Tous ces jours, tout ce temps qui n’appartenait qu’à nous

C’est une histoire vieille comme un album de Patrick Bruel.

Vous savez ce que c’est. On est assises là, à 3h du matin, en plein mois de juillet, dans une ville minuscule de banlieue parisienne (d’aucuns diront qu’il s’agit de la banlieue versaillaise), devant le Boulevard des Clips, à critiquer le maquillage orange et vert de Larusso dans son clip pour Tu m’oublieras (mais sans rien dire de son duckface pout perpétuel – weird). A ce moment précis, l’évidence s’impose. Quand on sait s’ennuyer avec quelqu’un, c’est que c’est pour la vie.

Alors vite vite, il faut tout mettre en place, parce qu’on sait bien qu’on a 15 ans, que l’an prochain, on rentre en Première, qu’on va devoir choisir une orientation, qu’on n’a pas les mêmes attentes de la vie, et que forcément, on va s’éloigner, s’ignorer, devenir des adultes, et oublier notre âme d’enfant (when you grow up, your heart dies – même sans savoir qui était John Hughes, on savait bien ça). Tout est choisi à la hâte mais de manière réfléchie: le lieu du rendez-vous, le signe de reconnaissance (forcément, dans dix ans, on aura trop changé), la date et l’heure. On signe de notre plus belle plume, et le charme agit.

A partir de ce moment, on sait que ces deux potesses, c’est celles du rendez-vous de dans dix ans qu’on avait pris à l’été 98. On est dans la même classe, on se voit sur une base quotidienne, le papier signé se perd dans les méandres d’une chambre mal rangée et de déménagements estudiantins, qui à Lille, qui à Lyon, qui à Paris. On voyage, on s’expatrie, on commence des premiers boulots, on rencontre des hommes, on veut faire notre vie avec eux, on s’engueule, on se déteste, on se rabiboche, on s’évite, on se retrouve, mais on est toujours là. On se perd pas de vue. On sait qui fait quoi, on s’appelle en premier pour les nouvelles importantes, on souhaite mêmes bon anniversaire à nos mères.

Alors bon. En juillet 2008, je faisais mes cartons pour partir à New York, mais Gwen cherchait un appartement à Paris, et Adeline vivait à Fidji. C’est même pas qu’on en voulait plus de ce rendez-vous qui a créé notre amitié, c’est juste qu’on l’a oublié. Mais il n’est d’erreur qui ne soit réparable et nous voici deux ans trop tard à parler au téléphone pour savoir c’est quoi déjà le signe distinctif qu’il fallait pour se reconnaître (on était ensemble deux jours plus tôt mais c’est pas ça qui compte), et comment on va faire de ce moment quelque chose de spécial.

Quand on se retrouve, ce qui a le plus changé, curieusement, c’est ce bon vieux Louis XIV. Du haut de son fier destrier, il est passé du parvis à la Place d’Armes, changeant ainsi le lieu du rendez-vous, et quelque part, nous donnant tort 10 ans après. On s’était dit “au pied de la statue équestre” pour être sûres d’un lieu qui ne changerait jamais. Et finalement, ce qui a pas trop changé, c’est nous, je crois bien.

13 thoughts on “Tous ces jours, tout ce temps qui n’appartenait qu’à nous

  1. Disclaimer: ce commentaire revêt un caractère fortement inutile.

    Je me rends compte que, même si j’ai envie de faire honneur à ton blog et donc de ‘participer’, je trouve compliqué de commenter un post aussi personnel (et touchant par ailleurs). Alors je dirais simplement qu’en termes de changements, en plus de la délocalisation de ce bon vieux Roi-Soleil, il y a désormais un Starbucks en face de rive gauche… Tout fout le camp.

    • Oh moi, les commentaires me font plaisir, même sur les posts qui n’en appellent pas nécessairement :)
      Et puis si on doit dire le vrai, la venue du Starbucks me choque moyennement, ça comblera peut-être le vide sidéral laissé par la fermeture du Haägen Dasz de la rue du Maréchal Foch (je l’aimais, celui-là)

      • Je crois que mon ironie de passera JAMAIS par écrit. Tragédie. Pour être plus claire, je fais le plein de Caramel Macchiato beaucoup trop régulièrement. Et la venue d’un Ladurée dans la cour royale du château m’interpelle beaucoup plus. Je ne peux m’empêcher de faire la corrélation avec le Marie-Antoinette de Sofia Coppola, limite sponsorisé par ladite marque quand même.

        • y a un Ladurée dans la cour du château??????
          (non, j’ai jamais rien pigé à l’ironie par écrit, et je sais encore moins la faire passer, mais j’aime bien quand-même – en fait je suis très naïve, alors si tu me dis qu’il y a un Ladurée au Château, je te croirai – j’y étais y a 4 jours et j’ai rien vu, mais je te croirai quand-même!)

          si oui, fuck ouais, c’est Marie-Antoinette, et ça craint un peu

          • Ironie OFF >>> IL Y A UN LADUREE DANS LA COUR ROYALE (ouvert fin 2009 si ma mémoire est bonne). Je sais, crazy. Et je suis contente que tu y vois aussi le lien avec le film…

    • Tout d’abord, je présente mes plus plates excuses à l’hôtesse de ces lieux pour avoir ainsi fait dévier la discussion. Promis, après, j’arrête.

      Ensuite, il n’est pas du tout exclu que ce stand (même si ça avait plus l’air d’une boutique) fut provisoire. Il a pu disparaître depuis (mais il serait étonnant qu’ils n’aient pas attendu l’été et sa recrudescence de touristes non ?).

      Enfin, ça se trouve/ait près de la boutique de souvenirs si je ne m’abuse.

      • Désolée, pour le coup je connais bien mieux le château de Versailles que les clips, j’ai jamais vraiment regardé M6… quand à Larusso, c’est celle avec le chapeau non ?

  2. Je visite ce blog depuis le billet qu’avait fait Elixie à son sujet, j’ai dû participé 3-4 fois aux commentaires, puis mes visites se sont faites de moins en moins régulières, bien que continues, mais à chaque fois que je reviens, quelque soit le sujet, je voyage ne serait-ce qu’un peu.

    Alors je vais peut-être paraître ridicule, trop brosser dans le sens du poil, peut-être même qu’il s’agit là de ton métier, mais tu as un vrai talent d’écriture, et de narration.

    • Eh ben écoute ça me fait très plaisir en tous cas! Et ça m’empêche plus de faire mon métier (qui est d’écrire mal, mais rigoureusement) alors toute forme dappreciation me donne envie de continuer :)

  3. J’adore ton billet. Justement je revoyais une amie d’enfance il y a deux jours et j’ai remarqué que même si nous n’avions pas les mêmes vies, pas les mêmes amis, pas le même environnement, on resterait toujours en contact. Ne serait-ce que pour se faire part des nouvelles importantes, se tenir au courant et boire un café ensemble de temps en temps. Malgré tout, y’a pas photo, à part les souvenirs on n’a plus grand chose à se dire…

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