Video Made the Radio Stars

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était en Mars 2006, j’avais ouvert mon blog 3 mois plus tôt (ou quatre ?), et je parcourais Over-Blog à la recherche de quelque chose d’un peu divertissant/intéressant. Dire que j’étais sur Over-Blog devrait logiquement être une indication suffisante de la qualité de ce que j’ai trouvé, globalement (et de la qualité de ce que j’écrivais, du reste). Alors je vois ce type wesh-bien-wesh-tranquille, qui parle d’un clip de, je suppose, Sean Paul. J’en sais trop rien, en fait, mais on était en 2005-2006, voyez-vous. Quoiqu’il en soit, la réponse immédiate d’une molle qui devait vouloir draguer le racaillon fut une espèce de chienne-de-garderie du pauvre propre à me faire détruire mon ordinateur en le mettant au micro-ondes, m’éclatant au passage les deux rétines pour ne plus avoir à lire ce genre de conneries (un genre de “les clips c’est nul et c’est dégradant pour la femme”).

J’avais préparé l’agreg en imitant les Destiny’s Child et Ciara (son duo avec Missy Elliott), j’avais vu Rize, j’étais amoureuse des danseurs de David LaChapelle, et j’avais passé des nuits entières, des étés entiers, à regarder MTV pendant mon adolescence.

C’est ce jour là que j’ai décidé que si je devais écrire sur l’Internet, il fallait que ça ait trait à la culture populaire, à ce avec quoi j’avais grandi et à mon amour sincère et profond pour tout ce qui la caractérise. Amen. C’était avant que j’entende parler de Youtube, ce qui avait rendu ma démonstration difficile. Voyant finalement, à la lumière des débats sur le dernier clip de Lady Gagster, que mon point de vue sur la question n’a pas bougé d’un poil de cul, ladies and gentlemen, voici ce qui est officiellement le plus vieil écrit que j’accepte de restituer sur ce blog (assorti de 2-3 remarques Born This Way-related).

Vu la longueur de l’enfoiré ci-dessous, j’ai chapitré, histoire de pas complètement vous perdre. (histoire aussi, disons-le, de faire des titres bullshit à la Olive Penderghast) (mais c’est vraiment *LONG*, du genre prévoyez peut-être de le lire en deux fois)

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23 MARS 2006

1995-2005 : All things must pass, why videoclips suck, et comment j’en viens, en fait, à faire un éloge esthétique de l’âge de fer de MTV

(Photo extraite de Rize, de David LaChapelle)

S’il y a un truc dont j’ai toujours été fière, c’est mon affection profonde pour le visionnage de clips. Alors oui, c’est pas ce qui fait le plus chic en soirée mondaine de dire « mon émission préférée, c’est le Top 50 », mais quand même. Je parle de ça, à cause d’une remarque faite sur un blog voisin, que je cite de mémoire : « moi, j’aime pas les clips. Ça sert juste à mettre des chanteurs en playback avec des filles qui se trémoussent ». Je vois le tableau d’ici. La caricature du clip de RnB ou de rap US, qui joue à fond la carte misogyne, et qui suscite les foudres des pseudo-féministes. Ouais, c’est une image de la femme plus que dégradante qui est dévoilée ici, je trouve ça honteux, et bla et bla et bla.

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– Art populaire, art immédiat : le videoclip comme expression culturelle autonome.

Plusieurs réactions à cela. Déjà, le clip, ce n’est pas que la mise en images basique d’une chanson. C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité de ce support, voué à servir un titre, tout en prenant une certaine autonomie par rapport à celui-ci, par la mobilisation d’un média autre. L’intérêt du clip, c’est qu’au-delà de la musique qu’il est censé, en premier lieu, servir, cette forme lui permet de s’émanciper d’un schéma narratif. Ce sont des images pour elles-mêmes, dont l’esthétique ne sert pas nécessairement un récit linéaire. Cela sert plutôt une esthétique, plus ou moins datée, ça permet aussi certains choix audacieux, d’autres moins, certains vieillissent mal, mais n’en sont pas moins intéressants… Tout ça pour dire que c’est réducteur de ne considérer le clip que comme des « gens qui se trémoussent en playback ». Au contraire, même : ce sont des gens qui se trémoussent, ouah !!! Chanmé ! En fonction de la musique ? Pas possible ! Ça veut dire que la musique peut inspirer des images ? Hé bé, mon gars… Ce sont des gens qui dansent sur une musique dans un clip ; quand Michael Jackson faisait ça avec des morts vivants, on criait au génie (on avait raison). Oui, il y a un support filmé ajouté à une musique, mais il n’a rien de secondaire. C’est une œuvre en soi, qui joue avec des contraintes et des libertés, des choix, des styles, et dont la réussite dépend grandement du talent de son concepteur.

Ça par exemple, serait-ce pareil que pour les autres œuvres audiovisuelles ?

Le plus d’un clip à mon sens? Sa capacité à dire une époque, un courant culturel, sur un support de consommation de masse, et sur une courte durée. Les clips sont stéréotypés? Les codes sont faits pour être déjoués. Les clips ne racontent rien? Les clips montrent. Que montrent-ils? Foule de choses… Comme le dit très bien Michel Gondry, l’objectif d’un clip, par-delà la promotion d’un produit, est d’ajouter de l’image à une chanson. Certains clips sont de simples abstractions inspirées par la chanson, d’autres peuvent contenir suffisamment d’intrigues et de sous-intrigues pour devenir des œuvres de fiction.

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Bitches and lovers : une apologie de l’esthétique corporelle dans les videoclips contemporains contre le reproche de mysogynie

Par ailleurs, pour en revenir à l’image de la femme, ou de la société véhiculée dans les clips de RnB, en vérité, il me semble que l’image de la nana qu’on voit dans ces clips est loin d’être aussi dégradée qu’on le prétend. Tout ça, c’est avant tout fonction d’un regard sur le corps, d’un jeu, plus ou moins subtil avec des codes corporels. Je suis d’accord que les nanas en laisse (clip P.I.M.P. de 50 Cent et G Unit), ça peut laisser rêveur, mais derrière ça, il y a avant tout une volonté de saturer l’écran, de mener à son extrême un discours (qui d’ailleurs est mis à distance dans l’ensemble du clip). Alors certes, on pourra dire qu’à force de voir du second degré partout, on accepte des discours limite. Mais en quoi le corps est-il quelque chose de non-montrable ? Regardez le clip de Sorry, de Madonna, regardez Rize, de David Lachapelle, faites quelque chose comme ça, mais rendez vous bien compte d’un truc… Ils sont beaux, ces corps. La différence entre un clip de RnB et un clip d’un autre style musical, c’est sans doute sa façon plus affichée de jouer sur la corporalité, de mettre en avant la danse, la sensualité, la nudité, mais il n’y a rien d’infamant là-dedans. C’est un parti-pris. Et ils ne sont pas forcément dégradés parce qu’ils sont montrés, ces corps ! C’est une modalité du discours, uniquement, et elle est à mon avis un peu plus complexe qu’une simple lecture respect/non respect, bon/mauvais goût, etc.

Pour résumer ma pensée, MTV, c’est une esthétique, un regard sur le monde, un hymne à la saturation d’images, de couleurs, de white trash, etc, Oui, les nanas dansent en bikini, et oui, c’est une vision qui peut passer pour misogyne aux yeux du commun des mortels et moi, ça me fascine. C’est que, on a tous nos petits vices, moi, c’est regarder des clips. Si j’avais pu, si j’avais su, si j’avais eu des idées, je me serais investie à fond dans la pop culture (qui n’est pas une sous-culture) et j’aurais réalisé des clips.

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2 MARS 2011

Born this way, Lady Gaga et le renouveau de l’art audiovisuel pop des années 80

(Photo extraite du clip Born this Way de Lady Gaga que vous pouvez voir ici)

A posteriori, je reste contente de ce que j’ai écrit (et puis j’étais cinq ans plus jeune, on pardonne, non?) ; le but de ma démarche, à l’époque, était de pouvoir défendre les productions vidéoclip sans en convoquer l’âge d’or, quelque 10-15 ans plus tôt (en même temps, c’est tellement facile de dire « les vidéoclips c’est cool, regardez Vogue et Thriller ») – même si je me planquais volontiers derrière Gondry et LaChapelle… Ces réflexions me sont revenues en plein visage en regardant, il y a 2 jours, le clip de Born This Way, de Lady Gaga.

J’ai déjà largement glosé sur Lady Gaga et pourquoi je la trouve intéressante et chouette. Point is, elle m’a déçue. En un clip, l’ensemble de l’édifice que j’avais bâti en son honneur dans mon Hall of Fame mental s’est effondré. Alejandro était une de mes chansons préférées (référencée, drôle, surtout efficace), mais la vidéo afférente était un peu une pâle copie non-identifiée de trop de choses pas très originales (surtout d’elle-même). Puis est venu l’effet d’attente créé autour de Born This Way, la chose la plus extraordinaire jamais écrite par une artiste pop, un Manifeste, une « mitose du futur » (srsly gurl ?). Pour tout vous dire, j’en ai même commencé à écouter frénétiquement Katy Perry. La chanson en elle-même ? Bof. Surtout, beaucoup trop voisine de ce qu’a fait Madonna dans les années 80 (au passage, Express Yourself est une de ses meilleures vidéos, un spoof de Metropolis un peu cul orchestré par David Fincher). Mais Lady Gaga, je ne le dirai jamais assez, n’est pas tout à fait une chanteuse. A bien y regarder, ses rengaines sont bien souvent assez interchangeables et moyennement étonnantes. En revanche, elle est littéralement une performer. Une artiste dont la musique deviendrait presque secondaire à côté de l’appareil visuel et scénique qu’elle met en place – son concert à Radio City Music Hall, l’an dernier, était empreint de performances visuelles du début à la fin.

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– Youtube vient au secours de MTV: métaphores organiques et art pop total

Sur Madmoizelle.com, Elise souligne que Lady Gaga a remis les videoclips au goût du jour et je suis à peu près 800% d’accord avec cette idée (son article m’a en partie inspiré ces réflexions). Les clips de Lady Gaga prennent clairement le pas sur sa musique. Et la fin du clip de Born This Way est un putain de coup dans les côtes de ses détracteurs à ce sujet : grimée en Michael Jackson, puis en Madonna, en regardant la caméra d’un air de dire « so what ? », elle établit quelque chose d’assez sympathique (en plus d’une filiation spirituelle un peu présomptueuse mais très couillue). Cette chose sympathique, c’est qu’en se mettant dans la directe filiation des « artistes à clips », elle ravive cette culture MTV des années 80, par laquelle le Clip était devenu plus que le véhicule visuel d’une chanson.

A tel point que Lady Gaga recrée une pop oubliée, enfouie sous des clips minimalistes et/ou soft-porn pas très ambitieux (ne vous méprenez pas, j’aime quand-même le hoedown de Madonna dans le clip de Don’t Tell Me, j’aime Toxic, et j’aime Single Ladiestherefore le post de mars 2006 sus-recopié). Elle ressuscite quelque chose de fort. Ce qui fait qu’on aimera une chanson de Lady Gaga, finalement, c’est le visuel qui l’accompagne ; les refrains pop-néo-dance sont, eux, oubliables, et ce qui compte, c’est ce qu’ils permettent d’incarner, au point d’influer sur la perception de la musique elle-même ; c’est précisément pour cette raison qu’on s’est tous mis à aimer la culture MTV en premier lieu. Il fut un temps où l’on commençait à s’intéresser à une chanson grâce à son clip. C’est cool de pouvoir raconter aux gens qu’on a fait des cauchemars pendant 3 semaines après avoir vu Thriller, ou de savoir qui est Iman à cause de cette vidéo où elle est la Nefertiti d’Eddy Murphy. Que Gaga parvienne à rétablir ce rapport est pour moi un accomplissement évident. Ce qu’illustrent ces 7 minutes ultra-bizarres, c’est que le videoclip n’est pas qu’une mise en image d’un single outrageusement commun, il doit avoir pour ambition de le dépasser. La pop est réussie si le clip qui l’accompagne la fait aimer. Lady Gaga en est, à l’heure actuelle, l’expression la plus aboutie. Une chanson que j’aimais bien a priori (Alejandro, donc) en est venue à me déplaire à cause d’une video ratée, et à l’inverse, ce Born This Way mi-nul m’intéresse de plus en plus. Ergo: Gaga est une artiste visuelle avant d’être une chanteuse. Pour Born This Way, elle est même allée encore plus loin : le clip ne se suffit plus, et chaque apparence de son personnage fait partie d’une mise en images géante de son art, elle fait advenir le narratif atypique propre à un clip dans la vraie vie. En témoigne son arrivée aux Grammies dans cet étrange cocon, ces messages sur Twitter (il faut savoir que quand Gaga va se faire teindre la frange, c’est l’avènement de la mitose du futur – alors que nous, on va bêtement chez le coiffeur). Yeah, right.

(Merci Lyly June pour ce gif <3)

Reste à savoir ce que pense Michel Gondry de l’art visuel de Lady Gaga (vu qu’il est et restera tout de même le « Capital H.I.M. » de ce type de support…), mais si cette « mitose du futur » (j’adore cette expression) n’est rien moins que le retour d’une vraie culture du clip à l’ère de Youtube, de VEVO et du déclin changement d’orientation de MTV, alors je signe, j’applaudis des deux mains, et je reprends la construction mentale du mausolée que j’avais commencé à te dédier, Stefani.

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EDIT: Parlant de Michel Gondry, voici une forme de réponse qui résume assez bien les choses (forcément, c’était après Telephone, qui doit être à des années lumière de tout ce que peut représenter l’univers de Gondry, en même temps). Le pire c’est que je dois être d’accord point par point avec tout ce qu’il dit, mais que j’aime quand même la Gaga. Dur.

37 thoughts on “Video Made the Radio Stars

  1. Un jour t’écriras un bouquin sur la popculture ? hein, dis, steuplé :)

    j’ai déjà dit sur madmoizelle que j’étais toooootalement d’accord sur le clip de Born this way. Ce clip est fou !
    Je l’ai vue ce soir au défilé Mugler, Born this way à fond pendant que les mannequins manquaient toutes de se vautrer sur leur platform shoes inmarchables. Et elle, elle arrive sur ses trucs qui ne ressemblent même plus à des chaussures, 50 cm de semelle facile, tranquillou. Elle est dingue. (par contre je pense que la frange, c’était en partie pour Mugler, d’autres filles avaient le même style capillaire)

    • J’ai pas vu le défilé Mugler. De toutes façons, elle a gagné mon respect quand elle a réussi à se déplacer casual, normal, la base avec les Armadillo d’Alexancer McQueen… Et donc la “mitose” du futur ne serait que le défilé Mugler? Ma foi… Cette personne a un potentiel de construction assez délirant (ça me conduit à un aplatissement mental entre ma prof de bio de 4e et Thierry Mugler, c’est très étrange)

  2. tu voudrais pas venir remplacer mon prof de “music video”? Parce que lui il fait rien que nous emmener faire de la stop motion dans Gramercy Park affublés de T-Shirts “I love NY”… Sinon, je pense que la force du médium clip, (pour les réalisateurs en tous cas) par rapport à n’importe quelle vidéo, c’est justement cette liberté qu’offre la musique. La chanson devient une trame qui fait “couler” les images, du coup tu peux te permettre un peu n’importe quoi, des faux raccords et des ellipses impossibles ailleurs, ça marche parce que c’est enrobé par le son. Et la mise en parallèle des images, des paroles et de la musique crée pleins de sens de lecture, c’est hyper libérateur. A coté de la fiction ou du documentaire, le clip c’est un peu le freeway. Bref. Très bon article. Si tu fais pas un livre tu peux au moins lancer un magazine du video clip? ou un vrai site vraiment bien fait là dessus… (ou si tu en connais déjà ça m’intéresse!)

    • Ui, je suis assez d’accord avec ça, la liberté offerte par ce type de support permet de voir des choses vraiment intéressantres. J’avoue que je connais pas de site vraiment bien fait dessus, j’imagine qu’il faudrait déterrer de vieilles itw de mecs comme Gondry, Fincher ou Mondino, par exemple, qui proposent des trucs très différents par rapport à ce medium, mais en même temps sont largement identifiables. (si qqn connaît, ça m’intéresse aussi!!)

      ps: ceci dit, si grâce à ton prof, tu as eu accès à Gramercy Park, en soi, c’est déjà super!

    • Exact. En plus, j’avais songé à parlé du déclin de MTV, as in “Music” Television depuis l’avènement des Punk’d, Real World, et évidemment, tout ce qu’on connaît et AIIIME (Snooki, LC, Spencer… rhaaa…)
      Je vais éditer ;)

  3. Depuis que le clip est en ligne, je n’attendais qu’une chose que tu post dessus, c’est chose faite et tu m’en vois vraiment soulagée, MAIS VRAIMENT, MERCI.
    Une chose me turlupine: Alejandro ne sera-t-il pas musicalement une copie d’Ace of Base?, franchement.

    • Alejandro est clairement inspiré d’Ace Of Base, d’Abba aussi (Alejandro, Fernando, oh oh oh!). Mais l’inspiration n’est pas nécessairement la copie ou le plagiat (quand Madonna avait repris la phrase musicale de Gimme Gimme Gimme pour Hung Up, tout le monde avait trouvé ça cool et fun. Quand Gaga joue avec les mêmes sonorités qu’Ace of Base, on crie au rip-offf. C’est dommage.

      • Je crois que quand Gaga s’inspire puisqu’elle est jeune, que tout son personnage repose sur une volonté d’être la performance artistique de sa propre vie, on la traite vite d’ursupatrice car elle a construit tout son discours sur l’originalité.
        Quand Madonna le fait, a 47 ans, c’est plus que ridicule et je dis cela en ayant été vraiment fan d’elle et du producteur de hung up (stuart price, “sometimes” 3 min de bonheur). On peut pas avoir été l’icone pop féminine absolue, avoir su faire évoluer son personnage aussi bien, puis se retrouver pres de la cinquantaine à faire tout l’inverse.Cette année là, elle a aussi sortie une collection h et m si tu veux mon avis tout est un peu lié, elle a fait du facile sans discours derrière.
        Le pire dans tous ca c’est qu’elle vehiculait l’idée d’etre une femme forte et maintenant elle montre juste qu’elle est en retard et qu’elle ne sait juste pas vieillir dans la sérénité.
        Mais ceci est une autre histoire.

        • Mais en fait, la question que je me pose, c’est: est-ce que Gaga s’était posée comme originale. Je veux dire, avant son délire à la con sur Born This Way, il me semble pas que ça ait été le cas. Elle me semble avoir plutôt au contraire toujours tout fait pour montrer des milliards de références qui en faisaient un genre de synthèse de 30 ans de pop music. Et en ce sens, ça fonctionnait, et je crois que c’est pour ça que le public lui a souvent prêté une originalité que, certes, elle n’a pas musicalement. Après, je pense que l’utilisation qu’elle fait de ces références, et la façon dont sa carrière assez fulgurante semble être pensée point par point comme une oeuvre complètement exempte de vie privée est qqch de fort, d’atypique (surtout que ça va avec des moments un peu racoleurs faciles, du genre “gaga se promène en body dans LDN en janvier). BRef, pour cet aspect, je pense pas qu’elle soit un rip-off de Madonna, ou d’Ace of Base, ou de Grace Jones, ou de toute autre influence avouée.

          Mais c’est vrai qu’in fine, elle est plus une artiste visuelle que musicale. Quant à Madonna, elle représente l’inverse dans cette mesure: son statut iconique vient de l’inverse de ce qu’a fait Gaga. Il a pris du temps à se bâtir, elle a vécu, elle a exhibé une vie dissolue, mais charnelle et incarnée, elle a été tour à tour putain, mère, femme haïe, adulée, icône de modeS, etc. tout ça sans jamais afficher de programme, ce que Gaga fait constamment (avec plus ou moins de maladresse, d’ailleurs).
          Comme tu dis, elle affiche pas de discours derrière, c’est peut-être plus “naturel”.

          Mais du coup, ça montre que Madonna et Lady Gaga n’ont finalement pas la même démarche, et qu’on ne peut pas réduire l’une à une copie de l’autre, en dépit d’emprunts évidents.

          • Je te suis sur le fait qu’elle n’est pas la même démarche,qu’on ne peut la réduire à une simple copie .
            Peut être c’est le discours “be yourself, without prejudice, blabla” qui me gonfle plus parce que finalement devoir tout penser comme une performance artistique pour être soi-même ça devient pas très simple finalement d’être naturel, ou d’être fan d’elle et d’être un little monster.
            J’aime aussi la pop quand on lui demande d’être ce qu’elle l’est et j’aime le fait qu’on puisse l’apprécier sans avoir de discours pour la justifier.
            Après on peut pas dire que Gaga nous fait pas réfléchir puisque ça fait le troisième commentaire que je laisse,chose qui ne mettait juste jamais arrivé.
            En cela tout d’abord je te remercie de la pertinence de tes articles qui me font vraiment plaisir,merci de m’avoir répondu, vraiment M.E.R.C.I. .

            • C’est vrai aussi. Mais je crois que l’identité de Gaga réside précisément dans ce discours arty. C’est pas forcément fin et elle devrait pas avoir besoin de ça pour s’acheter une légitimité. Surtout, ça la rend finalement pas si subversive (et c’est ce qu’on aime dans la pop en général, c’est con). Mais elle s’amuse et elle nous amuse, au final. Donc à voir si finalement, cette armada de justification n’est pas en réalité un écran de fumée visant à amuser la galerie, à faire de l’entertainment pur et dur (la distance humoristique est tellement là que j’ai du mal à croire qu’elle se prenne à ce point au sérieux – même si depuis son born this way, j’ai de plus en plus de doutes). J’aime bien cette idée, je suis pas sûre qu’elle soit exacte, mais ça me rassure de le voir ainsi :)

  4. Moi qui ai été littéralement bercée par MTV, capable sans rougir de chanter sans fausse note tout le répertoire de Mylène Farmer jusqu’à l’album “L’autre” sans devenir lesbienne ou de reconstituer encore aujourd’hui les chorégraphies léchées de Michael et persuadée que Madonna est l’une des plus grandes artistes du 20ème siècle (pour moi, vogue est un chef d’oeuvre) même si tout le monde sait qu’elle ne sait pas chanter,… Je reste de marbre devant Lady Gaga. je trouve qu’elle incarne quelque chose de vide propre à notre époque… Je ne parviens pas à dépasser ni la médiocrité musicale de la demoiselle (seul alejandro trouve grâce à mes yeux, sans doute parce que cette chanson me rappelle ace of base) ni l’espèce d’immense fourre tout d’idées qu’elle déploie dans chacun de ses clips, trop de références tuent … on le sait tous. Et plus encore je crois qu’elle incarne cette civilisation du vide et de la bêtise qui est à mes yeux symbolisé par ces bêtes de foire qui attendent désespérément une minute de gloire pendant les fashion weeks… Peut-être est une résistance d’une bientôt vieille fille ne supportant pas de voir sa culture usée et usurpée par une culture qu’elle ne comprend plus…

    • Intéressantes remarques…
      Je ne suis pas tout à fait d’accord pour la médiocrité musicale, au sens où ça reste de la pop efficace (je trouve). C’est pas super original (sauf 1 ou 2 morceaux), mais then again, ça fonctionne plutôt bien sur moi (voire j’ai trouvé Bad Romance canon, et quelques autres aussi).
      Là où je suis d’accord, c’est qu’on puisse ne pas supporter de la voir exhiber des milliards de références et trouver ça foutraque, maladroit, et un peu bullshit. Ca a un côté indéniablement poseur. En fait, à vrai dire, je me suis fait peu ou prou ces réflexions après le combo Telephone/Alejandro – ces vidéos m’ont déplu (surtout Alejandro) parce que je les trouvais faciles, ne créant rien, sauf un buzz non-mérité, et oui, ça faisait fourre-tout. Pourtant, je ne pense pas ça de Paparazzi et de Bad Romance qui, à leur manière, avaient créé un discours intéressant et cool sur la célébrité, et sur comment on crée du célèbre à partir de rien (Gaga commence à faire du grandiloquent au bout d’1 an 1/2 de carrière, je pense que Madonna a attendu plus longtemps pour ses superproductions Fincher/Mondino). Ça, ça me plaisait vraiment (mes 2 premiers post sur Lady Gaga) (surtout la video de Paparazzi, que je trouve brillante, en fait). L’évolution “pasionaria de la cause gay”, je la sens moins, je la trouve moins intéressante, moins distanciée, et elle semble de plus en plus prisonnière de ce personnage qu’elle s’est créé (tout ça pour, on le répète, de la pop pas si ouf).
      Mais pourtant, j’avoue que la vidéo de Born This Way a un truc qui me plaît, je ne saurais dire quoi. En fait si, je sais: j’adore la fin, et le look squelette aux cheveux barbapapa, qui, pour moi, rétablit un peu cette distance humoristique qui fait que j’aime bien Lady Gaga au départ.
      Et même en la pensant (déjà) un peu sur le déclin, on ne peut pas lui retirer le fait que, depuis qu’elle a déboulé sur Youtube, les sorties de clips, que ce soit d’elle ou d’autres popstars sont redevenues des événements à previews et premieres (avec plus ou moins de bonheur, d’ailleurs, mais juste: on se réintéresse aux videoclips, et Lady Gaga est, je pense, un chaînon important dans ce regain d’intérêt, qu’on aime son travail ou non)

      [Par contre, moi, je peux pas suivre sur Mylène Farmer, tant ses chansons que ces clips. Surtout ses clips, en fait, je trouve l’esthétique Boutonnat poseuse, boursoufflée, insupportable (de toutes façons, le narratif linéaire me gonfle), j’ai jamais réussi à aimer (comme quoi, on a chacun ses têtes, hein :)]

      • Une précision : je n’aime plus Mylène Farmer! (Je n’assume pas complètement mes références enfantines!) Juste pour montrer que malgré un passé culturel qui pourrait faire croire que… Je reste hermétique à la Gaga.
        Par ailleurs, ta comparaison entre Madonna et Gaga est tout à fait pertinente. Madonna reste pour moi humaine. On sent chez elle une réelle quête d’elle-même, une quête d’identité, une remise en question permanente, une naïveté, une revanche à prendre, quelque chose de formidablement humain. Encore aujourd’hui, elle le reste avec son besoin pathétique de rester jeune, de rester dans la place. Chez Gaga, tout est produit, surproduit. Ses effets d’annonce, son image, sa monstruosité, je n’y adhère pas, elle est bien trop travaillée (voire cynique) pour être honnête. Et puis, je ne supporte plus l’espèce de juxtaposition d’images et de références culturelles que je vois un peu partout (et plus particulièrement sur les blogs ou les tumblr) où finalement on arrive à une saturation d’images, de références..

        • Pour moi l’incarnation de ce côté “humain”, c’est cette chanson qu’elle avait fait après la débacle Erotica, Human Nature (cool vidéo de J-B Mondino, d’ailleurs).
          C’est clair que l’image de Gaga est surtravaillée, et c’est assumé et présenté comme tel. Quelque part, j’y vois aussi un point de vue intéressant sur la célébrité (qui était son cheval de bataille du début, avant les gays): tout est surtravaillé, peut-être autant que chez les autres, finalement, mais elle, elle l’exhibe, elle en fait une partie de sa production. En soi, je trouve ça cool, cette façon de faire. Parce que, effectivement, il y a un côté cynique, ou peut-être juste distancié. A défaut d’être forcément brillant, c’est assez amusant à voir, et divertissant. Ce cynisme, cette distance, plutôt, je trouve ça assez novateur, j’avoue (plus que les références mobilisées, du reste)

  5. Je suis d’accord avec Lyly June, écris un bouquin sur le sujet!
    J’ai longtemps travaillé pour un festival d’art vidéo, et lorsque nous concevions la programmation, la critique facile – ou le raccourci – était de juger une vidéo assez mauvaise en la qualifiant de clipesque.
    Mais je dois avouer qu’avant l’arrivée de Lady gaga, je n’avais jamais théorisé sur le sujet du clip en lui-même.
    Pour l’instant, je vois juste qu’elle navigue entre les lignes et j’aime bien ses spéculations mentales.

    • Oui, c’est le reproche qu’on faisait aux films de Baz Luhrman, genre “clipesque” comme terme dérogatoire pour dénoncer plus spécifiquement l’esthétique saturée de musique et d’images bon marché d’MTV dans les années 90. Moi je trouve que ça avait son charme aussi – cf. David LaChapelle qui a produit de chouettes choses (j’aime beaucoup le clip de Can’t Hold Us Down de Christina Aguilera). Mais en vrai, c’est vrai que le videoclip est un genre visuel foisonnant. Et comme le dit Gondry quand il tâcle Gaga, d’ailleurs (cf. mon Edit), en fait, un clip réussit parvient à restituer l’âme d’une chanson – that’s when the magic happens (lui il aime pas Gaga, parce qu’il trouve que sa musique a pas d’âme – forcément, vu comme ça…)
      Mais clairement, les clips de Lady Gaga, réussis ou ratés suscitent de nouveau une réflexion sur ce type de métrages, une réflexion qu’on avait laissé tombé depuis une grosse quinzaine d’années, je trouve ça cool.

  6. Je vais essayer de faire une remarque pertinente mais je ne suis pas certaine d’y parvenir. J’adore les clips, j’en regarde à foison et je n’ai jamais ressenti de passage à vide dans ce genre. Ensuite, on ne regarde certainement pas les mêmes, et pas non plus pour les mêmes raisons. La pop culture que tu décris ne me fait ni chaud ni froid et je suis de l’avis de Gondry sur le sujet. Après, ce qui n’est peut être pas assez souligné dans le texte, c’est que le clip, surtout pour cette niche musicale, c’est un produit promotionnel (hormis les clips offerts quelques fois en bonus sur un disque déjà acheté). En conséquence, que le clip donne envie de s’intéresser à un morceau qu’on a pu trouver médiocre dans un premier temps, bin, c’est simplement qu’il fait bien son boulot. Bien sûr, je ne réduis pas à néant la part artistique de ce genre d’objet mais il faut aussi prendre en compte son intention première. “Mitose du futur”, c’est le genre d’expressions ineptes en accord avec le discours pompeux que Gaga nous sert dès qu’elle en a l’occasion et, j’en ai l’impression, très bien retranscrit dans ses vidéos. Pour moi, ça “fait genre”, mais dessous, c’est du vide.
    En dernière remarque, je dirais que le regain de créativité dans les clips n’est pas étranger à la consommation actuelle de la musique. La vidéo devient, de plus en plus, le principal vecteur de la musique via Youtube et consorts. L’ennui, c’est que ça devient un peu le concours de celui qui arrivera à faire le plus parler de lui (variante de “qui a la plus grosse”). Mais il faut bien vendre.

    • Mmmh beaucoup de choses:
      Quand je dis déclin ça renvoie à deux choses. La première, c’est qu’MTV ne fait plus vraiment chaîne musicale. Avant, on regardait Hitlist, maintenant, on regarde Jersey Shore, avant ça The Hills, Real World. Et il faut ajouter les Punk’d et autres Pimp My Ride. La deuxième, c’est que, comme la bafouille que j’ai pondu en 2006 le suggérait, c’était pas classe à l’époque d’aimer les clips. En fait, à chaque fois que je me plantais devant une chaîne de clips, je me faisais engueuler, et c’était dur à défendre (même si je continue à penser que c’était cool). A part les clips “beaux”. Et ça, mine de rien, les clips événement, y en a plus beaucoup eu pendant un certain temps. Pour moi, le dernier vrai clip événement, c’était Bachelorette, qui remonte à 97. Et encore, il était assez isolé. La plupart des clips se sont remis à faire 3-4 minutes (sans intro, sans générique, sans titre – j’ai rien contre, d’ailleurs, c’est moins pompeux, d’une certaine manière). Et ceci a résulté dans une dévaluation de la perception du clip (pas nécessairement une dévaluation de leur qualité, mais juste une baisse d’excitation – depuis 2-3 ans, des gens pas particulièrement MTV se remettent à me parler de clips qu’ils aiment et ça m’était pas arrivé depuis pfiou… loooongtemps – la dernière fois, c’est quand Méline m’avait dit avoir cauchemardé sur Thriller à l’Ecole Primaire, c’est te dire)

      Quant à la portée promotionnelle du clip, c’est une évidence (il me semble que je le dis dans le premier machin de 2006, non?). Le truc, c’est de savoir ce que tu mets derrière “promotionnel” – et le génie d’artistes comme MJ ou Madonna dans les années 80, ça a été de voir que la vidéo promotionnelle pouvait être le véhicule de beaucoup plus qu’un refrain pop, et de s’être entouré des bonnes personnes pour y parvenir. Qu’un clip n’est pas que la mise en images littérales d’une chanson, mais peut accéder à autre chose. C’est pour ça que j’aime bien.

      Par ailleurs, je pense que Gondry ne dis pas la culture pop. Il dit au contraire qu’il adore ça, mais qu’il faut qu’elle soit de qualité (après, c’est vrai que quand on collabore avec Björk, ça élève les exigences). La facilité le rebute, ce qui est tout à son honneur. Je pense aussi que c’est le musicien qui parle, à ce titre, ce qui rend son point de vue assez fort, d’ailleurs. Et pour moi, je le maintiens, Gaga n’est pas trop musicienne, c’est plutôt une artiste visuelle, c’est son trip et c’est là qu’elle est bonne. Et la “mitose du futur” est une expression d’une connerie rarement atteinte, et c’est pour ça que je la trouve formidable, parce que c’est avec ce genre de saillies weirdo qu’on pige qu’en fait, elle prend pas vraiment au sérieux cette image qu’elle construit d’elle-même (je pense). Du coup, c’est vrai que c’est construit, cynique. Et ça perd peut-être en fraîcheur pour ceux qui recherchent une sincérité qu’elle n’a pas forcément (ce qui, je pense, est le plus à l’opposé du style Gondry, à vrai dire). Mais ça la rend passionnante à regarder, je trouve.

  7. Ouais, pour Gondry, je pensais plutôt à son avis sur Gaga. Disons que je ne la vois absolument pas comme une artiste mais vraiment comme un produit marketing. La limite est parfois mince mais rien chez elle ne m’évoque une quelconque portée culturelle. Ni sa musique, ni ses vidéos, ni son délire de représentation perpétuelle. C’est du Personal Branding à mes yeux pour faire un anglicisme.
    J’ai jamais regardé de chaînes de clips parce que ma famille vivait au Moyen Age, mais par contre, on avait quand même M6 et j’ai mangé de la soupe pour avoir la chance d’apercevoir 2 ou 3 clips qui me plaisaient. Il faut dire que j’ai été très tôt très intégriste en musique. Par contre, alors qu’on doit avoir sensiblement le même âge, j’ai pas le souvenir que ça ait été ridicule de regarder les clips. Avoir certains goûts musicaux oui, regarder des clips, j’en ai jamais eu le sentiment.
    Pour les clips événements, je suis sûre qu’on doit pouvoir en trouver dans des milieux plus underground mais à ce niveau de diffusion, effectivement, je pense pas.
    Pour conclure : http://www.youtube.com/watch?v=U8BWBn26bX0 :)

    • Pas ridicule, mais ça avait juste pas le même impact que dans les années 80 jusqu’à, disons, les derniers “bons” clips de MJ. Et effectivement en plus underground oui, mais là, je parle surtout de grosse pop qui tâche un peu (parce que plus underground, faut dire ce qui est: j’en ai pas trop une connaissance poussée :) )

  8. Marrant cet article (dans le sens original)!
    J’avais jamais pensé à cet attrait que des personnes pouvaient avoir pour des clips!
    Peut-être que c’est parce que je n’avais pas la télé jusqu’à l’adolescence donc jamais vraiment regardé les chaines de clips.
    Et puis avec ton article je viens de me rendre compte que je connais aucun ou presque clips de mes groupes favoris que j’aime d’amour du genre à avoir des papillons dans le ventre! Je me dis que c’est parce que je préfère pas être “dérangée” par des images, et même si évidemment pour moi la musique n’est pas qu’à écouter en arrière plan, même si je ne fais que ça je préfère fermer les yeux ou regarder dans le vide que de regarder un clip!
    Après c’est vrai que quand MJ est mort j’ai découvert plein de ses clips que j’ai bien aimé mais c’est tout à vrai dire…

    Et sinon Gaga j’arrive pas à regarder ses clips (je n’aime pas du tout en général mais j’ai essayé d’aller voir pour être un peu au courant), je les trouve trop bizarre et dégueu, surement trop sensible! ;)

    • Regarder les clips c’est l’expérience télévisuelle adolescente ultime! Mais après, tous les artistes ne sont pas des “artistes à clips” (tous ont des clips, mais tous n’y attachent pas la même importance). Je suppose que c’est vraiment un produit typiquement pop, d’où Gaga et surtout MJ/Madonna avant…

      • Oui c’est sur par exemple les Strokes sont mon groupe préféré donc leur clip même si certains sont sympas sont plus pour voir la belle gueule des gars du groupe que pour l’attrait particulier du truc!
        Ah bon le truc typique de l’adolescence? Aurai-je raté quelque chose? mince alors! mais bon je créais des sites web à 8 ans on peut pas tout faire! ;) (sous entendu l’ordi a toujours remplacé la tv pour moi, mais y’avait pas Youtube avant… ;) )

  9. Passant sur ce blog par le jeu des liens préférés sur d’autres blogs, je voudrais juste faire quelques commentaires

    – D’abord, je tiens à préciser que je suis également un pur produit de la génération MTV, bercée aux clips, véritable liant de mes amitiés adolescentes (ils étaient vus, revus, commentés, disséqués, attendus, vénérés…). J’ai connu l’époque des MTV Unplugged (leur meilleure programme depuis la création de la chaîne : de Mariah Carey à REM, en passant par Lauryn Hill ou Nirvana, inoubliables), des Beavis and Butthead, des vidéos grunge qui passaient tard la nuit. A l’époque, les spots publicitaires de la chaîne étaient de vrais petits bijoux d’animation, qui piochaient leurs références chez Magritte ou Munch…Bref. Je n’ai rien à ajouter sur l’évolution actuelle de MTV, si ce n’est qu’on peut très bien voir en son nom propre un sens qui lui va à ravir : “Empty-V” ou “Empty Vie” (De The Hills à Pimp my ride, en passant par Les Kardashian…c’est juste consternant. Sans parler des délires psychanalytiques type “sors avec ma mère” “espionne ton ex en secret” “fais en sorte que ton ex et ta mère couchent ensemble”…)

    – Je suis tout à fait à même de reconnaître que la vidéo est un art à part entier, stimulant l’imaginaire, créant de nouvelles références, intégrant une multitude de codes esthétiques et sociaux, créant des “objets visuels” qui peuvent en dire long sur une époque.

    – MAIS je ne peux plus supporter la théorisation excessive et l’hyperanalyse du “””phénomène””” Lady Gaga. Je crois que son équipe marketing a parfaitement réussi son coup : créer une illusion de plein (débauche d’images, utilisation abusive d’expressions fumeuses et pseudo-intellectuelles (la mitose du futur…wtf ?), pseudo-distanciation et discours sur la célébrité (Paparazzi…), pseudo-subversion (orgies, lesbianisme, fist fucking symbolique, meurtres collectifs etc.) avec du vide (car revenons à l’essentiel : dans Pop Music, il y a “Musique”. Revenons même 20 ou 30 ans en arrière : les chansons d’ABBA, de la grande époque du Disco, les premiers titres de Madonna, même les hits des années 80 aussi sous-cotés que Wham ou AHHA étaient des putains de chansons bien construites, avec de vraies mélodies, un travail sur les choeurs, les arrangements, l’utilisation des progs etc.Or aucun titre de Lady Gaga ne peut se targuer d’être ne serait-ce qu’une honnête chanson pop. Les progs sont horribles et lourdaudes, tout est déjà vu, entendu… Si ces titres n’étaient pas enrobés de toute cette guimauve hype et qu’ils avaient été pondus par Cascada ou une obscure chanteuse d’Eurodance slovaque, ils seraient littéralement passés inaperçus, de “Just Dance” à cette daube plagiée de “Born this way”. Donc sur le fond, il manque déjà tout : la musique n’est pas là. C’est impossible de comparer Michael Jackson à Lady Gaga, car le fondement de MJ, c’était son talent unique, sa voix, l’efficacité de ses titres, qui ont ensuite inspiré chorégraphes, cinéastes, vidéastes. Par ailleurs, pensez-vous sincèrement que les intentions de l’équipe qui a créé Gaga soient artistiques quand ces clips sont une succession ininterrompue de séquences de placements produits ? C’en est tellement grossier sur “Telephone” que les mecs ont dû vraiment se frotter les mains en voyant le nombre de visionnages sur youtube et consorts…)

    C’est l’époque qui veut ça : l’industrie a tellement tout phagocyté, tout est tellement pré-mâché qu’on nous offre même sur un plateau ce qui relève normalement de l’anti-industrie : l’esprit de révolte, de subversion, la création de nouveaux codes ou d’une esthétique inspirante. Lady Gaga n’est qu’une bonne opération marketing, rien de plus. En d’autres termes : pour créer une Lady Gaga, on a eu besoin d’experts en communication et en publicité et pas d’une équipe artistique. Cet aspect hyper-travaillé et son obsession affichée pour l’hyper-contrôle sont justement le reflet de l’absence de créativité, et non pas une quelconque pose artistique, comme on voudrait nous le faire croire. On ne peut pas mettre au mettre sur le même plan Fritz Lang, Kubrick, Guy Debord ou Kraftwerk (par exemple) et Lady Gaga…

    • Si j’étais taquine, je dirais qu’il me semble que tacler Lady Gaga pour sa non-originalité et sa poudre aux yeux est presque plus mainstream que l’encenser (par ailleurs, pour le ton condescendant de professeur, on repassera, just sayin…).

      Faut arrêter une seconde, mettre dos à dos Madonna & Gaga par exemple, ça n’a pas vraiment de sens: j’étais très jeune dans les années 80, donc pas son public, mais quand ses chansons sortaient dans les années 90, j’ai jamais eu le souvenir d’avoir été blown away par la nouveauté extrême de ce qu’elle faisait. C’était de la pop divertissante et entraînante (et effectivement bien construite), et c’est ça qu’était cool (et je dis pas ça pour minimiser, Madonna est genre mon idole depuis que j’ai 13 ans. Critiquer Gaga revient à prêter à Madonna des qualités artistiques qu’elle n’a pas non plus vraiment; elle aussi est un peu une pro du marketing de son image, et une énorme control-freak – ça la rend pas moins intéressante pour moi, c’est juste là. Quant à Gaga: Born this Way est pas géniale, mais je trouve que Paparazzi et Bad Romance sont des morceaux pop efficaces et plutôt bien fichus (d’un point de vue de “public non spécialiste” – je suis pas du tout calée en musique), idem pour Poker Face.

      Par ailleurs, je pense que tu fais un contresens: je crois que Lady Gaga, n’a au contraire jamais revendiqué être de “l’anti-industrie”, ou même de la subversion. Elle se présente au contraire comme très consensuelle, c’est d’ailleurs pour ça que je la trouve plutôt marrante – parce que quand on regarde ses clips, des choses qui sont subversives en général, sont finalement relativement soft. Et je suis d’accord que la “mitose du futur” est un gigantesque WTF – je pense que tout le monde est d’accord sur ça, y compris celle qui emploie l’expression… Après, tu sembles connaître si bien ses intentions réelles, je m’incline. Et trouve-moi les lignes où j’ai comparé Lady Gaga à Kraftwerk, Fritz Lang, Kubrick et Guy Debord, je suis curieuse.

  10. Je ne pense pas que Lady Gaga se présente comme une artiste très consensuelle : on l’entend à longueur d’interview déclarer qu’elle veut “révolutionner la pop”, être une artiste majeure,exprimer des idées très importantes sur “la condition des femmes” ou (c’est ce qu’elle avait dit avant unes de ses prestations aux MTV Awards)”faire passer un message très important sur la célébrité et le prix à payer”. Or, je trouve (et je ne pense pas être la seule), que sa musique n’est pas à la hauteur de ses intentions. Ce que je voulais juste exprimer (désolée au passage pour le ton sentencieux, ce n’était pas du tout mon intention, juste de la maladresse), c’est mon agacement entre le battage médiatique et même intellectuel autour de Lady Gaga (dixit la création de modules de sociologie dans des universités américaines sur le phénomène Gaga) et la chose réelle, qui me semble être un gigantesque ballon de baudruche.
    Je trouve même qu’il y a un cynisme hallucinant dans tout ce concept : genre j’ai intégré tous les codes de la pop music, je sais quoi faire pour choquer, je sais distiller assez de mystère et faire assez de bruit pour provoquer un buzz mondial. C’est ce calcul froid et méthodique qui me dérange, même si, je suis d’accord, Lady Gaga n’est pas la première artiste à construire sa carrière de la sorte (Madonna en est un bon exemple, et sans doute toute l’industrie du disque fonctionne comme ça, c’est juste poussé à l’extrême avec Gaga, et revendiqué/affiché de façon on ne peut plus claire). Je conçois bien qu’on puisse trouver ça divertissant (je pense qu’on a tous jeté plus qu’un coup d’oeil sur ses clips), mais ça ne va pas au delà.
    Quant aux références à Fritz Lang, Debord & co, je ne faisais pas allusion à ton post, mais plus à une tendance qui consiste à placer les vidéos de Gaga au 1er rang de l’innovation (alors qu’elles sont largement influencées – voire pompées – sur Metropolis ou Kubrick entre autres). Allez, mention spéciale pour le clip de “Paparazzi” que j’ai trouvé franchement assez bien fichu (Mais A.Skarskgaard y est sans doute pour quelque chose ! ;-)

    • A. Skarsgaard me déciderait presque à redonner sa chance à True Blood!

      En fait, je pense que le petit truc de Gaga, c’est qu’effectivement, elle gère sa carrière de manière assez froide un peu comme une Madonna, mais qu’en fait, elle met aussi ça en scène, c’est ça que je trouve assez “marrant”, finalement (à tous les sens du terme, y a pas mal d’humour dans sa démarche) – j’ai bien dû employer le vilain terme “post-modernisme” une fois ou l’autre à ce sujet (c’est un peu par boutade, mais un peu sérieux aussi, j’y crois assez). C’est pour ça aussi que je suis tentée de penser que ses prises de position “révolutionnaires”/pasionaria de la cause gay, etc. sont en fait dans la continuité de cette démarche de “construction sous nos yeux d’un objet pop” – mais c’est un point de vue perso (qui est un peu ébranlé depuis Born This Way – enfin: était ébranlé, jusqu’à ce clip qui, pour moi, sauf les meubles de l’humour). Mais je maintiens, c’est cette dimension de construction totalement assumée que j’aime bien.

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