So-o… wh’about watermelon headbands?

Bienvenue sur le site au mot-valise le plus navrant de la langue française

(☞ Appartager.com)

Depuis que je suis rentrée, je me suis mis en tête de trouver le nid d’amour où me nourrir exclusivement de pâte à brownies pour le goûter, où chanter Lonely Nights de Willie Nelson à fond en me grattant les aisselles, et où créer un étalage de mes gommages Sultane de Saba et shampooings Kiehl’s dans la salle de bains sans subir l’avis d’un fâcheux qui décrèterait que “c’est sale” (affirmation sujette à des controverses épousant parfaitement la répartition sexuée de la population mondiale). Cependant, à force de toujours tout copier sur les modes de New York (ranger boots, seriously?), nous voilà bien, mon salaire correct-mais-pas-ouf, mon affiche de Lloyd Dobler, et moi. Avant de passer à l’étape suivante, dont la conclusion serait la publication d’un bestseller anonyme intitulé Les aventures intimes d’une call girl parisienne, je me résous peu à peu à l’idée que la colocation, c’est aussi un passage obligé à Paris. Par ailleurs, j’en ai déjà fait des colocations, et c’était très sympa, je pensais juste en être à une autre étape de ma vie. L’inconvénient majeur de cette situation, c’est que je vais devoir me remettre à faire la vaisselle. Quiconque a vu ma collection de vernis à ongles, comprendra que c’est synonyme de fin du monde pour moi.

Mais admettons. Du moment qu’on me fournit des murs où afficher ma Panthère noire et mon Lloyd Dobler, qu’on me laisse manger mes Chocapics le matin sans me juger sous prétexte que j’y mets du lait écrémé et qu’on trouve des choses intéressantes à dire sur cette photo, je peux faire toutes les colocations que vous voudrez.

On a toujours besoin d’un partenaire de conversation, quand Sarah Jessica Parker et une pastèque à paillettes sont impliquées. C’est une question de principe.

Et alors, je sais pas si vous avez déjà remarqué, mais les sites de colocation sont les plus affligeants du monde.

Je passe sur “appartager.com”, dont le jeu de mots me donne à peu près autant de nausées que quand le Guide du Routard mentionne un “resto bon esprit”. D’une manière générale, je pense que pour le bien commun, on devrait bannir les abréviations “ciné”, “resto” et “appart'” de la langue française. Les gens qui usent de cette déformation langagière pensent être décontract‘ et cool Fonzie style et ainsi montrer qu’ils sont de gauche et sympa, je crois que ça se passe de commentaires.

Colocation.fr n’a de son côté pas changé de graphisme depuis 2003 (date à laquelle Fanny et moi avions recruté un colocataire qui mangeait des steak hachés à tous ses repas – mais vraiment tous – quand on vivait dans un appartement lyonnais cossu). Je suis pas bilingue en html, donc j’ai beau jeu de critiquer, mais je pense que maintenir un visuel où le logo n’est pas sans rappeler le moteur de recherche Voilà.fr et où les avatars par défaut des candidats à une colocation ont un look de lecteurs de Phosphore (“le magazine des lycéens éclairés”) est une erreur grave de marketing. Ces gens sont affublés de jeans mal délavés, de besaces Eastpack, ou alors de costumes à cravates moches façon “je suis en stage en alternance” et de PC portables pour montrer qu’ils sont dans le vent. Tout ça pue l’école de commerce à prépa intégrée à plein nez, un truc encore plus has-been qu’une tournée des Enfoirés. Ugh.

Bref, ces sites sont déprimants. Surtout, ça témoigne de ce que l’évolution du phénomène de colocation est encore en cours. On est resté dans un schéma où colocation = Les Années Fac (je sais pas si vous vous rappelez, mais Anthony Dupray couchait dans le placard pour faire des économies de loyer – mais un placard jaune poussin, c’était quand-même Azoulay qui était aux manettes). Un truc d’étudiant qui démarre dans la vie, qui a quitté pour la première fois le domicile familial, mais dont on renvoie une image rassurante (ie: il est studieux et il a un avenir, c’est un jeune adulte responsable, pas un apache buveur de bières qui court les manifestations anti-UMP – pléonasme), l’étape intermédiaire et nécessaire entre Papa/Maman et la vie de couple. Ugh bis. Je fais cours à ce genre d’énergumènes, j’ai toutes les peines du monde à m’identifier à eux pour chercher un logement, voyez-vous…

Bref, il est grand temps que ces sites dépoussièrent un peu l’image de la colocation à Paris et rendent enfin justice au fait que, comme à Londres, comme à New York, c’est juste un phénomène urbain généralisé, une extension de l’identité parisienne, c’est vivre pour soi et se donner les moyens d’un confort matériel inaccessible autrement. Ça rendrait la chose un brin plus sexy pour moi, et je le vivrais moins comme un retour en arrière. Ça me permettrait aussi de trouver quoi dire dans mon annonce, quand je veux véhiculer des poncifs de type “drama-free, laid-back and outgoing yet not looking for a best friend, not a neatfreak but i don’t wanna live in filth either” et que je me rends compte que, traduits en français, ces termes puent l’agressivité mal refoulée alors qu’ils sont tout ce qu’il y a de plus neutre sur Craigslist US…

Passer l’Atlantique n’est vraiment pas une chose facile, vous savez.

34 thoughts on “So-o… wh’about watermelon headbands?

  1. Nan mais ici à Dublin aussi y’a plein PLEIN de gens qui ont genre la quarantaine et qui vivent en coloc’ (ça m’a fait assez bizarre d’ailleurs la première fois)
    (le summum du summum, c’est quand même de proposer une chambre PARTAGÉE)

    • J’imagine que ça doit être un phénomène assez typique des capitales anglo-saxones hors de prix, finalement, et que ça s’exporte peu à peu dans le reste du monde libre… A NYC, certaines annonces proposaient non seulement la chambre partagée, mais aussi suggéraient que le futur coloc serait le wingman du mec qui sous louait sa banquette, c’était drôle! Et puis il y avait aussi, phénomène un peu plus triste, les familles monoparentales, où on louait une chambre à condition que le locataire soit un actif avec des horaires de bureau incroyables pour que, de préférence, il ne soit jamais à la maison. Enfin, toutes sortes de situations…
      (Dublin… <3)

      • Ah oui, c’est quand même assez extrème. Et puis y’a aussi la coloc’ intergénération aussi (mais déjà qu’à Bordeaux je vivais chez ma grand-mère, je me voyais pas prolonger le truc). Quoiqu’il en soit, les loyers chers, c’est mal.
        (et ouiiiii Dublin traubien)

        • Ah mais j’ai fait la colocation intergénération à Albany: avec Fredda, jeune “senior” et ses 3 chats (on pourrait même dire que c’était inter-espèces, cette affaire). Bon, en vrai elle était cool, mais c’est vrai que c’est quand-même un autre esprit. Y a forcément une fibre un peu familiale qui s’installe, c’est curieux…

  2. Bon courage ! Pas sure de connaitre des gens qui cherchent une colloc (couples, enfants, tout ca) mais je peux faire passer le mot…a coté de ca ma cousine a trouvé un appart “abordable” pres de la place des vosges avec le meme salaire que nous, alors ya peut etre de l’espoir…Chloé me dit “heeiya” pour toi :)

    • Merci! Courage à vous pour le déménagement, aussi! (même si, ne t’en déplaise, déménager de San Francisco à San Francisco, c’est quand-même super enthousiasmant!)

  3. Ca veut dire quoi laid-back ? C’est clair qu’ici ça serait un peu bizarre d’écrire tout ça !
    Moi la coloc je suis résolument contre après en avoir foiré 2. Mais foiré foiré, pas foiré. Je suis bien trop individualiste et égoïste pour vivre en coloc ! Bon courage pour trouver la tienne, tout le monde ne parle que de ça autour de moi…

    • laid back, ça veut dire “décontractée”, “facile à vivre”. Disons que le système des petites annonces de coloc est très codé, aux Etats-Unis, il faut savoir s’auto-catégoriser par des termes tout prêts, et j’ai l’impression que ça fait pas aussi naturel en France… Mes colocations à moi se sont toujours très bien passé, mais j’avoue quand-même préférer être seule, des fois, je peux être un peu sauvage, donc bon… Mais après tout pourquoi pas…

  4. Mme Pastèque, je crois que c’est une copine de Garance Doré.
    Sinon, j’ai rien à ajouter à la coloc vu que mon expérience était tout sauf grandiose. Je suis fille unique, je suis pas faite pour ça peut être. (mais vivre avec une anorexique dépressive chronique et vaguement alcoolique, ça refroidit)

    • Oui, c’est Anna Dello Russo, je sais pas trop ce qu’elle fait dans la vie, à part fashionista. Mais cette photo a quelque chose d’extraordinaire, avec le regard de SJP sur le serre-tête, les gens autour qui regardent la scène, mais on sait pas ce qui les intéresse plus, de SJP ou du serre-tête, et à côté de ça, Anna dello Russo qui voit pas trop où est le problème. Elle est canon, cette photo!

  5. L’annonce de colocation, le truc le plus difficile à écrire du monde !! Dans le genre “bon, qui suis-je vraiment et qu’est-ce que je veux vraiment?” – du coup ça finit souvent en truc marrant du genre “je suis détendue mais sérieuse quand même, j’adooore la musique mais bon pas trop fort hein, je suis fraaanchement relax mais soyez de préférence non-fumeur, je suis pas psychorigide sur le ménage sauf quand c’est plus très propre tout de même”, etc. ;)
    En fait autant dire un truc à la con du style “je suis une fille comme les autres”.
    Mais bon, ça fait pas très impliquée dans sa recherche, c’est sûr.

    • Eheh! Du coup, j’ai copié collé ton commentaire en guise d’annonce (ça ne battra jamais le “Femme Ville Paris Femme Ville Paris Femme Ville Paris” que tu avais mis en annonce Meetic back in the days!)

      • Ma chère, heureusement que t’es là pour te souvenir de ce genre de trucs !! hahaha
        J’avais quand même chatté avec une ou deux personnes au final …
        Héhé flattée que tu trouves mon commentaire _inspiring_ ! Tu me diras si ça attire du colocataire fresh&funky !

        • Pour l’instant en fait de réponses, j’ai droit soit à des vieux soit à des mecs un peu malins qui ont pas compris que c’était pas meetic… Ça sent le fail, appartager.com…

  6. La colocation ça se pratique énormément en Allemagne où pourtant la vie n’est pas toujours très chère (genre à Berlin, je payait 160 euros pour une chambre dans un beau trois pièces…) mais où on reste en colocation même en couple solide (parfois dans deux coloc différentes) et même avec un bébé en route (toujours dans deux coloc différentes…)
    Les Allemands sont souvent étudiants très tard, et les Berlinois en particulier ne sont pas des gens qui se stressent et certainement pas préoccupés d’installation, d’établissement, de possession, et autres trucs tellement pas cool, pas zen…

    Sinon sur les sites français on trouve encore de ces annonces de mecs qui proposent une chambre gratuites, de préférence à une fille, contre divers services ménagers non précisés? Je me demande encore s’ils trouvaient parfois des volontaires…

    • Oui, j’en ai pas vu pour le moment, mais je sais qu’il y en a. Pour le moment, j’ai déjà eu 3 ou 4 propositions de colocation dans un 2-pièces avec une chambre et un grand lit. Et l’annonce du potentiel colocataire spécifie à chaque fois qu’il cherche unE colocataire (ie. c’est pas que c’est un plan Scott-Pilgrim-friendly).
      En fait, je me demande si cette recherche en colocation ne me déprime pas encore plus que la recherche seule, le comble!

    • Merci j’en ai cruellement besoin! Le marché de l’immobilier à Paris est tellement, tellement différent de celui de New York, je repense avec émotion à ma chambre dans le ‘Burg, trouvée en une semaine montre en main…

  7. C’est marrant, à chaque fois que me traverse l’esprit de peut-être revenir dans pas si longtemps, il y a toujours un quelque chose ou quelqu’un qui s’interpose. Merci :-)

  8. Mince mais tu as tout à fait raison!
    Je suis trop “solitaire” dans l’âme pour pouvoir supporter une colloc’, mais beaucoup de mes amis sont concernés. Et c’est vrai qu’en France, cet état de fait est connoté comme “régressif”, ce qui est bien triste…

    Cela dit, c’est vraiment très grave si j’emploie les mots “ciné”, “resto” et “appart’” ?

    • Malheureusement, être solitaire est aussi une question de moyens, à Paris. Sinon, comme je dis à mes étudiants “tu fais ce que tu veux, mais tu prends tes responsabilités” ;)

  9. Pingback: Elle s’appelait Sarah « Virgoblog

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