ça de l’implosion si tout son entourage venait à savoir – oh, et si c’était Bruce Wayne, ce serait encore plus l’apocalypse -, on se voit mal dire à la famille et aux copains qui on est quand vient le soir. Pourtant, quand une ébauche de succès d’estime s’installe (c’est à géométrie variable: ça peut être s’enorgueillir de 200 pages vues par jour ou le lancement de sa ligne de chaussures de grande distribution), on a plutôt envie d’épater la galerie et de dire “oh btw, tu sais ce type si cool que tu adores lire, eh ben c’est moi”, un peu comme quand Tony Stark fait son kéké à la fin d’Iron Man. Mais pourtant, pour beaucoup, la vraie vie et le blog sont deux timelines qu’il vaut mieux tenir un minimum séparées.

Quand un blogueur rencontre un autre blogueur, ou un de ses lecteurs, c’est un peu awkward awkwardness et tout ce qui s’ensuit. Partant du principe qu’il s’agit d’un principe de double vie, quand il y a collision, on se sait plus qui être, soi ou son alias. Déjà, comment se désigner?  Un pseudo, ça claque sans doute sur un écran pixélisé, mais dans les faits, se faire appeler “CarrieB” ou “Choubidouwa” dans la vraie vie, c’est plus tendax (ou NextTrend, PunkyB et PrincesseAudrey, for that matter). D’ailleurs, les seuls blogueurs un peu pérennes sont ceux qui ont réussi à faire de leur alias une version à peine modifiée de leur vraie identité – un beau sujet de maîtrise en perspective, ça. Et sinon, tu fais quoi dans la vie? Mais et ton blog, ça t’est venu comment? – Nom de dieu, ça sonne tellement blind date, tout ça, c’est si vilain. La bonne nouvelle, c’est que cette gêne passe vite, parce que dans le fond, on est du même monde.

Non non, le pire, c’est quand quelqu’un de l’entourage irl insinue un petit “ah j’ai lu ça sur ton blog”/”alors, ça donne quoi Virgoblog?” – d’un coup, tant de choses se téléscopent, on se sent en danger. C’est comme si un mec venu de nulle part venait et arrachait la chemise et le pantalon de Clark Kent pour montrer que, comme un con, il a un justaucorps et des collants bleu EDF sur lui (alors que, et c’est bien connu, le vrai mec cool n’a que des boxers gris ou noirs). Alors oui, remis à la bonne échelle, bloguer, ça joue avec un sens du danger. Danger de s’exposer, de ne plus être pris au sérieux dans la vraie vie ou que les affects personnels empiètent sur l’alias du blog, voire de ne plus avoir cette vraie liberté chérie d’écrire tout plein de bêtises que permettait l’anonymat (cf. 95% des notes de fermeture d’un blog). Donc: si vous m’aimez (ou pas), dites-le moi par mail ou en commentaire, mais dans une conversation de la vraie vie, je risque de devenir toute rouge et muette comme une carpe au visage renfrogné – je suis plutôt très pleutre face au danger (ah ça, on se demande bien ce que j’aurais fait en 1940). Le cosmos, gens, pensez donc au cosmos.

Donc pour répondre à la question de Dave Lizewski, “how come nobody ever attempted to become a superhero in real life?“, je dirais: they did. And they came up with blogs.

21 thoughts on “Le blogueur est un superhéros

  1. Pingback: Tweets that mention Le blogueur, ce superhéros « Virgoblog -- Topsy.com

  2. Petite réponse juste en passant (parce qu’après il faut que je fasse ma valise).
    “Become a better self”, c’est un des trucs que j’admire pas mal chez certaines blogueuses, c’est la capacité à ce créer une identité cohérente, un univers personnel reconnaissable.
    Moi dans la vrai vie, je ne sais pas réellement qui je suis, alors en plus être capable de mettre debout un personnage de blogueur? That’s a tough one!

    Et sinon, depuis que je suis ado, je fréquente des forums (et un peu des chats), où j’ai un pseudo. Et les gens du forum sont devenus des amis, et c’est vrai que les premières fois où ils m’appellent par mon pseudo c’est toujours un peu weird. Un peu comme s’ils parlaient de quelqu’un d’autre.

    • C’est là qu’il y a une vraie complexité, en plus: une blogueuse (ou un blogueur, ne soyons pas sectaire) qui crée un univers reconnaissable est assez classieuse, en effet, mais dans le même temps un peu prisonnière de ce qu’elle a créé (cf. Violette qui s’en est plaint récemment, ou Valérie de Crêpe Georgette – voire un peu Simone de Bougeoir qui semblait un peu empêtrée dans son personnage à un moment pour finalement arriver à le faire évoluer). Moi, j’ai jamais réussi à instaurer trop de cohérence, de ce point de vue.

      Sinon, merci de partager cet embarras du pseudo (ou du titre de blog, en ce qui me concerne). Pour moi, c’est une vraie expérience de l’étrangeté!

  3. Je trouve ça assez proche des rencontres irl post sites de rencontre. Ca m’est arrivé quelques fois (yes, I’m desperate, yes), et simplement, tu sais quand tu sors de chez toi que c’est une terrible erreur que tu es entrain de faire. Parce qu’effectivement, tu t’es créé un personnage, que l’autre s’est créé un personnage, et que confronter deux personnes réelles avec deux perceptions de deux personnages … c’est coton. Mais rien de neuf, right.

    Sans transition, tu pourras te superheroïser avec http://cpbherofactory.com/

    Et enfin, la vraie classe, c’est pas le boxer noir ou gris (ça c’est le “en vrai je m’en fous” et un type qui se fout de ses undies, c’est un type qui se fout de ce qu’il met dedans) : la classe, c’est de réussir à trouver un boxer super coloré qui t’aille bien QUAND MEME. Là, y’a du level.

  4. J’ai essayé l’amitié IRL après s’etre rencontré via les blogs. Mais pour moi ca n’a pas marché. Pas naturel, on ne connait que ce que l’autre ecrit et étant notre seule référence c’etait compliqué de dépasser ca.
    ET j’aime assez ta vision du bloggeur. Ca me plait de me voir en super heros. J’ai enfin une légitimité pour remettre mon costume de Wonder Woman! :)

    • Je vois ce que tu veux dire; c’est comme pour toutes les formes de sociabilité, finalement, des fois le contact passe, des fois il ne passe pas, à cette différence près qu’on pense d’entrée de jeu qu’il va forcément passer. Moi je me suis fait de très bons amis grâce à ce blog, malgré tout mais aussi des connaissances plus insignifiantes ou anecdotiques (mais ça on peut aussi le sentir dès les e-échanges, je pense)

  5. Lorsque j’ai commencé mon blog, d’entrée de jeu je n’ai pas voulu me créer un personnage ; c’était plus un exutoire où j’utilisais un pseudo, en transformant un peu les choses. Comme lorsque tu pars en vacances dans ta résidence secondaire : c’est chez toi mais différemment, tu es toi mais pas complètement.

    J’ai rencontré deux blogueurs IRL, mais après de loooongues années à se lire mutuellement, à apprendre à nous connaître mieux. Ça c’est très bien passé.

    Les blogueurs, même ceux qui ont crée un univers / une identité comme les acteurs, livrent malgré tout une part d’eux-mêmes à travers leurs posts (sauf si lesdits posts ne racontent jamais rien de “personnel”).

    Les liens de “copinage virtuel” que nous avions tissé se sont transformés en copinage IRL, voire en amitié ; chacun a cependant bien fait le distingo entre le blog / le pseudo et la vraie vie / le vrai prénom.

    C’est un truc à devenir schizo sinon !

    • Je ne dis pas le contraire. A partir du moment où tu écris, même si c’est pour décrire ta vie, tu crées et tu édites. Si on y réfléchit, ce blog aussi porte mon nom, je m’appelle Virginie et mes amis (certains du moins) m’appellent Virgo depuis 2002, l’anecdote débile que j’ai mis dans le “About” est vraie aussi, et tous les détails que je donne sont vrais (pas assez d’imagination pour trouver des trucs nouveaux). Mais le simple fait de les mettre en récit recrée un toi/personnage.
      C’est ça que j’appelle devenir un “better self”, soi, mais en mieux (comme disait je sais plus quelle couve de Glamour).
      Sinon, heureusement que l’e-friendship est gérable à terme, mais ça demande une certaine gymnastique malgré tout!

    • Le débat est ouvert! Je pense que le combo boxer gris ou noir signale en effet un je m’en-foutisme latent, mais c’est aussi le pari de la sobriété – on voit l’homme et pas ses dessous – ça a un côté no-bullshit. Les carreaux, why not, la vraie faute de goût, c’est finalement le blanc, hein…
      (et puis t’es no Superman, t’es un pote IRL, pas un blogueur, eh!)

      • le boxer noir ou gris c’est l’absence de danger, tiens, puisqu’on en parle ! C’est le principe du basique : je sais que je vais assurer mes arrières en étant classe un minimum…
        Donc si on va au bout de la logique aucun blogueur digne de ce nom ne devrait être autorisé à porter des boxers noir et gris ! -enfin, en tant que dans son être de blogueur en tout cas. Parce qu’en tant que dans son être de vraie personne oui, au contraire même. Capito ?

        • Alors ce serait pour ça que, alors même que je sais que jean-t-shirt blanc – talons rouges est le meilleur combo pour être sexy, je m’obstine à tenter des choses comme la combi en dentelle American Apparel ou les énormes baskets blanches montantes de mec? Genre je suis tellement dans mon éthos de blogueuse que j’emmerde le basique pour me mettre en danger? Sapristi!

  6. hahaha ! moi le truc de la mise en danger ça me fait penser à quand des acteurs (connus) disent à la télé qu’ils se sont vraiment mis en danger pour ce rôle, que c’était éprouvant et qu’à la fin il ont mis plusieurs semaines à réussir à sortir du rôle etc.
    Là il y a toujours quelqu’un qui va dire, choqué : ouais n’importe quoi faudrait qu’ils sortent de beverly hills une fois dans leur vie, les pompiers et les soldats eux ils font des métiers vraiment dangereux !

    alors ok le lien avec ce que tu dis n’est pas clair du tout mais ça m’a fait penser à ce truc que je trouve plutôt marrant, le ressenti de l’acteur face au sarcasme de l’autre, et l’idée du danger et d’être un super-héros quelque part :)

    • Lol – tout est une question d’échelle évidemment, mais si on va par là, je pense aussi que les Ewoks se sont grave plus mis en danger quand ils ont attaqué l’Empire Galactique que des soldats en Afghanistan qui ont rien d’autre à foutre que danser sur Lady Gaga. On dira ce qu’on voudra, on m’ôtera jamais ça de la tête.
      Cela étant, c’est ce que j’ai vraiment bien aimé dans Spider Man 2 – que le vrai danger dans le film, ce soit moins Doc Ock que Spidey qui est néfaste à Peter Parker.

  7. haha! j’ai créé mon premier blog en 2001 : je venais d’avoir mon bac et je racontais des trucs et des machins avec un ton “rigolo” (je mets entre guillemets pour me moquer un peu et parce que je crois que c’est ça que je voulais, toute naïve et toute abreuvée par la lecture de “20 ans” que j’étais)

    ce blog c’était une façon de m’aérer la tête à côté des disserts de philo de la prépa. mes potes me lisaient et me trouvaient drôlement “rigolote”. oui, oui, tout ça était vraiment très rigolo.

    puis, à un moment, j’ai senti cette schizophrénie où, au supermarché, dans la rue, quand je regardais un film, j’entendais le moi-de-mon-blog commenter tout en voix off. j’avais cette petite voix sans cesse, comme une parodie du “ton rigolo” de mon blog et ça me rendait foldingue ce truc alors j’ai arrêté mon premier blog à cause de ça.

    (fin de l’anecdote ;) )

    • Rha putain!!!!!!!!!!
      Hum, non mais oui, c’est trop ça – et des fois c’est fatigant. Finalement, je crois que quand j’ai regardé Barb Wire l’autre jour, c’est un peu ce que j’ai ressenti. Quand je vous parle des films du Brat Pack ou que j’explique que je suis une nana parmi 1 milliard qui fantasme sur Fitzwilliam Darcy (en vrai, c’est plutôt Mr Knightley, mais bon), c’est Virginie qui vient se déverser sur son blog, faute d’interlocuteurs dans la vraie vie. Et c’est genre vachement agréable à faire, et c’est ce qui me porte ici. Mais quand je regarde Barb Wire, je me rends compte que ma motivation c’était un peu aussi d’essayer d’amuser la galerie (et in fine, c’était un gros échec, le film ne m’ayant pas amusée, etc.) et c’est vrai que cette situation devient stressante, quand tu vis ton interaction avec le mec de Starbucks en fonction de la façon dont tu vas la raconter sur le blog. Je faisais ça en 2006, lors de mon premier blog (2001, c’est sacrément classe! – et geek ;)) et ça m’a moi aussi vite usée. Non seulement, si la démarche est très enthousiasmante au début, elle devient vite mécanique, mais en plus, il y a un côté émotionnellement épuisant derrière ça, je trouve…

      • mais oui! c’est exactement ça! cela dit, à l’époque je sais que ça m’a vachement aidée à me “positionner” face aux choses, parce que j’étais vaguement jeunette. puisque toute mécanique suppose d’abord de construire son propre “système” (chose qu’on ne pense pas souvent à mettre dans sa to do list, en fait) et j’ai l’impression que ça m’a fait gagner du temps à mieux comprendre mes goûts, les trucs qui me faisaient le plus rire, les gens qui m’inspiraient. zuper zuper!

        (et j’ai certes commencé tôt mais j’ai très mal évolué après et aujourd’hui j’écris plus que des conneries. du coup c’est comme apprendre à lire à 2 ans pour ne finalement dévorer que des Marc Lévy plus tard : un genre de gâchis contre-productif)

        • Oui, comme je dis souvent, j’aimerais pas trop trop que des gens que je connais de maintenant lisent ce que j’écrivais il y a 4 ans, parce que c’est un peu crétinos tout ça. Mais ça m’a apporté à un point… On en revient à Kick-Ass, où Dave Lizewski se sent un peu plus bogoss à partir du moment où il a son costume de Kick-Ass sous ses fringues… (si si, j’y tiens!)

  8. Alors, je me fiche un peu de savoir si mes “vrais” proches IRL lisent mon blog, par contre je suis toujours assez flattée de savoir qu’ils le font (parce que ça leur plait). Par contre, ce qui me dérange, c’est bien quand ils font un télescopage entre le blog et la vie… Quand on écrit, même sur des turcs perso, on arrange/grossi/ménage les faits. Et oui, on en vient à se créer un personnage qui est beaucoup nous, mais pas complétement quand même. Et parmi les rencontres via le blogging, pour l’instant je n’ai pas été déçue.
    (Et si je suis pas claire, je n’en pense pas moins !)
    ;)

  9. J’ai oublié de commenter ce post qui m’a bcp plu… Figure toi que depuis quelques mois ma boite mail se rempli de demandes de rencontre de mes readers qui passent à New York. J’ai pris un café avec plusieurs d’entre eux, en ai aidé certains dans des démarches, et j’ai croisé d’autres bloggeurs/potos. D’ailleurs je compte bien te croiser aussi! J’aime bien moi cette amitié 2.0. Ca change. Mais c’est vrai qu’on est comme un personnage… Anyway, c’est nouveau, c’est chouette. I like!

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