Where the magic happens

J’ai calculé aujourd’hui, et c’est la première fois depuis 2007 que je suis loin de New York pendant une durée aussi longue.

Vous savez à quoi ça ressemble, un retour d’expatriation? Un retour “chez maman” (non non, pas la boutique de montres)? Une recherche d’appartement à Paris?

Sous vos yeux ébahis…

(photo de paysanne prise au téléphone de rigueur, ça contribue à l’esthétique fait-maison)

Ca fait se côtoyer un bouquin de Klosterman avec un bouquin de Lefebvre, des microfilms de documents officiels new-yorkais anciens avec une figurine d’ET, des vieux partiels d’étudiants et des bijoux Topshop de piche (oh, et un collier capsule H&M, tiens), le tout dans une étagère Ikéa modèle Leksvik à monter soi-même en 2000, après avoir eu mon bac.

Sur cette étagère, 8 mois. Presque une grossesse, le temps d’accoucher d’un vrai logement, d’un vrai lit, et du retour de toutes mes affaires, les vraies, celles qui dorment dans des cartons au garage depuis une durée de 3 ans à quelques mois. Le temps d’accoucher d’un retour, en somme. Quand vous revenez de l’étranger, le sentiment de retour en arrière est très fort; le temps de trouver un appartement, tu resteras chez moi. Le temps de trouver. A Paris. Ahah.

Quand le provisoire devient long, il faut lutter contre l’envie de tout déballer, de se réinstaller, l’envie de ressortir les livres dont on a besoin, les vêtements de saison, dans un espace restreint, la chambre d’amis. Vous avez besoin de ces choses, mais si vous les sortez, ça veut dire que vous avez renoncé et que vous acceptez de vous réinstaller chez maman. Il y a aussi la frustration de dormir dans un clic clac (année modèle 2000 ou 2001 lui aussi). Mon dos commence à crier misère (c’est la journée mondiale des reins aujourd’hui? Les miens ont deux-trois doléances à présenter à l’inventeur du couchage convertible B/Z).

Quoiqu’il en soit, le provisoire, c’est le mal. C’est un acquis.

Un beau jour, dans 6 jours, pourtant, le provisoire s’arrêtera, et c’est un soulagement. C’est plus comme quand, à 20 ans, c’était excitant et flippant à la fois. Oh, ça va, hein, been there done that. Quitter la zone de confort, la maison, le pays, le continent, je connais. En l’occurrence, la zone de confort, elle consistera à ne plus avoir à m’offusquer parce que ma mère est entrée dans ma chambre sans frapper (vous comprenez pourquoi je me retrouve beaucoup dans les teen-movies ces derniers temps?). Je vais enfin retrouver la vie que je suis censée avoir à 28 ans, alors que j’ai quitté la maison à 20 ans, Sgt Pepper’s, piste 6 à fond dans mon Discman.

La seule chose à laquelle je n’avais pas du tout pensé, c’est qu’en prenant mes clés, et en louant une estafette AVIS, je donnais le coup de grâce à l’expatriation. Etre chez maman, c’est aussi être en situation de retour de l’étranger. C’est vivre au milieu des reliques des deux années passées, sans celles des 26 précédentes. C’est résumer ma vie à ces 2 années East Coast baby, et quelque part en prolonger l’expérience et la part d’improvisation et d’incertitude.

C’est surtout être dans l’indécision: rien n’est fait, vous ne savez pas si vous restez ou si vous partez. Vous savez que vous restez, mais vous pourriez partir. Maintenant que j’ai les clés, je reste, point-à-la-ligne.

Mon étagère moche et foutraque revêt un certain charme, d’un coup.

12 thoughts on “Where the magic happens

  1. Tu n’as pas non plus signé un bail à vie. L’expatriation est toujours possible dans quelques mois/années.
    (Tu remarqueras que je te tutoie, si tu le veux bien ;) )

    • Pas à vie, mais vu l’oiseau (mon appart’), je le lâcherai pas de sitôt, je retrouverai jamais pareil au même prix… Et puis surtout ça finalise le retour, même sans présager de la suite, ça entérine la fin d’une période, le commencement d’une autre…

  2. Oh putain! C’est exactement ce que je vis en ce moment (3 ans en Angleterre, mon provisoire dure depuis bientôt 8 mois aussi). Je cherche l’appart’, mais quoiqu’il arrive ce sera ce mois-ci que je le trouverai. Moi aussi je reste, et dans ma région natale qui plus est. Depuis deux semaines les gens demandent: “mais, tu vas pas repartir?” comme si pour eux aussi c’était bizarre que je m’installe et fasse partie du quotidien, comme si ils m’avaient entendue dans mes moments de doute (puisque y a des trucs auxquels je me suis toujours pas réhabituée ici -les horaires des supermarchés, le monde du travail, l’absence des tearooms et du national trust). La seule fois où j’ai vécu ailleurs que chez mes parents, c’est à l’étranger, le faire ici est déconcertant et limite plus troublant (quand on est à l’étranger TOUT est nouveau, ça se fond dans la masse, ici c’est juste des petits trucs par-ci et là qui prennent une importance énorme! pour moi of course). J’ai pas déballé les cartons non plus, j’ai hâte de revoir mes livres, mes babioles, d’en finir avec le minimalisme forcé mais en même temps ça voudra dire que je ne serais plus qu’une fille qui a vécu un truc (qui semblait une peu exotique), qui ne le vit plus et doit faire des trucs nouveaux. Bref, je m’emballe. Tout ça se retrouvera certainement dans une note sur mon propre blog. Merci d’avoir aidé à mettre des mots sur mes sentiments et d’avoir ouvert une vanne, d’avoir montré que je suis pas toute seule tout ça tout ça.

    • Oui, c’est l’idée. Ca fait bizarre. On passe son temps à dire que c’est relou d’être chez les parents dans cette situation transitoire, masi ça entretient aussi l’expatriation. Du coup, petit pincement quand-même :/

  3. Apres 10 ans in ze Youké, j’ai un mari angliche depuis 1 ans, j’ai un boulot stable depuis 6 ans, et je pousse un soupir de soulagement en lisant ton post: je peux compatir et m’imaginer dans ta situation, mais j’ose penser que jamais ca ne m’arrivera. Pfiou.

    • Après 10 ans et un mari, ça devrait aller, en effet! Cette période transitoire bizarre, j’ai l’impression qu’elle relève de ce moment où tu n’es plus dans le contexte “année d’expat’, truc court et délimité dans le temps” et “expatriation définitive”, il y a quelque chose comme une indécision, ça peut être l’un comme l’autre… Bref, quelque part, c’est frustrant, qu’on prenne une décision, l’autre ou pas de décision… What a drag.

  4. Est-ce que de passer de Paris à la Province (mais la province type 10h de voiture hein) compte dans l’expat’? Si c’est le cas, je me retrouve dans ton post… Tellement excitée à l’idée de partir il y a quelques années autoradio à fond sur l’autoroute direction la grande ville… pour finalement revenir chez maman avec refus TOTAL d’ouvrir les cartons (surtout si c’est pour qu’elle mette son nez dedans). Mais même une fois bien installée dans son home sweet home rien qu’à soi, l’envie de repartir reste toujours là…

    • Je me rends pas compte pour cette province, n’ayant vécu qu’en province “type 2h de TGV+1h de RER”. Je crois que ne rien déballer chez maman est une étape presque plus forte que le premier déménagement en résidence universitaire ou en colocation étudiante…

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