Wild as the wind

S’en prendre au cinéma des années 80, comme je le fais compulsivement depuis bientôt 3 ans, c’est pas comme une plongée rétro dans les sixties ou une remémoration à moitié honteuse des nineties. C’est entre les deux – la mémoire émotionnelle saura, mais les souvenirs précis sont flous. On appelle pas ça une madeleine? Ah oui. Le syndrome Goonies. Incapable de parler du film ni de son intrigue, mais quand je l’ai revu, en 2008, tout est rejailli avec une formidable évidence.

De l’effet de mode, pas vraiment. Non pas que je sois du genre à dire “han, je suis pas les mode, j’ai mon propre style”, most obviously, je suis une grosse suiveuse bien assumée. Mais au-delà de ça, les années 80, ce sont ces années, entre mes premiers mois et mes 8 ans (et demi), qui peuvent avoir une authentique charge émotionnelle, à condition de s’en souvenir. C’est là que le bât blesse: tu te souviens de tes 8 premières années avec précision, toi? Moi, plus trop. Et c’est très frustrant parce que j’ai une excellente mémoire. Mais vraiment. J’ai une mémoire photographique et, avec la bonne anecdote, je peux te reconstituer mon repas de midi du 16 janvier 1996 (des spaghetti bolognaise: j’aimais bien la bolo de la cantine du Franco-Allemand, même si elle ressemblait un peu à du vomi).

Quand je suis arrivée aux Etats-Unis, les références constantes de mes amis américains, cumulées au bonheur sur terre que représente un abonnement Netflix ont donné forme à cette démarche absurde: ne regarder que des films américains des années 80. Pendant deux ans, je n’ai fait que ça, et depuis, je continue. J’ai commencé par les madeleines sus-mentionnées, quitte à refaçonner ma mémoire les concernant. Les Goonies, l’Aventure Intérieure, Splash, etc. Ceux qui passaient au ciné, ceux des rediff éternelles, sur la 5, puis sur M6. Puis ceux que ma maman voulait pas que je voie ou que je n’avais aucune chance de trouver intéressants à moins de 10 ans (oh hai, The Accused, Wall Street, etc.), en passant par les trop-connus, les Ghostbusters & friends, et enfin les obscurs qui ne passaient pas trop trop l’Atlantique (qui a vu Crossing Delancey?), mais qui étaient cultes en Reaganie. Les teen movies ne sont venus qu’après, à vrai dire – mais, partant du principe que les productions indéniablement les plus surprenantes de cette décennie étaient destinées à un jeune public, you do the maths.

Cette boulimie de films ciblés sur une décennie sans trop de discernement de qualité m’a permis d’étendre ma façon d’apprécier un film. J’ai un peu découvert, courtesy of Netflix, puis SensCritique et Vodkaster, le drame que vivent les critiques chargés d’étoiler les films, l’angoisse des thumbs up & down de Roger Ebert. Car c’est une chose de décider si on aime ou pas un film et de motiver son avis. C’en est une autre de décider s’il est mauvais “deux étoiles sur cinq” ou mauvais “une étoile sur cinq” (car c’est bien là que se loge l’émotion, l’affect personnel). C’est encore pire de reconnaître qu’un film est très mauvais mais de continuer de l’aimer à cause d’une scène vraiment fun. Je parle pas des films “so bad it’s almost good” type productions Grindhouse. Que ce soit bien clair, l’amour du nanar, c’est tout à fait autre chose. Je parle de la légendaire scène unique et isolée qui vous conduit à “surnoter” une bobine complètement inutile – bienvenus dans l’enfer des corrections de copies de partiels, soit dit en passant. Le plus souvent, c’est même pas qu’elle est brillante et qu’elle va changer la face du 7e art, c’est simplement qu’elle est réjouissante, jouissive, bandante. Bref, elle suscite un rapport purement hormonal à la bobine regardée; immanquablement, la réaction sera “film nul, à ne voir que pour la scène où John-Kevin rape des carottes.“. Pour moi, le paradigme de cela remonte à bien avant les années 80 ; c’est Le Rock du Bagne, ce film-à-Elvis péniblement mauvais mais à ne voir que pour la scène où il chante Jailhouse Rock.

Tu sais, quand Elvis fait ce qu’il sait faire de mieux, namely, chanter, se déhancher et être sexy. Le truc, c’est que les clips n’existaient pas vraiment à l’époque. CQFD.

Alors voilà, récemment, je me disais que je devrais faire une liste de ces fameuses scènes bath de mauvais films, et j’ai trouvé cet exercice déroutant. Voyez plutôt.

– Cool Rider, Grease 2

Grease 2, sorti en 1982 est l’exemple-type de la suite ratée. Formatée pour cachetonner, elle reprend, à peu près dans le même ordre, la même trame que Grease, deux ans plus tard (or dans Grease, la chose de très loin la moins intéressante, c’est sa trame narrative). John Travolta, l’originalité, la qualité des chansons, l’irrévérence occasionnelle et le fun en moins. C’est qu’on s’emmerde beaucoup devant ce film, même en ayant des attentes proches du niveau de la mer.

Mais.

Mais avant de porter comme personne les combinaisons en latex à coutures apparentes, Michelle Pfeiffer portait comme personne le slim noir et les low-boots. Elle avait 23 ans, elle faisait les jazzy hands, chaloupait, donnait de la voix et crevait l’écran dans ces seules deux minutes sauvables de Grease 2. C’est bien la seule raison de vouloir regarder l’un des suites les plus paresseuses et les moins inspirées ever. Les experts sont formels: si tu écoutes cette chanson, tu deviens la star de ta salle de bains le soir venu.

****

– Surfin’USA, Teen Wolf

Teen Wolf est aussi profiteur qu’un pique-assiette qui s’incruste chez vous le soir où votre maman vous a apporté son fameux gratin de macaronis aux fromage. Le film profite à la fois de la popularité des teen-movies, et du golden boy que représente à l’époque Michael J. Fox, grâce à son succès dans la sitcom Family Ties. Son personnage se découvre loup-garou, et décide de s’en servir pour devenir la star de son lycée et faire des trois-points de taré au basket: du pur Fox-porn. Sur le papier, c’est enthousiasmant; dans les faits, c’est mal-interprété, pas rythmé, d’une laideur incroyable et surtout, ça sort la même année que Retour vers le Futur – d o m m a g e.
Mais.

(trouver l’extrait sur Youtube est d’une difficulté de chien, copyright oblige, il faudra donc vous contenter de ça)

Mais ce passage est une très bonne définition de la notion de swag (ou swagger), qui commence à exagérément envahir le vocabulaire franglais des jeunes branchay des Internets. De toute évidence, “aussi cool que faire du van-surfing en écoutant les Beach Boys tout en faisant du air-guitar sur une route de Californie” est un bon premier pas vers une définition efficace du concept. Y a même des gamins qui essaient de réitérer l’exploit dans des bleds bien rednecks d’Amérique, histoire de jouer aux nouveaux jackass de Youtube. Culte.

****

– Taylor squared, Valentine’s Day

Ouioui, je sais, j’ai déjà montré cette scène. Djeez, ma passion pour Taylor Swift (pour les jeunes chanteuses blondes prénommées Taylor, tout compte fait) causera ma perte, c’est embarrassant. Inutile de vous expliquer pourquoi Valentine’s Day est foiré. Inutile également de vous expliquer pourquoi j’adore cette scène, j’ai perdu d’avance, mais cette gosse me colle un immense sourire sur le visage à chaque fois qu’elle apparaît sur un écran, j’y peux rien.

Mais en fait, en cherchant à faire cette liste, je me suis rendu compte que c’était très dur de trouver des mauvais films avec juste UNE scène bien. Ou alors je suis bon public. Cet exercice est vraiment exigeant, vous savez.

Chose amusante, quand j’ai demandé à Google quels tops “great scene in a terrible movie” mes contemporains avaient faits, on revenait souvent vers des films de genre, tendance horreur ou sci-fi. De mon côté, ça tournait souvent autour de la scène musicale dans film de merde . Mais hé, ces genres obéissent un peu au même principe. Un film musical raté, c’est comme un film d’horreur raté: le liant, qu’on appelle scénario, entre les scènes de danse/chanson/gore/torture peut être cruellement inexistant, si ces dernières sont un peu divertissantes, on y trouvera son compte.

Tout ça est tellement subjectif, ça mériterait presque une conclusion d’article digne d’un blog mode.

Ainsi soit-il.

Et vous, quels sont les scènes fabuleuses de mauvais films auxquelles vous pensez?

19 thoughts on “Wild as the wind

  1. Faudrait voir à pas confondre les conclusions de blogs modes et les conclusions de Happy Harry !!!
    Ou alors dans un monde ou toutes les blogueuses modes finissent à la Page Woodward par se faire exploser un micro-ondes à la gueule. Ce qui, à la réflexion…

    • C’est la beauté des subcultures de pouvoir les juxtaposer, en même temps ^^
      Sachant que Happy Harry est une base de fantasme pour au moins une des blogueuses mode les plus connues en France – je ne sais pas quelle leçon en tirer, mais fort à parier qu’elle serait édifiante.

  2. C’est vrai que c’est une question super dure ! Quand j’aime pas un film, j’ai tendance à tout mettre dans le même paquet sans distinguer les bonnes et les mauvaises scènes… Mais c’est peut-être qu’avec les années, je les oublie (les bonnes scènes). Reste que le seul film que je n’aime pas avec des bonnes scènes (notamment les scènes du début avec Wallace et celles avec Tamara) auquel je pense, c’est Scott Pilgrim…^^

    • Mais oui, c’est super dur!!! C’est ce dont je me suis rendu compte en faisant ce post. Au départ, je voulais faire un genre de top 5 (me disant ouaaah eaasy!!), mais c’est ingérable, parce que “juste une scène”, c’est chaudard. Même pour Scott Pilgrim, c’est vrai que je trouve que Wallace Wells est tellement parfait que toutes ses scènes, je les aime (suis-je biaisée? oui.)
      Je me demande si c’est pas la culture youtube qui permet d’avoir ce regard sur la “scène unique”. Parce que ‘est vrai que quand tu regardes un film, tu l’aimes ou pas, et tout est teinté. Mais des fois, tu retombes sur une scène isolée de son contexte, et tu te dis “han, elle est bien, cette scène, quand-même…” – la scène du van-surfing dans Teen Wolf, pour moi…

  3. J’ai aussi du mal à trouver un film ne valant que pour une bonne scène. Mais, j’ai pensé à un film objectivement mauvais (très mauvais), mais que j’ai adoré pour son atmosphère : Cruel Intentions. Je crois que si j’ai tellement accroché à la saison 1 de Gossip Girl, c’est pour retrouver l’ambiance de ce film que j’ai vu en Seconde.

    BREF… Je voulais aussi te dire qu’il faut que tu ailles voir Super 8. Le film est juste de bout en bout un hommage immense au Spielberg de ET et des Goonies. Des gamins malins et vifs, les suburbs éternelles, la période fin 70’s/80’s. Nostalgie et madeleine à chaque instant.

    • Ow, je pourrais t’élaborer tout un argumentaire (parfois de mauvaise foi) pour défendre ce film! ll est daté, il a des défauts, mais il a pas mal de choses réussies aussi! (à commencer par son casting)
      Et c’est clair que ça renvoie tellement aux années lycée…. ça veut dire que ça capte sans doute un truc – je veux dire… Grease 2 peut même pas espérer prétendre à ça!
      Et of course Super 8 <3 ! Nostalgie totale et contente de voir que les gamins actuels, qui n'ont pas de nostalgie à avoir, ont marché à fond!

  4. Difficile aussi de trouver un tel film… One Night at McCools n’est pas un film mauvais, mais qui ne marque pas les esprits non plus… en tout cas pas le mien… sauf cette scène :

    Scène qui aura suffit à me faire acheter le DVD (ok, il était en promo). Oui bon après je suis peut-être la seule à la trouver “fabuleuse”…

    • Je connais pas du tout ce film! Je sais pas si Michelle Pfeiffer pourrait me faire acheter Grease 2 – then again, j’ai acheté des films que je trouvais très mauvais par sentimentalisme (au hasard, Buffy, Tueuse de Vampires, le film)

  5. Dans une autre vie, on dirait qu’on serait coloc’ et qu’on regarderait tout le temps des films 80’s. Et j’ai envie de conclure sur cette remarque aussi niaise que sincère : “mais tu sais que je pense vraiment PAREIL que toi, à chaque fois que je regarde ces films-là ?” (c’est niais hein)

    Allez, dans mes bras va. Et pas seulement parce que tu as publié Jailhouse Rock.

    • En même temps, je me disais bien aussi! – Hé t’es la seule personne que je connaisse qui puisse dire avoir adoré Human Centipede et en même temps se faire un t-shirt Lloyd Dobler (note que je suivrais pas sur Human Centipede – trop sensible à la torture, impossib)

  6. Rectificatif à la lecture des commentaires : non, je ne pense pas tout le temps pareil. J’ai pas aimé Super 8. Essaye de ne pas me haïr steuplé.

    • Va je ne te hais point, eheheh! Si ça peut te consoler, je viens de regarder Explorers de Joe Dante, là ^^

      Pour être plus précise, j’ai aimé Super 8 aussi parce que si on retourne la perspective, ça devient chic: au lieu de le voir comme le renouveau du film des années 80 tant attendu (attentes forcément déçues), il faut le voir comme un film d’alien bien de notre époque, produit dans la lignée des Cloverfield, et là, avoir l’agréable surprise de voir qu’en fait, y a cette focalisation sur les mômes – je sais pas si c’est clair, mais là, ça surprend agréablement, et dans ma salle, les mômes étaient emballés :)

      • J’ai trouvé le film plutôt facile. Le mec a pas pris trop de risques en le réalisant. Il a pris toutes les recettes efficaces (la bande de gosses façon Goonies, l’alien qu’on prend pour un vilain méchant mais qui au fond a un coeur, une créature trop bath façon Cloverfield…) et a réchauffé tout ça de façon assez approximative je trouve, pour un résultat qui n’a pas réussi à me captiver. En fait, seule la bande de gosses vaut vraiment le détour. Et ceci dit, j’ai vraiment adoré le générique de fin et je suis à deux doigts de me faire tatouer “Romero Chemichals” tellement ce détail m’a fait rire et rappelé les scenar de films d’horreur que j’écrivais quand j’étais petite.

  7. Pingback: A propos de bons petits films et de prétention. | Virgoblog

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