Fairytales and all that jazz

Je tiens à clarifier quelque chose tant que je vous ai sous la main.

Un mot sur le mariage princier, parce que je vous en voudrais de me visualiser comme une niaise qui :swoon: niaisement dès qu’on lui présente le concept de prince charmant et qui pleure pendant les noces royales (bon, j’ai pleuré, mais là n’est pas la question)(j’ai eu une semaine difficile). Sans être chienne de garde, j’ai trop de respect pour la condition féminine pour m’abreuver sans recul de romantisme de conte de fées.

A la vérité, je pense d’ailleurs que la famille royale britannique est la meilleure forme de prévention contre les rêves de “happily ever after“. La destinée de Diana est un garde-fou bien suffisant. Les commentaires à son sujet hier étaient éloquents (en gros: Diana était une airhead, ce pour quoi on pourrait difficilement lui en vouloir, étant donné qu’à peine sortie du lycée, elle paradait avec une traîne de 5 mètres sur le parvis de St Paul). Diana est devenue une femme intéressante et iconique à partir du moment où, précisément, elle a brisé le paradigme du conte de fées. Ses funérailles, c’était un aveu au reste du monde que les contes de fées, ça n’existe pas. Diana nous a même enseigné plus (je l’aimais tellement). Elle nous a enseigné comment une femme peut emmerder le système par-delà sa mort (hé, Camilla sera jamais Princesse de Galles) et regagner une forme d’indépendance dans la contrainte. Bref, avec Diana, le paradigme de la princesse avait déjà pris bien cher, et c’est indéniablement pour le mieux. Ce n’est pas un idéal féminin tenable au-delà de l’année 1953.

C’est d’ailleurs un peu le même type de réalité qui explosera au visage de Britney Spears des années plus tard – ce qui n’est pas sans me rappeler cette analyse lumineuse faite par Marisa Meltzer sur la question.

En fait, pour moi, dans ce mariage, deux choses fondamentales se jouaient, sur le plan émotionnel:

– la première, la plus superficielle et la plus dure à reconnaître, c’est que j’ai toujours eu une affection certaine pour ces événements très panem et circenses. Comment vous dire? Je regarde chaque année le défilé du 14 juillet si j’en ai l’occasion (je crois qu’une fois qu’on a reconnu ça, on a tout dit), uniquement pour satisfaire au rituel téléphonique subséquent, un débriefing avec ma grand-mère qui, bien qu’enfant du “croissant rouge PCF”, a toujours eu une grande passion pour l’uniforme. Au-delà de l’idéologie profondément réactionnaire qui préside souvent à ce genre d’événements (ce qui peut être assez fun à décrypter pour peu qu’on en maîtrise les codes), le côté festif/liesse populaire complètement néo-sincère de la démarche a toujours eu des vertus profondément libératrices chez moi, comme si le contexte autorisait à être premier degré sans préconditions. Hence, après une journée de shit avant-hier, un enthousiasme non feint, à l’écoute de la logorrhée de Stéphane Bern (non mais quel homme).

– la deuxième, c’est que je me dois bien ça. A mon moi de 15 ans, veux-je dire. William, comme toutes ces personnalités nées la même année que moi, je me suis toujours senti une communauté de destin avec lui. J’imagine ma mère lisant un Match montrant Di en cloque en attendant son échographie de 2e trimestre. Le déclic est évidemment 1997, et montre qu’il y a plus que l’année de naissance: William est devenu baisable à l’époque où j’étais en âge de commencer à trouver quelqu’un baisable; année 1997, année de tous les dangers, entrée en seconde, trop timide pour être socialement à l’aise, je crois que mes daydreams m’ont sauvé une paire d’heures d’inconfort; une semaine plus tôt, le monde découvrait ce grand blondinet, portrait craché de sa mère, si triste (à 15 ans, une adolescente aura toujours le syndrome de l’infirmière), ça avait occasionné les premières conversations enjouées avec des filles de ma classe. Surtout, comme souligné fort à propos sur ce site, on va pas se mentir, well played, Prince William – depuis, ça s’est dégradé, mais hé, c’est la gamine de 15 ans qui a vu le gamin de 15 ans se marier hier. Dans la vie, mieux vaut ne pas être noyé sous les principes, mais certains sont inattaquables: il faut toujours honorer un crush de jeunesse et savoir d’où on vient. On était toute une classe d’âge à avoir vécu au moins un trimestre de notre vie le cœur rivé sur B-Palace, alors forcément, y a des restes. Pas de conte de fées. Mais de nostalgie, très certainement. Voir que ça roule pour ce gamin qui a mon âge, c’est la même raison qui m’avait fait aller voir Britney en concert en 2009, comme je me l’étais promis.

Après, évidemment, je pourrais vous abreuver de considérations anglophiles pop-culturelles, de montée des marches crypto-ringardes, de Karl Lagerfeld – mais c’est tellement plus facile, voire un peu trop méta. N’oubliez pas: néo-sincère, post-ironique, ça vous sauvera bien des après-midi télé.

8 thoughts on “Fairytales and all that jazz

  1. J’ai acheté tellement de paris match pour avoir des photos de william en 1997 et 1998 que j’avais bien le droit de mettre une robe et un chapeau pour regarder le mariage hier. Je l’ai fait pour la gamine de 12 ans et demi parce que mon trip ” I love England” a de plus en plus tendance à disparaître. Mais j’aurais raté ça pour rien au monde je crois. Mon unique but maintenant c’est de pouvoir être en Angleterre pour le mariage de Harry et Pippa.

  2. Chez moi, le trip I love England est toujours aussi vivace. Ca a clairement joué, d’ailleurs, parce que je suis restée en pyjama pour l’occasion, mais en revanche, je me suis gavée d’English Breakfast et de shortbreads.
    JE sais même pas si les noces de Harry m’enthousiasmeraient autant. Wills, c’était un truc, en 97, c’était important.

  3. J’ai pas mal crushé sur William en 1997, parce qu’on a le même âge certes, mais surtout parce que nos mères ont fini de la même manière. Alors hier j’étais heureuse pour lui, mais vraiment, et sans second degré, c’est ce qui m’a le plus étonné.

    • Aw ton commentaire est touchant :/, j’imagine le mélange d’émotion que ça peut créer à 15 ans, en effet…
      Hier on en parlait avec un copain, il y a finalement peu de personnages publics avec lesquels on se sente en phase en termes de génération (en fait, ça s’est limité à Britney Spears et William). J’ai regardé le début à la bien, c’était drôle, masi c’est vrai que la cérémonie elle-même, complètement premier degré (d’ailleurs, j’ai arrêté de tweeter à ce moment-là ^^)

  4. J’étais dans le même cas que toi, en pyj devant ma télé, à regarder un conte de fée pour de vrai. Les gens se sont moqués gentiment de moi quand je leur disais que j’avais bloqué mon vendredi matin pour ça, ma mère la première. Et qui c’est qui a regardé avec moi toute la matinée ? héhé, elle.
    Will aussi c’était un truc, quand j’étais chez ma grand-mère à regarder l’enterrement et à me dire du haut de mes 11 ans “hey, les princes ça existe en vrai finalement”. Et entretenir l’illusion quelques années :)
    c’était vraiment très Cendrillon (c’est le 1er film que j’ai vu au cinéma, ça doit jouer), très comme je me l’imaginais, impeccable.

    • Ma mère s’est pas moquée de moi: elle a réussi à faire installer un streaming dans sa salle de cours, en prenant le prétexte “civilisation”, c’est te dire si c’est un truc familial. Je l’ai moins vu comme un conte de fées que comme un chouette spectacle (panem et circenses, vraiment), et je fonctionne tellement sur ces trucs.
      Je me rappelle l’enterrement aussi, avoir pensé un peu la même chose, bref, y a un truc de génération – avoir un prince du même âge ou presque qui, par un concours de circonstance, apparaît soudainement comme “accessible” (avec tous les “” du monde), ça joue forcément un rôle important dans la vie d’une adolescente moyenne ^^. Il est important de s’en souvenir.

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