Teen Movies, crack-pipes and tabloïds

Un guide pour comprendre la destinée de Lindsay Lohan.

Lindsay Lohan, une égérie tragique de ce début de millénaire.

L’autre soir, au cours d’un demi-terrasse/plateau de fromage (que c’est bon, la France) avec Fanny et Maud, j’ai connu ce moment de solitude qu’on éprouve quand on se rend compte qu’on a créé un tunnel verbal: Fanny m’avait malheureusement demandé “mais en fait, pourquoi elle a eu un procès Lindsay Lohan?” – et me voilà lancée pendant une bonne demie heure de récit, de rebondissements, d’indignation, de véhémence.

Bon.

C’est dans ces moments-là que je sens un regard accusateur de mes proches, qui semblent vouloir me dire que je ferais mieux de m’intéresser à des choses plus importantes comme la réforme des retraites, par exemple.

©Terry Richardson pour GQ

Pourtant, quand on pense que lors de sa condamnation, en juillet dernier, tous les journaux locaux new-yorkais avaient fait leur une sur les larmes d’une Lindsay qui se prend la réalité en pleine poire, ça fait réfléchir. Son procès était filmé, rediffusé sur Internet en streaming par TMZ et tout le monde a connu en direct le verdict: LiLo, condamnée à 3 mois de taule et 3 mois de rehab pour violation de sa liberté conditionnelle, pleure toutes les larmes de son corps et ses moches extensions blond-pisse ne parviennent absolument pas à cacher ce fabuleux moment d’intrusion dans la vie personnelle de l’actrice. Le lendemain, le New York Post, le Daily News et autres torche-culs font leur une de cette photo en gros plan, avec pour seul titre “JAIL!” C’est dans ces moments-là qu’on perçoit la vraie différence culturelle entre la France et les Etats-Unis.

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Lindsay Lohan? Who cares?

Ca commence par le simple fait qu’en France, on ignore même pourquoi Lindsay Lohan est un peu connue initialement. Aux Etats-Unis, Lindsay Lohan était un peu le pendant cinématographique de Britney Spears au début des années 2000. Une gamine-freckles à la bouille d’ange, qui en dépit de son jeune âge, occupait suffisamment bien la pellicule pour être tête d’affiche de comédies familiales sponsorisées par Disney. Et puis qu’on arrête de vanter la performance de Armie Hammer en jumeaux Winklevoss dans The Social Network, Lindsay dans The Parent Trap, c’est un peu been there, done that. A 13 ans. Une enfant-star, au même titre qu’un Macaulay Culkin dix ans avant elle, ou qu’une Dakota Fanning 5 ans après elle. Surtout, elle devient la teen-princess des années 2000, la rouquine tête d’affiche de tous les teen-movies, au même titre qu’une Molly Ringwald 20 ans plus tôt – à ce détail près que, John Hughes n’écrivant plus, la qualité desdits teen movies a sévèrement décliné. Alors même que les teens movies sont le genre cinématographique le plus appauvri des années 2000 (à une exception près – Mean Girls, donc), elle parvient à se faire un nom et une crédibilité, et on lui prédit un grand avenir.

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Then what?

Je ne vais pas vous faire le couplet entendu mille fois de la starlette hors de contrôle, qui abuse de substances autant que de mini-robes griffées, et qui découvre son pouvoir sexuel en même temps qu’Hollywood lui bâtit des ponts d’or parce qu’elle est bankable. Une fois encore, been there, done that: Drew Barrymore en son jeune temps, Macaulay Culkin pour le pendant masculin et j’en passe. Lindsay Lohan est une enfant-star qui se respecte qui perd le contrôle comme il se doit. Seulement, dans le cas de Lindsay Lohan, on ne semble jamais en voir la fin. Les issues possibles de ce genre de dépression post-adolescente liées à l’excès de drogue sont en général de trois natures – la mort (River Phoenix), l’oubli (Macaulay Culkin, Gary Coleman), et plus rarement la rédemption (Drew Barrymore, Britney Spears aussi, même si je la soupçonne d’avoir dans le cerveau la même puce que Spike, dans Buffy).

La dépression de Lindsay Lohan semble avoir créé une boucle dans l’espace-temps avec répétition indéfinie du même : boîte de nuit > excès de vodka > rail de coke > grosse connerie (coucher avec Samantha Ronson, prendre en chasse son ancienne assistante, voler une voiture sous l’emprise de cocaïne) > taule > paiement de caution > changement de couleur de cheveux > rehab > sortie de rehab > repentance > boîte de nuit, etc. D’une part, ça nous enseigne le respect pour cette enfant-star: produit Disney de shit ou pas, les ressources financières de cette personne semblent inépuisables. Ça fait 5 ans qu’elle ne tourne plus rien de recevable, elle est passée de représentante de Gucci à représentante pour Fornarina et pour sa ligne personnelle d’autobronzant (sad, sad). Pourtant, depuis le temps qu’elle dilapide toute sa fortune, même si on nous jure qu’elle est fauchée, elle parvient quand-même à trouver des ressources pour payer ce train de vie à la con.

Alors même que Britney Spears est devenue le robot de son père, que Nicole Richie a décidé de pouponner, et que Paris Hilton n’intéresse plus personne, Lindsay Lohan doit désormais avoir pour principale source de revenu l’argent qu’elle tire de la vente aux tabloïds de photos “volées” d’elle en train de sniffer de la coke ou d’interview exclusives d’elle en prison. Maintenant, si on devait me demander “pourquoi elle est connue, en fait, Lindsay Lohan?”, je me contenterai de répondre “oh, tu sais, c’est une fille qui fait “toxicomane”, comme métier”.

Comme toute starlette hors de contrôle, Lindsay incarne à merveille la culture du gossip et de l’addiction de la personne pour celui-ci. En effet, combien de fois a-t-on entendu Lindsay se plaindre en termes de “c’est du divertissement pour vous, mais pour moi, c’est ma vie”, sans qu’on soit vraiment désolé pour elle. Alors même que la dépression de Lindsay Lohan semble s’accroître de jour en jour, c’est devenu son image de marque. Dans le dernier numéro d’Interview Magazine, Ben Affleck fait un portrait de Blake Lively (la Serena de Gossip Girl), dont les phrases de présentation sont très éloquentes: “What does Blake Lively have to do to get your attention? She doesn’t wear an alcohol-monitoring bracelet…“, en référence à la starlette déchue qui ne parviendra sans doute jamais à relancer sa carrière, prise qu’elle est entre 2 procès, 3 condamnations et 5 rehabs. Elle est devenue l’incarnation de l’actrice ratée. C’en est arrivé au point où sa principale réussite a consisté à mettre en scène, un à un, les échecs de sa vie aux yeux du grand public. Ça avait commencé doucement, lorsqu’elle se contentait d’une chanson “lettre ouverte à son père” à l’époque de son succès (la question des parents de Lindsay Lohan mériterait à elle seule un volume balzacien de la Comédie Humaine). Puis sont venus les tabloïds et Perez Hilton. Puis est venue l’occasion de prendre directement le contrôle sur la merde, avec l’utilisation de son compte Twitter, dans lequel elle relate ses déboires familiaux ou ses rechutes dans la drogue, les apparitions délibérées au Château Marmont (un des lieux les plus médiatiques d’Hollywood), le séjour improbable à Cannes à la veille de son procès, et autres DC4A typiques.

(DC4A? Oh, rien, c’est une abréviation de bitch qui veut dire “Desperate Call For Attention” – ne me remerciez pas)

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Alors quand en juilllet, Lindsay pleure, c’est quelque chose d’assez étonnant, qui se passe, en fait. C’est la prise de conscience d’une jeune personne de la conséquence de ses actes. Mais au-delà de ça, c’est le moment où cette demoiselle, en complet rapport d’addiction à sa présence dans les tabloïds, se rend compte qu’elle n’est pas un personnage mais bien une personne et qu’elle ne contrôle pas sa vie comme un scénario de teen-movie où l’héroïne s’en sort toujours à la fin. A force d’avoir été érigée en idéal-type de la jolie adolescente américaine, c’est comme si Lindsay Lohan, avec l’aide des psychotropes assez puissants qu’elle prend quotidiennement, avait réussi à se convaincre qu’elle était ce personnage, la fascination des tabloïds pour sa petite personne n’aidant en rien dans cette construction de sa vie comme un mauvais récit jeté à la face du monde.

Ajouté à la fascination qu’elle éprouve pour des figures féminines au destin tragique (de Marylin Monroe à Linda Lovelace) dont la vie est devenue plus intéressante que les oeuvres, c’est comme si elle espérait, par ses frasques, atteindre ce statut d’icône générationnelle que 3 films Disney ne suffisent pas à créer. Donc oui, quand on s’étonne que je connaisse aussi bien jusqu’à la liste des personnes lui ayant rendu visite au pénitencier de Lynnwood en juillet dernier (ie: Dina Lohan & ses enfants, Shawn Chapman Holley, Samantha Ronson), je devrais, non pas rougir et me défendre, mais répondre que j’apprécie à sa juste valeur l’œuvre de cette artiste.

25 thoughts on “Teen Movies, crack-pipes and tabloïds

  1. C’est anecdotique mais la performance de Armie Hammer n’a strictement rien à voir avec celle de Lindsay Lohan puisque 2 méthodes totalement différentes ont été utilisées pour “doubler” une même personne dans Parents trap et TSN. Ce qui rend la perf de Lilo d’autant plus cool car beaucoup plus cheap et aléatoire, remarque.

    • Ah tiens, je savais pas, ça… – mais effectivement, ça n’enlève rien au concept de “je joue des jumelles”, qui est une inversion exacte de la performance des jumelles Olsen dans Full House, d’ailleurs…

      • Oui Lindsay Lohan jouait effectivement les deux personnages et après on synchronisait les deux corps pour qu’ils se regardent et semblent se parler l’un à l’autre, tu vois le genre. Fincher ne pouvait pas faire ça parce que c’était ingérable pour la scène d’aviron par exemple donc il a engagé deux acteurs différents et a synchronisé le visage de Hammer sur l’acteur qui jouaient en face de lui.
        T’as surement du lire ça quelque part, tout le monde en parle. Mais bref, du coup Lindsay a fait un travail beaucoup plus difficile ou en tout cas, un plus gros travail, dans Parents trap, ce qui colle à ce que tu dis.

  2. Quelle concurrence tu fais à mon désormais célèbre post sur LiLo ! ;)
    Plus sérieusement, que dire d’autre que c’est excellent et brillant !

    “Britney Spears aussi, même si je la soupçonne d’avoir dans le cerveau la même puce que Spike, dans Buffy” > Si Tarantino avait écrit ça dans un scénario, ça deviendrait aussi culte que le sous-texte gay de TOP GUN dans SLEEP WITH ME ! ;)

    • Ouais, du coup, je crois que c’est un peu un anti-ton post sur LiLo, parce que, si je me souviens bien, ton cri de “Leave Lindsay Alone”, c’était un appel à ne s’occuper que de sa carrière et pas de sa vie privée, non?

      • C’est “plus ou moins” anti. Il y a pas mal de points sur lesquels on s’accorde. Mais en fait, ton angle est assez différent du mien.
        Il faut avouer aussi que, depuis mon post, il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts. J’avais écrit le post au moment où elle était confirmée pour le film sur Linda Lovelace et je reprenais un peu espoir. Aujourd’hui, avec sa banqueroute, ses re-allers-retours en desintox et tout, j’ai de plus en plus l’impression que mon post était un voeu pieux…

        • Je dois avouer que moi aussi, j’avais repris espoir au moment de l’annonce de ce biopic. Depuis, je me dis que des mecs qui misent toute leur comm’ sur le potentiel médiatique que leur procurera d’avoir casté Lindsay ne peuvent pas être suffisamment sérieux pour faire un bon film. Sérieux: QUI recule un tournage au Texas pour attendre une actrice parce qu’elle passe 6 mois en taule et n’a plus le droit de quitter la Californie? Ca craint.

  3. Et que dire de sa maison de disque Universal qui attend toujours son disque depuis 2007…

    Bon, précisons quand même que les 2 précédents albums ont été respectivement disque de platine et disque d’or.

    Et puis sinon, le single “Bossy”, produit par Ne-Yo en 2008 reste tout de même honteusement un de mes morceaux pop préférés.

    Je pense malgré tout que Lindsay a un truc très différent qui la distingue de Paris ou Britney, qui est qu’elle est tout de même très belle. Plus elle s’enfonce dans la glauquitude, et moins elle paraît vulgaire (l’autobronzant et les extensions ne comptent pas dans ma définition de vulgaire, le bide de Britney et les yeux bovins de Paris: si). Il reste toujours une certaine fascination photogénique pour son personnage. Ton illustration de Terry Richardson le montre très bien.
    Elle vieillit bien. La conne.
    Et ça se voit.
    Après, je ne dis pas que ça durera, mais combien de couverture de Nylon, W ou Vanity Fair m’on fait lacher un “putain, elle est sacrément jolie, quand même”? Et tout injuste que ce soit, les gens beaux ont ce petit truc en plus qui va biaiser leur vie.

    • C’est marrant que tu dises ça parce qu’en écrivant ce post, j’avais songé à pousser un peu plus la réflexion du “pourquoi ça nous intéresse” – c’est vrai, Paris Hilton nous a lassé, Heidi est obligée de se mutiler pour attirer l’attention, Britney a arrêté. Lindsay ne fait objectivement rien et on s’intéresse à elle, et la seule raison que j’y trouve, c’est qu’effectivement, elle est très jolie. Genre, on continueras toujours à avoir un peu d’affection pour elle à cause d’un tout bête délit de belle gueule.
      Après, dire qu’elle vieillit bien, je suis pas super d’accord. Tu compares sa tête dans Mean Girls et sa tête au défilé Ungaro l’an dernier, t’as du mal à croire que moins de 5 ans se sont écoulés, tout de même…

  4. je suis bien contente que Samantha ait été voir Lindsay en taule ça me fait bien plaisir.
    j’ai envie de mettre des petits picots dans les yeux de Dina et lui retirer la garde d’Ali qui va finir par mal tourner (parce qu’elle bénéficie de l’aura de sa soeur, mais pas de son talent, alors ça va être dur quand ça va s’arrêter).

    je me demande quelle gueule elle aura à 40 ans.
    Déja qu’elle s’est fait botoxer les lèvres à à peine 20 ans…(remember sa duck face pendant des mois.

    • Son dernier mugshot en date est flippant pour ça. Comme disait Gyom, elle est vraiment très jolie, c’est quand-même absurde de se botoxer à même pas 25 ans quand on est servi comme ça par la nature (physiquement, j’entends, parce qu’au niveau de l’équilibre familial ou mental, elle a pas été gâtée).

  5. Pingback: Revue de Web n°67 : Automne sur la toile | Besnob

  6. Il y a quelque temps, j’ai failli écrire une note sur pourquoi Lindsay s’est ramassée mais je crois qu’elle n’aurait pas été aussi bien écrite que la tienne !

    Lindsay avait tout pour réussir, mais elle semble être quand même accro au “drama”. A un moment, elle était en concurrence avec Hilary Duff, et regarde maintenant la différence entre les 2 (bon, aucune n’a réellement connu une excellente carrière d’actrice sauf qu’Hilary s’est mariée et ne connait pas la crise…)

    L’autre problème de Lindsay, c’est quand même son entourage : une mère avide de célébrité, un père alcoolique et uniquement intéressé par l’argent et une bande de pote pas forcément fréquentables. En fait, pour qu’elle réussisse, il lui aurait fallu un bon père sévère, comme celui de Britney, pour la remettre dans le droit chemin. En attendant qu’elle “guérisse” réellement, Lindsay restera Lindsay.
    (bordel, j’ai honte de mes références peoplistique quand même ^^)

    • Merci pour ton commentaire :)

      Je crois que le problème de 95% des enfants stars, c’est leurs parents, est Lindsay est (malheureusement pour elle) un cas d’école, entre un père taulard et une mère qui lui laisse tout faire.
      Les parents oublient d’en être une fois qu’ils se rendent compte qu’ils ont entre les mains une poule aux oeufs d’or, et je crois que très peu ont réussi à se sortir de ça (Macaulay Culkin a été victime de ça, aussi, Gary Coleman s’est fait voler son blé par ses parents).
      Ca me fait penser à cette itw de Dakota Fanning qui dit que ses parents sont très stricts avec elle et qu’elle ne sort pratiquement jamais (et de fait, elle ira loin). De la même manière, le père de Natalie Portman est si strict avec sa fille qu’il ne lui parle plus depuis qu’il sait qu’elle a une scène un peu chaudasse avec Mila Kunis dans Black Swan.

      Maintenant, les enfants-stars qui veulent s’en sortir se posent comme des anti-Lindsay…

  7. http://www.guardian.co.uk/technology/2008/jan/14/wikipedia.web20
    « In contrast to the accumulative and needlessly prolix articles often found in regular Wikipedia, the Simple English version tends to stick to commonly accepted facts and rarely tells you more than you want to know. Lindsay Lohan’s entry runs to just three sentences, one of which is “She plays the guitar very well and has done many singing parts.” In contrast, the standard Wikipedia version of her life is 4,000 words long. […] Of course, one could argue that certain of life’s complexities simply cannot be conveyed in this manner, but then again, what you don’t know about Lindsay Lohan won’t hurt you. »

    Mais comme disait Marcel : « A partir d’un certain âge, nos souvenirs sont tellement entrecroisés les uns dans les autres, que la chose à laquelle on pense, le livre qu’on lit n’a presque plus d’importance. On a mis de soi-même partout, tout est fécond, tout est dangereux, et on peut faire d’aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon. »

    • Je devrais montrer cet article à mes étudiants, tiens! – et effectivement, je pense qu’on peut légitimement se poser des questions fécondes sur beaucoup de choses (sinon j’efface ce blog), et je suis authentiquement passionnée par le parcours de cette pauvre, pauvre Lindsay… (bon, le fait que j’écoute les Backstreet Boys à cet instant précis contribue à mon émotion la concernant, je pense)

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