The world is full of guys. Be a man. Don’t be a guy.

Seattle, juin 1989, extérieur nuit. Lloyd Dobler, le type sympa que tout le monde aime bien mais sans plus, arrive à sa Graduation Party avec Diane Court, la fille la plus belle et la plus intelligente, et tout le monde regarde. On se demande quel miracle vient de se produire.

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A partir de là, bienvenue aux jeux du cirque, où interviennent dans un joyeux magma intimidant et informe…

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… le king of bongo-bong…

il investit Lloyd du rôle de keymaster – celui qui collecte les clés de bagnole de chacun et évalue si son propriétaire est en mesure de repartir avec. Interprété par Eric Stoltz, il reviendra plus tard sous la forme d’une piñata humaine, dépecée par tous les fêtards (il y avait donc un rôle plus ingrat que keymaster, nous dira Lloyd).

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… la fille trop-belle-trop-sympa-mais-flippante-un-peu-quand-même…

Celle qui en essayant d’être trop cool te fait comprendre qu’en fait, tu n’avais pas de vie.

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… Lloyd Dobler, qui, de loin, vérifie que tout se passe bien…

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… le groupe des rockeuses crypto-grunge neo-weird…

(Seattle est ainsi faite)

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Corey, la meilleure amie de Lloyd, “celle qui a du talent”, donne ainsi un aperçu de sa future carrière de singer-songwriter, en nous chantant Joe Lies (paroles: “Joe lies / Joe liiiieeees / Joe lies / When he criiiiieees“)

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(Lloyd, à distance, vérifie toujours que tout se passe bien)

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… entre maintenant le ptit con à belle gueule – Joe (celui de la chanson)…

– Corey: I love you.

– Joe: I love you too.

– Corey: You invade my soul.

– Joe: Have sex with me.

Goodbye, Joe.

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La fête touche à sa fin, et ce microcosme d’émotions adolescentes en pleine effervescence gagne peu à peu le droit d’être résumé en 4 mots (Dude, what a night…) – visez Eric Stoltz en homme-pinata, à droite.

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Il reste enfin à ramener le mec vraiment trop bourré pour savoir où il habite (et qui a de fortes chances de gerber sa dernière bouteille de rhum arrangé sur la robe blanche de la jolie Diane – prise de risque +1000 pour être un bon pote), afin d’en finir définitivement avec cette litanie de micro-événements et de personnages risibles et attendrissants à la fois.

Quand les scènes de soirées adolescentes ne servent en général qu’à montrer, sur un mode soit burlesque, soit moralisateur, une jeunesse dépravée, rendue anonyme et mécanique par l’alcool, la mauvaise musique et les pulsions sexuelles prédatrices, Cameron Crowe s’en sert pour redonner un visage sympathique, humain et nuancé à la jeunesse. Tout y est en demie teinte, chaque moment un peu drôle renferme une part de mélancolie, les moments tristes sont malgré tout absurdes au point d’en rire.

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Mais la plus grande leçon de cette scène, c’est que quand, au petit matin, après une nuit de fête décadente, au terme d’un date semi-raté où il a enchaîné les plans foireux, sur le parking d’une station service, ton rencard prend garde à ce que tu ne t’érafles pas les pieds sur des tessons de bouteille de bière de la veille, il y a des chances que ce soit un vrai type bien.

Eh bien ça, c’est Lloyd Dobler. Et il est vraiment important qu’un mec ait eu la présence d’esprit, un jour, d’écrire Lloyd Dobler.

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Bonus track sur Vodkaster.

6 thoughts on “The world is full of guys. Be a man. Don’t be a guy.

  1. Je me prends encore le droit de te dire une nouvelle fois à quel point je t’adore pour pensé et avoir écrit ça… ;-)

    Des gens (en France) qui arrivent à voir ça dans les films de Cameron Crowe devraient avoir un monument à leur nom !

    Juste MERCI ! Et encore MERCI !

    • Eheh mais en fait, c’est en te répondant sur Twitter à propos de Jerry Maguire (que j’ai revu suite à la lecture d’un de tes posts, d’ailleurs) que j’ai repensé à cette scène que je trouve vraiment presque parfaite. En fait, Say Anything a pas mal de défauts (j’aime pas trop le dernier tiers du film), mais je trouve toute cette séquence vraiment magistrale, tant dans la facilité avec laquelle Crowe mélange les tonalités, que dans la façon dont, derrière une scène avant tout divertissante, se trouve toute l’armature de l’histoire entre les deux protagonistes. Et surtout cette scène témoigne de ce que Cameron Crowe éprouve toute la sympathie du monde pour l’espèce humaine, et je trouve ça vraiment chouettos.
      Mon seul regret est de ne pas avoir trouvé de screencap de Jeremy Piven qui s’effondre ivre mort dans les bras de John Cusack au moment où Eric Stoltz déguisé en poulet se fait littéralement dépecer…

  2. il est marrant ce post.

    le côté Lloyd qui vérifie de loin que tout est ok pdt qu’il est pris dans les jeux et discussions de la soirée est très présent dans cette scène de graduation party. C’est vrai que ca dresse bien le caractère du personnage (ça et sa relation avec son neveu). Ni permissif ni castrateur mais bienveillant.

    • Je suis d’accord, c’est typiquement ce genre de détails qui en dit le plus sur lui – d’ailleurs, dans le film, Diane trouve ça chou, je crois. – OUAIS, Lloyd, c’est le mec bienveillant. (ce personnage est formidable)

  3. Cameron Crowe? Je dois avouer mon ignorance même si j’ai déjàeut “la chance” de faire des soirées avec de jeunes Américains qui sont bourrés trop vite…

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