Why don’t you wake up and smell the coffee?

J’ai 27 ans, bientôt 28.

Depuis que je perds mon temps sur Sens Critique, je me suis enfin mise à classifier et à mettre de l’ordre dans ce bordel géant qu’était mon historique Netflix (paix à son âme) et subséquemment mon cerveau. C’est long. C’est pas fini.

Chemin faisant, j’en suis arrivée à un constat un peu triste et déconcertant, à savoir que le coming-of-age movie est un exercice sacrément casse-gueule et rarement réussi. (alors oui, je sais que le terme coming-of-age est un peu vaste, pour moi, il s’agit surtout de la quarter-life crisis, si vous voulez). On vit un âge à la con d’un point de vue cinégénique, au point d’en vouloir passer directement de 18 à 35 ans, sans passer par la case “jeune”, “étudiant”, “jeune actif/artiste aux rêves visiblement minables”.

Avez-vous d’ailleurs remarqué comme les séries adolescentes se trouvent dépourvues au moment de la remise des diplômes, prises entre soit l’option de renouveler le casting, soit l’option”glamouriser l’être étant de l’étudiant en fac et du jeune adulte”? Et par glamouriser, j’entends qu’attribuer à des personnes de 19 à 25 ans un mode de vie qui correspond à un adulte autosuffisant de 10 ans de plus est certes très joli, mais n’a jamais favorisé mon sentiment d’identification. A l’inverse, mesdemoiselles, au moment de vous identifier à Carrie Bradshaw et/ou Bridget Jones il y a de ça 5 ans, avez-vous remarqué qu’elles avaient passé l’âge du Christ alors que vous aviez 23 ans à peine?

Etre jeune, beau mais fauché n’a visiblement jamais trop fait vendre, au point d’en arriver à des aberrations stylistiques qui font que dans un film, un Judd Nelson sera l’adjoint d’un Sénateur républicain, à sa sortie de Georgetown, à 22 ans. Où étiez-vous, à 22 ans?

Moi j’enquillais des migraines toutes les semaines pour retenir la liste des diadoques qui s’étaient partagé l’héritage d’Alexandre le Grand en 323 avant notre ère et les bons épithètes des pharaons de l’Egypte ptolémaïque. Mais au-delà de ça, le luxe de ma vie, c’était de m’acheter des chaussettes rayées chez Monoprix, et de m’offrir de la viande chez le boucher de la rue Ferrandière, parce que, vous comprenez, j’étais payée pour mes études, donc plus privilégiée que la moyenne. Que les personnages d’un film soient sympathiques ou non n’est plus vraiment la question: je me rends compte qu’en fait il y a rarement eu un film sur ma tranche d’âge auquel j’ai pu m’identifier.

Dans les années 80, l’inconnue totale que représentait le jeune adulte a donné lieu à de bien fâcheux produits qui ont malgré tout pour eux le mérite d’exister. Si St Elmo’s Fire retrace les soucis professionnels et personnels de jeunes diplômés, tous présentés comme sans ambition, sans envie d’avenir, vides de sens, About Last Night (Demi Moore/Rob Lowe/Jim Belushi/de la baise racoleuse, un full frontal de Demi Moore) donne lieu à une litanie de clichés relationnels justifiant pourquoi les hommes devraient être des bâtards et les femmes des amazones, le tout dans une intrigue mélodramatique sans âme et mal digérée.

Alors évidemment, si on part du principe que les années 80 étaient celles de l’adolescence, les années 90 sont sans doute plus celles de la jeune adulterie, le moment où on a le plus eu le courage d’aborder frontalement cette génération. Reality Bites, le film culte de la Gen X n’est que l’arbre qui cache la forêt des Singles, Naked in New York et autres Threesome (Deux Garçons, une fille, trois possibilités). Winona Ryder vit ses angoisses entre la volonté de rester fidèle à ses exigences intellectuelles et la nécessité de transiger avec ses rêves pour s’en sortir, dans un drame perpétuel avec son meilleur ami/amour qui, lui, devient un raté à force de s’en tenir à son rang d’intellectuel. Le souci, c’est qu’ils apparaissent au final, comme une bande de petits prétentieux immatures. Sans doute qu’il n’y a pas de place pour ces gens dans la société. Sans doute que ce film est bien vu, quand d’autres sont plutôt sur la pente affligeante (2 garçons, 1 fille…? Soyons sérieux… – et je ne vous souhaiterais jamais d’être assis devant Naked in New York dans sa totalité). Quoiqu’il en soit, tous ces films sont d’une dureté à faire pleurer, tous enfilent des perles dramatiques auto-alimentées sans fin comme par principe (à part peut-être Before Sunrise, qui est peut-être très bavard, mais qui touche en plein cœur par la justesse de son propos). Comme si être jeune se résumait à errer, attentiste, dans un job dévalorisant et à s’exposer à tout un tas de MST. Tous ces films, qui ont pour ambition affichée de brosser le portrait d’une génération, tous passent par une amertume si envahissante qu’on ne voit pas vraiment d’échappatoire. Comme s’il était normal, à 22 ans, à la sortie de l’Université, d’être déçu par la vie.

Est-ce parce qu’on ne peut jamais faire rêver en parlant d’un premier job un peu nul, d’un appartement infesté par les cafards (mais trop génial parce que, merde alors, c’est l’indépendance) que le résultat est soit irréaliste, soit déprimant, soit les deux? Pourtant, quand je lis cet article d’Eli Roth qui raconte comment, quelques mois à peine avant de produire et tourner Cabin Fever, il galérait encore dans un appart’ minable avec rien sur son compte, ça me donne un sentiment d’élévation qu’aucun de ces récits de “jeunes actifs au succès fulgurant/déçus par la vie” ne me procure.

Oh, vous pouvez pas vous imaginer, quand je vois ces films, et l’image qu’ils sont censés renvoyer de moi, je me sens accablée du mépris de mes aînés et j’ai l’impression qu’on prend ma génération pour une bande de sales merdeux imbus d’eux-mêmes et de leur importance. Il est visiblement triste d’avoir mon âge. J’espère que ça va passer.

Je n’ai pas envie d’étaler des poncifs sur le thème “avoir mon âge, c’est grisant, parce que c’est encore le moment où on peut faire des choses absurdes, comme décider de se casser deux ans vivre à l’étranger, de changer de voie, de mec ou de style vestimentaire, parce qu’on a un minimum d’attaches, relativement les moyens de nos rêves” and all that jazz. Mais un jour, j’aimerais qu’avoir mon âge ait l’air cool au cinéma. En attendant, si ça ne vous dérange pas, je vais continuer à préférer les films pour enfants.

Goonies are good enough.

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40 thoughts on “Why don’t you wake up and smell the coffee?

  1. J’ai 31 ans, “Reality Bites” est donc effectivement le film référence de ma fin d’adolescence. T’es-tu déjà fait la réflexion qu’au dénouement du film, Lelaina s’est certes rabibochée avec Troy et c’est le big love blabla, mais quid de sa situation professionnelle au final ? Ben rien. Le film ne règle absolument pas ce point. Qu’est-ce que ça sous-entend ? Que peu importe de sortir major de sa promo et de finir équipier chez McDo (ou tout autre boulot ne nécessitant pas de qualification) tant qu’on réussit sa vie sentimentale ? C’est d’une TRISTESSE. Soit le film n’est pas entièrement abouti (c’est un peu le cas je trouve), soit on considère que la galère continue après le générique, et c’est ultra déprimant. Cela-dit, j’avoue : personnellement il m’aura fallu sept putains d’années après ma maîtrise pour arriver à trouver un boulot VRAIMENT dans ma branche. Certains de ces films ne sont donc pas si éloignés de la réalité. Du moins de la mienne.

    • Merci pour ton commentaire. Ce que tu dis sur Reality Bites met à mon avis le doigt sur ce qu’est en fait ce film. Il a été érigé en film manifeste de la “Génération X”, mais en fin de compte, c’est avant tout un drame romantique (et c’est un joli drame romantique, d’ailleurs, parce que l’alchimie entre Lailena et Troy est évidente, et tout). Si on cherche à y voir plus c’est effectivement très déprimant. Et c’est en fait le point que je voulais faire. C’est certain que ce film montre des jeunes qui galèrent après le diplôme, et en ce sens, ça montre une réalité, je suis tout à fait d’accord.
      Mais pour moi, ce n’est pas une réalité forcément si sombre.
      Ce que je reproche à ces films, c’est de finalement s’enliser dans du drama relationnel et un constat d’une étape très sombre de la vie d’un adulte. Et je comprends que parfois on puisse s’y retrouver, mais au final, c’est pas une image cool de cette génération qui est renvoyée et c’est un peu dommage. Il arrive aussi des trucs cools à qqn qui a entre 20 et 35 ans, c’est dommage de l’oblitérer. C’est pour ça que je renvoie au texte d’Eli Roth: il y explique qu’il avait 300$ sur son compte, un appart’ infesté par les rats, et un cursus “voie de garage” – pourtant son récit n’a rien de dark ou de déprimant, va comprendre…

  2. J’ai beau avoir 31 ans, tu poses le doigt ici sur la grande obsession de mes 5-6 dernières années – même si le côté “relationnel” (amitié et amour) m’intéresse plus que le côté professionnel. Et je suis tellement obsédé par ça que j’ai écrit deux scénarios sur le sujet (et suis en train d’en écrire un troisième). Alors peut-être que d’ici quelques années, tu pourras voir LE (ou LES) film qui résume parfaitement ce sentiment si particulier que l’on a au moment de se lancer dans la vie active…

    En attendant, à mon goût, le film qui a le mieux traité du sujet reste “Garden State”. Mais peut-être que c’est parce que j’avais l’âge exact des personnages au moment où le film est sorti…

      • Oh mais je connais pas du tout ce mec!
        en même temps, j’ai bien couvert le teen-movie, je commence seulement la même démarche pour ces films. Cool cool, tout ça…

    • Ah tiens, je serais curieuse d’en voir le résultat! Je trouve en effet que ce sentiment au moment où on devient actif/indépendant/qu’on prend en charge ses relations est très particulier, mais loin d’être aussi triste ou angoissant que ce qui est montré dans ces films. Certes, c’est pas facile, et par moments, on a envie de tout plaquer, tout n’est pas si noir! Et tu me fais penser que je n’ai pas vu Garden State (oups)

  3. J’aimerais faire un commentaire constructif sur ce que tu écris – qui me fait réfléchir dans tous les sens. Mais j’ai une chanson de Félix Gray dans la tête et c’est complètement confus concernant ces histoires de jeune adulterie (belle expression), génération X, âge. (D’ailleurs ça vient d’où cette expression “génération X” et ça renvoie à quoi exactement?)

    Mais j’aime vachement ce que tu as écris.

    • Generation X, c’est une expression créée par des démographes (je crois). En fait c’est la génération post Baby Boom, les enfants des mecs du Baby Boom, quoi. Quoique après, nous techniquement, on est à la charnière entre ça et la génération Y (encore un vrai beau terme à la con, ça). Moi je sais juste que les jeunes quand on était ado, on les appelait “la génération X” (je me demande même si c’était pas le nom d’une émission sur NRJ ou sur Fun Radio)
      Strauss & Howe, et le bouquin s’appelle Generations, nous dit Wikipedia
      Et je t’avoue que c’est pas mal confus dans ma tête aussi.
      Juste, ça me déprime que les films sur notre âge soient tous un peu moyens. C’est tout ce que j’en tire.
      Genre les films d’ado ont des chefs d’œuvre, mais pas les films sur les jeunes adultes. Trop de drama, tout ça.

    • Perso, je parle souvent de Génération X dans le sens où Douglas Coupland l’utilisait dans son livre du même nom, à savoir une génération née après le choc pétrolier de 1973 qui n’a donc pas connu les 30 glorieuses, la croissance et la prospérité économique. La génération X serait alors une génération qui n’aurait connu que la crise et qui se caractériserait donc par une grande incertitude face aux choses de la vie, notamment professionnelles (crise de confiance entre les employeurs et leurs salariés…).
      Typiquement, la génération X est parfaitement symbolisée par tous les groupes grunge de la fin des années 80 et début des années 90, des actrices comme Parker Posey ou des séries comme Beavis & Butt-Head, Angela 15 ans et des films comme Singles et donc Reality Bites.
      La génération X, c’est beaucoup de cynisme, de mélancolie et d’apathie.
      Enfin, c’est comme ça que je la voie ;-)

      • Oui, c’est à peu près l’idée que je m’en faisais aussi, mais sans savoir qui avait créé le terme – j’ai juste lu ça à tort et à travers quand j’étais ado “pour décrire ces jeunes désabusés qui n’attendent plus rien de la vie” – la génération Doc et Difool, quoi! (vraiment, j’avais 13 ans, quand j’entendais ce terme) En gros. Du coup, ça correspond à toutes les réf que tu cites. Merci pour les précisions!

  4. Je ne peux qu’ajouter mon nom à la liste des gens touchés par ton post.

    J’ai exactement le même âge que toi, et je me confronte à l’écriture d’un film depuis quelques mois.
    S’attaquer à ce genre de choses sans ceinture de sécurité ni airbag mental relève de la folie douce ! Pourtant, comme tu sembles le penser aussi, c’est une folie dans laquelle assez de galère et d’années d’études auront déposé deux/trois notions de raison (de là à dire qu’elle est pure…).
    Sans avoir la prétention de révolutionner quoi que ce soit, lire ton texte aujourd’hui me montre encore plus l’importance de ne pas baisser les bras, et d’essayer. Que ce soit de rendre compte d’une histoire, d’un moment de vie, et peut-être un peu prétentieusement, d’une génération.

    • Ah ben je suis contente si ça te motive! C’est vrai que c’est beaucoup de galères, avoir notre âge et nos moyens financiers (j’en veux pour preuve les taudis que je visite dans Paris en ce moment), mais ce côté caractère qui se forge est fascinant également… On dirait que ce créneau thématique est réservé aux films sur l’adolescence (enfin ceux qui en parlent). C’est dommage…
      Bon courage pour ton écriture de scénario, alors!

  5. J’ai 22 ans, et ton post me laisse toute chose ^^. Ça me fait penser à la première partie de la chanson de Lily Allen, « 22 » :
    When she was 22, her future looked bright
    But she is nearly 30 now and she’s out every night
    […] She’s thinking how did I get there
    Tel est la question !^^
    Que penses-tu à cet égard du film Les Poupées Russes ? Les personnages sont à l’aube de la trentaine, le pitch est essentiellement sentimental (« les filles sont comme des poupées russes, on passe notre temps à se demander qui sera la dernière »), mais je trouve qu’il traite bien de l’abandon des rêves ( Xavier n’est pas devenu un écrivain, mais un scénariste type Harlequin), des responsabilités qu’on a du mal à endosser, de la médiocrité des choses qu’il faut assumer … toutes ces choses qui agitent notre génération ou notre classe d’âge en somme.

    • Oui, je vois ce que tu veux dire sur la chanson de Lily Allen. Mais la bonne nouvelle, c’est que maintenant elle a remonté la pente (je crois qu’elle est même enceinte – elle avait fait une fausse couche il y a qq années, ce qui pourrait expliquer le “out every night”…
      Bref, voilà, ce qui est cool c’est qu’il y a des hauts et des bas, mais qu’on est des gens cools. Et ces films ne montrent pas leurs protagonistes comme sympathiques.
      Quant aux Poupées Russes… J’avoue être biaisée par le fait de ne pas du tout aimer le travail de Klapisch (et par un agacement surpuissant quand je vois Romain Duris). Du coup, le film ne m’a pas emballée. Mais je ne l’ai pas autant détesté que ce que je pensais non plus… Disons juste que précisément, ce langage “l’abandon des rêves, des responsabilités qu’on a du mal à endosser, de la médiocrité des choses qu’il faut assumer”, c’est précisément ce qui m’agace. D’ailleurs, Xavier n’est pas sympathique (en même temps, Romain Duris…) C’est ce qu’on nous ressert à chaque fois. Alors oui, la réalité est différente par rapport à ce qu’on imaginait étant gamin, big deal, j’ai envie de dire. Oui, on grandit, et c’est pas pareil, parfois un peu amer. Mais à force de montrer que ça, on a l’impression qu’avoir 25-30 ans, c’est juste le pire âge d’une vie. Et je ne le pense pas. J’aimerais un jour que ce genre de films change de disque. Cette image est sans doute très valide, mais c’est la seule qu’on nous offre.

  6. pardon d’avance pour le commentaire assez peu étayé, mais je suis assez ébahi par ta démonstration. Quoique je me demande dans quelle mesure, le spleen associé à cet âge n’est pas en fait juste lié au fait que pour la plupart d’entre nous, on est juste à la charnière de plusieurs vies, qu’on est plus étudiants mais qu’on arrive pas à se faire à la vie active, qu’on est “célibataires” (officiellement), mais que d’autres de notre âge ont déjà des gamins, etc. Bref, c’est assez confus, mais perso, je me retrouve assez dans cet entre-deux, pas que ca me déprime, mais juste que c’est un moment où l’on est pas complètement dans une vie… (après, c’est peut-être juste ma crise post-adolescente qui arrive tardivement…)

    • Je me rends compte au fur et à mesure des commentaires, que j’étais très confuse dans ce que j’ai dit. En fait, je ne dis pas que ce sentiment de charnière n’existe pas, évidemment, on est tous plus ou moins pris dedans et c’est pas facile (mes potes touchent 2 ou 3 fois ce que je gagne, certains pensent aux enfants, moi j’ai encore pas lu Bilbo le Hobbit), etc.
      Ce que je déplore, c’est que les films qui montrent ça sont toujours pris entre deux feux: – soit enjoliver la réalité, en plaçant les personnages dans des circonstances professionnelles/personnelles dignes de qqn de 35 ans bien dans ses baskets (le légendaire paradigme de la journaleuse manhattanite accro au shopping hors de prix / ou les films des années 80, en l’espèce), soit en restant en prise avec la réalité, mais en montrant ces jeunes adultes comme des personnages foncièrement victimes/enlisés dans leur merde et donc un peu antipathiques (les films génération X). Il manque un bon film sur le sujet dans ce que j’ai vu. Les ados ont leur Breakfast Club, où on se dit que ces gamins sont d’une banalité totale mais d’un chouette difficilement égalable. Je veux qu’un film me fasse penser ça sur les jeunes adultes. Et Klapisch, Schumacher et Ben Stiller n’ont pas réveillé ça en moi.

      Mais faut que je voie Garden State, peut-être.

  7. et je suis méchamment d’accord avec l’idée que “Garden State” est vachement bien vu sur ce sujet…regarde-le de toute urgence! (comment ça je suis pas objectif?)(l’objectivité est le refuge des lâches)

  8. Les films de la Nouvelle Vague ne parlent presque que de cet age, comme la plupart des films américains qui se sont plus ou moins inspirés de ce mouvement. Par exemple, Le Lauréat ou Who’s that knocking at my door… Bon effectivement c’était une autre époque, mais c’est plutôt cool (et réaliste) d’avoir entre 20 et 30 ans chez Truffaut, Rohmer, Rozier, Eustache, Godard ou Chabrol…

    Plus récemment il y a Garden State en effet. Je te conseille vraiment de le voir, mais tu as raison, ça ne renvoie pas forcément une image très joyeuse de notre âge.

    Et sinon, je me retrouve aussi pas mal dans les jeunes personnages d’Apatow et sa bande (ça manque de personnages féminins consistants par contre)…

    • Mmmh, ce que tu dis suscite plein de questions en moi.
      Sans doute très liées au fait que je délaisse le cinéma français depuis un peu trop longtemps maintenant. Du coup, en Nouvelle Vague, j’avoue n’avoir vraiment vu qu’un ou deux Godard (en fait 1 seul, A bout de souffle) et le cycle des Antoine Doinel (et là encore, je trouve Les 400 coups tellement mieux réussi que Baisers Volés & Domicile conjugal (mais du coup, il faut voir que c’est peut-être mon rapport à cette tranche d’âge en films qui est fucked up) (ah mais ce monologue chez le psy, mon dieu…). La question: la Nouvelle Vague cherche-t-elle spécifiquement à faire le portrait d’une génération (comme les films de la Gen X ont prétention à le faire) ou est-ce que ce sont des films qui ont un autre projet, mais situés sur cette tranche d’âge (nan mais je connais très mal la Nouvelle Vague, j’en ai un peu honte)? Par ailleurs, c’est vrai qu’on parle dès lors d’une génération différente, parce qu’avoir 25 ans en 1970 est une expérience très différente d’avoir 25 ans en 2000 – d’où ce truc où quand Schumacher filme un groupe de post-grad, il a l’impression d’avoir inventé l’eau chaude… – et voilà, filmer une génération désabusée et qui en chie doit-il forcément laisser ce goût amer? Je ne pense pas…

      Pour Apatow, alors là j’ai un vrai souci, en effet: je trouve ses portraits de personnages masculins d’une telle complexité et d’une telle tendresse que je déplore qu’il n’est pas fait la même chose pour ses personnages féminins (qui sont à un tel point dans la caricature que j’en deviendrais misogyne). Mais à côté de ça, il illustre en effet plutôt bien ce côté “c’est cool de pas avoir une vie trépidante mais d’y trouver son compte”, c’est vrai.

      • Oui, totalement d’accord pour dire que Truffaut n’a jamais refait aussi bien que les 400 coups. Mais il y a quand même pas mal de belles choses dans Baisers Volés (les petits boulots, le rapport aux beaux-parents, les hésitations amoureuses, la relation à l’autorité…) mais clairement c’est les années 70.

        Après, tu as raison ces films n’ont pas vocation à filmer une génération, par contre c’est un reflet intéressant et réaliste de ce que c’était d’être vingtenaire à l’époque précisément parce qu’ils étaient jeunes pour la plupart. Eustache fait Les Mauvaises fréquentations à 26 ans, Godard à 34 ans quand il fait Bande à part, 35 ans pour Rozier et Adieu Philippine… Et Rohmer, qui était plus vieux, a toujours bien saisi la jeunesse, même beaucoup plus tard en faisant Conte d’été par exemple.

        Aujourd’hui il n’y a plus grand chose, c’est vrai. A part peut-être Desplechin. Le problème c’est qu’il filme un milieu d’universitaires bobos qui gonfle beaucoup de monde. Mais “Ma vie sexuelle” c’est vraiment un grand film sur les pré-trentenaires : http://www.vodkaster.com/Films/Comment-je-me-suis-dispute-ma-vie-sexuelle/11998 (et je le trouve pas très déprimant).

        Oh ! Et dans un genre complètement différent, il faut aussi que tu vois les films d’Hal Hartley !

        • Ah je suis d’accord avec ce que tu dis à partir de tes exemples Nouvelle Vague – en fait, j’ai l’impression qu’au final, les films qui reflètent le mieux cette génération sont ceux qui n’ont finalement pas pour projet premier de le faire et ne s’enlisent pas dans un constat d’une lourdeur déprimante (tiens, rien à voir, mais quand-même si, je me demande si finalement, True Romance ne cerne pas mieux cette génération – gen x en l’espèce – que d’autres films plus mélodramatiques)… Et j’ai définitivement besoin de me faire une culture Nouvelle Vague, et de lever ce bon Dieu de ban indéfendable du cinéma français que je pratique depuis un peu trop longtemps maintenant… Et pour le coup, étant une universitaire bobo, je risque certainement de bien me sentir visée avec Desplechin!

          Pour Hal Hartley, en effet – je me rappelle avoir vu Trust Me au détour d’un zapping sur Arte quand j’avais, quoi, 14 ans? Je l’avais complètement oublié!

  9. J’ai bien envie de te répondre que le cinéma c’est dépassé, et que le portrait plutôt cool de notre génération, c’est nous qui sommes en train de le faire sur le média du moment en écrivant dans nos blogs, la championne du genre étant à mes yeux Titiou Lecoq quand elle parle des retraites dans Slate ou de la génération 90 à l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin.

  10. Y’avait pas de blogs dans les années 80/90.
    Au pire, on avait des journaux intimes, au mieux une correspondante à qui on pouvait raconter nos malheurs.

    Sinon, dans les années 90, sur les écrans, il y avait aussi Friends. A ma connaissance peu de personnages ont autant évolué dans une série et raconté ce passage de “galère” (on va dire).

  11. Virgoblog : “Et tu me fais penser que je n’ai pas vu Garden State (oups)”

    Tu veux dire que t’as de la chance oui ! Rarement vu un film aussi détestable, risible, chichiteux, poseur, vide d’émotions et de sens, pathétique, etc.

    Tout ce que la culture indie américaine (musique, films, valeurs) a pu produire de plus énervant et méprisable est concentré en un seul film.

    J’ai décidé après avoir subi Garden State de vite perdre de vue tous mes copains et copines qui l’ont aimé et me l’ont vivement conseillé. J’ai eu raison, je vis mieux.

    Depuis, je rigole doucement lorsque quelqu’un en parle en soirée : “toi, moi, pas copains”.

    En fait, je pense qu’on peut définitivement se server de Garden State comme un très bon révélateur de vie, de pensée et/ou de compatibilité.

    • Ah alors figure-toi que je me sers de Little Miss Sunshine pour ça. Je crois qu’on a tous besoin de notre film indie détestable pour avancer. Beaucoup de gens n’aiment pas Juno, j’adore Juno. Mais je déteste LMS. Et aussi Nick & Nora’s Infinite Playlist – mais c’est plus anecdotique.

      Bon. Mais du coup, tu me donnes encore plus envie de voir Garden State (à la réflexion, je crois que mon copain déteste aussi). Je veux voir pourquoi ça peut polariser à ce point. Et si cette polarisation ne rejoint pas mon point de départ – à savoir que représenter notre âge au cinéma est finalement juste super casse-gueule…

  12. Fichtre! tu as tout à fait raison! Mais j’avoue ne m’être jamais posé la question, du coup tu viens de m’ouvrir les yeux sur la vérité.
    Même en littérature finalement, il suffit de prendre Bret Easton Ellis, et pof ton propos s’avère juste.

    C’est dingue ça…

    • Euh, mon propos étant de dire qu’à titre très personnel, et sans doute très critiquable, les coming-of-age movies sont, à mon humble avis, souvent pas terribles, je veux bien être crucifiée si je dis ça des bouquins de Bret Easton Ellis!

      • Ah, malentendu! Non, je parlais du fait que la tranche d’âges des 20-25 ans, en plus d’être mis en scène dans de mauvais film, est souvent présentée comme une période hargneuse de l’existence.

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