Friends indeed

Je sais bien que la “dernière mode”, comme dit ma grand-mère quand elle m’offre CKOne à Noël, c’est de s’épancher sur Google Plus, du moins jusqu’à mardi, à 18h42 très précises, lorsque le réseau sera frappé du sceau implacable de la has-beenitude (et que je pourrai enfin l’utiliser avec mes collègues comme espace de travail) (on a utilisé Google Wave comme ça pendant au moins 8 mois) (si si). Pourtant, mon obsession du moment se joue sur Facebook.

Oh, pour dire le vrai, je me vautrerais presque dans le paradigme Facebook/stalking, et la magie des temps modernes, c’est que je peux clamer cette posture comme “vintage 2007”. Virginie likes this. (vintage 2009)

En fait, depuis quelque temps, à force d’avoir ces liens vers de vieilles photos dans la colonne de droite quand on regarde le moindre update, je me retrouve à passer d’interminables heures à regarder les albums photos de tous mes amis.

Oui, les tiennes aussi.

Mais en vérité, les tiennes ne m’intéressent pas trop. A l’inverse, les albums composés par mes copines américaines me font l’effet d’un sucre d’orge dégusté à la Foire du Trône. C’est bon, mais c’est écœurant, c’est tacky, mais inévitablement cool. De photos de soirée en photos de vacances, de pétasses souriantes en rang d’oignons dans un bar en clichés “hi mom” sur un lieu touristique, on touche à la quintessence de la photo de genre. Les Américaines ont tendance à chroniquer l’intégralité de leur vie sur ce réseau social, passant également par des albums “saisonniers” – “Summer fun 2010, “Fall in NYC 2010”, etc. En remontant jusqu’à 2007, ça représente des milliers de clichés. Et, comme pour toutes les productions “de genre”, on tombe parfois sur des pépites, ces instants furtifs et brillants où la magie opère au moment précis où le significant other a pris la photo.

Souvent, on croise ces photos au gré d’une errance Facebook, en songeant “ahah, très bon”, mais comme c’est une photo de Katie, la pote de pote perdue de vue qui vous doit toujours 120$ pour ce lit vendu en 2009, on se dit “what gives“. Et un jour, tout bascule. Mises bout à bout, ces photos dresseront certainement le portrait le plus adéquat de l’Amérique telle que je l’ai découverte. Telle photo fait “tellement Parr”. Telle autre est très quelconque, mais à ce moment précis, Cynthia portait un t-shirt Ghostbusters, trinquait avec une chope géante de beergarden (le Radegaast Biergarten, dans Williamsburg), devant un mur en briques et tout semblait trop parfait pour être vrai. Alors vient ce moment de la frénésie “Enregistrer Sous” puis du légendage, avec la conviction d’entreprendre une démarche artistico-pop tout à fait recevable et brillante. Je me vois en compilatrice de cette nouvelle direction prise par la photographie de masse depuis l’avènement du numérique et de Facebook, de ces instants vie qui ne sont capturés que dans le but de les partager le lendemain sur son wall, pour exposer sa vie ordinaire à la face du monde. Rien que ça.

Alors, depuis quelques jours, j’entreprends de passer en revue tous les albums de mes amis américains pour isoler ces quelques brefs clichés que je trouve formidables pour des raisons totalement subjectives (que je considère bien entendu comme objectives); les photos sont rarement travaillées, souvent prises à l’iPhone ou à ce micro-APN qui se loge facilement dans un sac à main/pochette, les couleurs sont foireuses, mais toutes me paraissent capturer un bref moment qui suffit à résumer à la fois une personne et l’Amérique (telle que je la/les connais, du moins).

En bref: du Lartigue que j’aurais pas pris en photo moi-même, du Eggleston sans talent et j’en passe. La vie, la vraie, Auchan, en quelque sorte. Après tout, n’est-ce pas une des directions prises par la photographie que d’exploiter les possibles offerts par la massification de l’art? (wink wink, Martin Parr qui tire des portraits payants à Montmartre)  Bien entendu je me trouve on the edge of glory.

Sauf dans ces moments où, a/je me rends compte que je suis naturellement la 3 727 282e à avoir entrepris cette démarche de compilation, b/je me demande si c’est pas complètement creepy. Dans ces moments, je m’imagine, fière de moi, demander à mes copines: “alors voilà, j’ai fait cet album, avec des photos de vous prises par vous, dans des micro-événements de vos vies, je les ai compilées et légendées, et je me demandais si vous me laisseriez les diffuser”.

☛ “unfriending” subséquent et conversation affligée mêlée de “ugh” et de “pathetic” en tous genres entre Shanna, Cynthia et Rob à la suite de cela. Et j’ai honte.

Mais le reste du temps, je trouve cela authentiquement over the top. Dites-moi juste que je suis pas seule à avoir cette obsession de creep, rassurez-moi. Et non, je n’ai pas mieux à faire; j’ai des choses à faire, beaucoup, trop, mais mieux que ça? Je ne pense pas que ce soit possible, pour être honnête.

13 thoughts on “Friends indeed

  1. Han mais tellement ! je dois avoir moins de 10 amis américains et je les garde précieusement, ma préférée étant Molly, from LA, qui a graduate à Berkeley l’année dernière, qui a fêté les 21 ans de toutes ses copines en faisant je ne sais combien d’aller retour à Las Vegas. Sa vie est comme un épisode de the OC, toute ses copines sont blondes, tous les mecs sont musclés, elle est super belle, c’est complètement fascinant. Une autre, Natalie, est l’exact opposé, plus de l’Amérique profonde, tout le monde est plus gros et beaucoup moins beau, mais les grands paysages de plaines, c’est beaaaaau. Je pourrais en parler des heures. Ca me le fait moins avec les anglais, même si Lee a décuplé ses photos depuis qu’il mène une vie de débauche dans les clubs gays les plus improbables et que Allie a une jolie collection de copines chav :)
    (les français sont d’un chiant à côté)

    • J’aimerais connaître tes copines. Les miennes (et miens) sont East Coast, on y trouve un peu de tout. Mais surtout du Jersey qui fait des bbq à Atlantic City (une certaine définition du “keep it real, keep it classy”). A force, j’en viens à un album de la vie new-yorkaise pas si mal (avec ce qu’elle implique de draînage dans les Etats voisins et de lavage de cerveau)…

    • Ayant fait plusieurs immersions linguistiques , j’adore aussi ”stalker” les albums photos de mes amis facebooks et comparer selon la provenance. Ça peut sembler un peu cliché mais je trouve aussi que ça résume bien une personne et son pays, comme par exemple ma copine chinoise avec ses millions de photos et voyages, l’italien avec toutes ses meufs, la polonaise et ses partys classy débauche un peu version skins europe de l’est mood. Étant Canadienne, les albums Summer 2011,etc, me rappelle bien aussi la majorité de ce que je peux voir sur mon facebook. Par contre j’avoue que les USA on un charme qu’il n’y a pas chez moi, par exemple un de mes potes en Pennsylvanie qui a un album complet de ses roadtrips vers des fast-foods… Bref, vive ton initiative.(Quoique moi j’aime bien les albums de mes copines en France, ils contiennent souvent peu de photos mais sont drôles et me rappellent mes moments en France.)
      Ps:Lyly June, parlant de stalkage, j’aurai une faveur à te demander. Pourrais-je avoir le mot de passe de ton blog? J’adorais le lire avant, il me ressemblait beaucoup et j’étais un peu triste quand tu l’as rendu privé et tout a coup je me suis rendu compte que je n’étais pas une de tes copines mdr. Je peux te donner mon email pour que tu me l’envoie.

      • Pour Lyly June, c’est de nouveau public, je crois…
        C’est clair que c’est un peu cliché mais c’est précisément ce que je trouve cool dans la démarche: eux se mettent en scène dans leurs photos, et nous, en tant que spectateurs y rajoutons du sens, du coup, ca donne quoi si on l’assume franchement et délibérément en compilant? Voilà, on verra bien ^^

  2. Ah!! l’exotisme de l’autre! les clichés clichés! en fait tu veux faire le Selby sans te fatiguer à faire les photos! Faire bosser les autres, c’est très art du 21e siècle. Je vote pour la constitution de l’album et sa publication of course. tes commentaires intello-neardy suffiront à faire basculer la collec’ du côté arty. tes amies ricaines t’aiment aussi pour cette fascination si européenne pour leur mode de vie et cette capacité à la conceptualiser! et se sentant valorisées, elles donneront l’accord pour diffusion en se disant que tu es le Derrida de demain ou après demain peut etre!! ce ce qui est marrant c’est que justement hier j’étais fascinée par l’album Fb d’une amie d’amis qui mitraille et commente des oeuvres médiévales sur lesquelles elle travaille dans toute l’Europe (en l’occurrence la garce a accès à des monuments interdits au public)… n’étant pas friend je ne pouvais liker et j’ai résisté à grand peine à l’envie d’envoyer un message: “<3 !"… pas facile d'assumer ouvertement de regarder les photos d'inconnus.. mais s'ils les laissent en accès libre? Surtout que dans ces deux cas ce n'est pas le private qui nous intéresse mais les réflexions qu'on tire des clichés.. là encore Fb peut être aussi bien chronophage useless que puits d'idées. longue vie à Fb!!
    (Ju)

      • Réserve moi un exemplaire! par contre beaucoup d’albums sur Fb sont protégés même contre les real Friends (on ne peut pas importer… oui, j’ai déjà essayé!) tu as de la chance d’avoir accès libre à ton matériel scientifique-bis (oui, parque l’autre, le boring poussiéreux, n’est malheureusement pas sur Fb :-). d’ailleurs les gens qui s’assument comme clichés font les albums les plus délicieusement divertissants (tes ricaines (mais on a tous aussi des amis français white trash aux albums (d)étonnants) tout comme les intello passionaria pur jus que j’évoquais dans mon premier message qui utilisent leur profil pour instruire le monde), .. contrairement aux control freacks du droit à l’image bien lisses qui en voulant fuir les clichés tombent dans le fade… (cf. mes albums b(èc)b(èg) boring bien loin de tes eye candies US!! c’est le moins qu’on puisse dire! ). en tous cas, Go on!: “la compilatio, c’est de l’art”!

        • Dès qu’il est fait promis, t’en as un. Ca me fait penser que ma pote Shanna a un album compil également, qu’elle appelle le “Hi Mom photo album”, où elle réunit les photos vacances-touriste les plus premier degré et donc involontairement drôles, j’ai toujours beaucoup aimé cet album :)
          Je suis tellement d’accord avec ton analyse sur le rapport à Facebook: les profils premier degré bon enfant sont tellement plus sympas à consulter que les profils de control freak-oulà mon intimité-comment peut-on être prisonnier du web de la sorte (boooring!) !! D’ailleurs, je milite pour un retour néo-sincère post-ironique à la manipulation de Facebook (j’ai d’ailleurs commencé, en mettant des photos kitsch de moi à Monaco)

  3. pour ma délectation confessée face à des albums white trash, je précise que ma soeur est vendue a la perfide albion depuis des lustres et qu’en plus c’est une bikeuse…

  4. Pingback: So much cheese coming your way… | Virgoblog

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