La vie de Brian.

Depuis que j’ai fait l’acquisition d’un iPad que, pour des raisons évidentes (cf. infra), j’ai prénommé Brian,

(du nom du personnage de Anthony M. Hall dans Breakfast Club, qui prête gracieusement son faciès à mon écran de veille) (en fait cette capture visait plus à vous montrer ce cool visuel)

Depuis que j’ai fait l’acquisition d’un iPad, disais-je, la meilleure évolution de nos conditions de vie depuis l’invention du Snuggie (<3), je me suis retrouvé entraînée dans une lecture intensive de comic-books, ce type de master-class à l’issue de laquelle, je peux choper du geek de Comic-con à l’aise (l’histoire ne dit pas si c’est une bonne chose, ceci dit).

Oh c’est très très bien, depuis le temps que je voulais combler cette béance dans ma connaissance de la culture américaine. C’est ainsi que j’ai passé le weekend sous-alimentée, biberonnant essentiellement au thé (j’avais la gueule de bois) et à Y: the Last Man, ce comics en 60 numéros où Brian K. Vaughan joue avec les nerfs de son lecteur comme une petite allumeuse, tout en déconstruisant de manière assez géniale les relations homme-femmes. En deux mots, c’est l’histoire d’un monde post apocalyptique où toute la population mâle de la planète a été éradiquée, et tout ce qui vient avec. C’est complètement empowering à lire, et blindé de saillies assez jouissives sur la société et la culture américaines (il m’en faut pas plus).

Dès sa sortie, je crois, il a été question d’adaptation ciné – un truc qui, s’il est réussi pourrait donner un résultat assez jubilatoire de type Mad Max meets Buffy. Le problème, c’est de trouver l’acteur capable de jouer un personnage comme Yorick Brown, le héros du comics, le dernier homme sur terre. Parce qu’être dernier homme, mâle non-dominant et smartass un peu taquin, c’est beaucoup de choses à tenir sur ses épaules dans un film (let alone dans la vraie vie, d’ailleurs).

Quand j’ai vu qui était pressenti pour jouer la seule caution masculine du casting potentiel, j’étais choquée. C’est choquant : Shia LaBeouf. Djeez, n’ayant même pas vu Transformers (j’ai des limites – et pourtant j’aime les blockB comme mon prochain), pour moi, Shia LaBeouf, c’est le type de La Guerre des Stevens (ce show de 9e zone de Disney Channel/KD2A). Alas, poor Yorick. Il me semble qu’il y a pourtant un candidat naturel pour jouer Yorick, for obvious reasons.

Feminist Ryan Gosling. Hey girl. Pas Ryan Gosling, donc. Sa version Tumblr lol.

Bon, entre temps, après moult discussions, je crois qu’une tendance se situant quelque part entre Anton Yelchin et Joseph Gordon-Levitt s’est dégagée. Bref, vous voyez l’idée, LaBeouf est de toute façon hors-sujet.

Et là, ça m’a frappée. Longtemps, quand je me couchais de bonne heure, j’ai cru que l’adaptation n’était qu’un transfert plus ou moins fidèle d’un support à l’autre. Un truc bilatéral, quoi. Tel film est l’adaptation de tel livre, telle série vient de telle BD, sans compter les remakes. Je crois que c’est au détour de la Guerre des mondes que j’avais pigé que la notion d’adaptation était en fait plus de l’ordre du dialogue, quelque chose de bien plus diffus ne se jouant pas simplement entre un support original et un nouveau support. Viennent s’y ajouter l’actualité, la presse, la vie privée des grands de ce monde, depuis que la culture people crée et flingue des carrières, et depuis moins longtemps, les memes Internet. Les memes. Bon sang. Voyez-vous à quel point les références culturelles se stratifient de plus en plus?

C’est étourdissant. N’y a-t-il pas une vraie intensification de ce phénomène de dialogue, à une époque où on parle de plus en plus de meta, à une époque où on regarde un film en même temps qu’on le live-tweete, à une époque où Wikipedia répond à toutes nos questions les plus immédiates sans qu’il soit besoin de faire de l’analyse bien subtile?

Et si tout devient absolument meta, est-ce qu’au moins on est sûr que Brian is in the kitchen ?

13 thoughts on “La vie de Brian.

  1. ah feel proud, kid’o^^
    Attends de lire “la suite incoming”.

    Sinon pour alimenter les suites des réflexions pour qui le jouer… Jesse Eisenberg. Oké, il ne ressemble pas (quoique, il est metrosexualisable) mais c’est clairement un des meilleurs acteurs dans ce créneau d’âge, à pouvoir donner à la foi de la douceur et en même temps se montrer annoying quand il faut.

    • Jesse Eisenberg… ah ouais why not. Sur la base de Adventureland, carrément, mais pollué par son image post-Social Network, non? Au sens où il joue très très bien, mais je peux pas m’empêcher de le voir comme un cynique frustré du coup. Sinon, clairement métrosexualisable, surtout quand tu vois ces photos bromance bromantique avec Andrew Garfield ^^

  2. “Longtemps, quand je me couchais de bonne heure”

    HA !!

    Sinon, j’irais même plus loin. Je crois que le “dialogue” avec l’œuvre initiale n’est qu’une option, et que le film tiré d’un livre/opéra tiré d’un roman genre la traviata/opéra tiré d’un film genre the fly… est une œuvre à part entière dont la composante “adaptation de quelque chose d’autre” n’est qu’un critère d’appréciation. Une très mauvaise adaptation trahissant complètement l’original avec de la sur-interprétation de mauvaise foi et tout ce qu’on veut peut être un p*tain de chef d’œuvre. Transposition plus ou moins réussie éventuellement, dialogue pourquoi pas, mais on peut aussi vouloir pourrir complètement (ou le faire involontairement) ce qu’il y avait au départ et pourtant produire quelque chose de complètement chefdoeuvral.

    Enfin je crois.

    • “qu’une option”, oh ça me paraît crucial, tout de même. Même si tu prends un War of the Worlds, en prenant en compte le fossé entre Wells et Spielberg, le dialogue avec l’œuvre de départ permet de comprendre le sens de l’adaptation et de sa modernisation, plutôt que s’arrêter aux infidélités. Mais j’ai pas vu The Fly. Être une adaptation ne nie pas la part d’œuvre entière, en revanche, je suis d’accord. Parce que le changement de support implique vraiment de repenser l’œuvre, et in fine, c’est peut-être le sens de ta remarque, c’est vrai que la narration n’est parfois pas l’élément le plus central d’une œuvre; et effectivement, en ce sens, ce qui est raté en termes de transposition d’une oeuvre à une autre peut être réussi en tant qu’œuvre autonome. Mais du coup, les infidélités montrent l’importance du “dialogue” – ce qui est vachement bien, sur ça, c’est les docus dans les bonus du Seigneur desAnneaux, où Jackson explique certains de ses choix sur l’œuvre de Tolkien.

      • En fait nous sommes d’accord sur un point, dire “X est un bon film car c’est une bonne adaptation”, c’est une vision extrêmement restrictive de ce qu’est le passage d’un support à l’autre. Et je suis d’accord avec toi en ce qui concerne les docus avec Jackson. Mais je continue de penser que si un réalisateur peut vouloir faire une bête adaptation sans aucune personnalité ou bien vouloir dialoguer avec l’œuvre initiale en acceptant des transgressions justifiées par le passage de livre à film, par un parti pris esthétique différent, par la volonté de mettre en avant quelque chose que le livre ne fait que suggérer… il peut également vouloir trahir complètement l’œuvre de départ et la violer et produire un truc génial. Simplement, il place alors la barre très haut, parce que tout le monde l’attendra au tournant, surtout si le truc de départ est bien. Comme le disait Stravinsky à propos de la muse de la musique, “ce n’est pas tout de violer Euterpe, encore faut-il lui faire un enfant”. Pour moi, s’il y a un gosse, alors on peut pardonner le viol (typiquement le genre de phrase à éviter de sortir de son contexte).

        Bon, c’est purement théorique, parce que j’ai aucun exemple à donner.

  3. En lisant “La vie de Brian”, j’ai tout de suite pensé à l’épisode de My so-called life qui porte le même nom ;o)
    Btw, j’ai commencé The new girl ET Two broke girls, merci !! Mais je pense que Zooey Deschanel (ET les types qui font les étonnés dès qu’ils la voient en jolie petite robe, genre ils avaient pas vu avant qu’elle était toute mimi) commence déjà un peu à m’énerver…

    • Oh j’avais même pas pensé à Brian Krakow, mince! Je reste définitivement team 2 Broke Girls – c’est certes mineur, mais bien plus frais que Zooey (j’en peux plus non plus, j’ai arrêté)…

  4. Pingback: Blowing In The Wind. « Virgoblog

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