Everything is just getting shittier.

Molly Ringwald dit ça, au début de Sixteen Candles (savait-elle pourtant qu’elle était en train de vivre l’âge d’or de la culture adolescente, de la gauche au pouvoir et de la radio libre ?).

L’autre jour, confinée dans ma migraine, j’en étais à partager cette réflexion de l’icône rousse des 80s. Namely : est-ce Internet qui nous a rendu débiles ou nous qui avons rendu Internet drôlement con ? Cette question me taraude depuis cet article croisé au détour d’une millième actualisation Facebook ou Twitter (un nouveau marronier depuis 2 ans) ; et quand j’ai la veine du crâne contrainte, ça devient pire.

Je commençais à fustiger les temps modernes qui m’ont rendue insomniaque, à errer de vidéo YouTube en site improbable jusqu’à 3 heures du matin, à ne lire que les 10 premières lignes d’un article, à avoir 9 onglets ouverts sans n’en lire aucun, à délaisser ce blog parce que l’entretenir requiert plus de 3 minutes de concentration, ces temps qui ont créé la “productivité toutes les 72 minutes” (l’air de rien, le FBI, en y mettant fin, vient de créer la “génération Megavideo”). C’est vrai, bon sang, que faisions-nous, quand nous n’avions ni Internet, ni ordinateur, ni iPhone au moment de dormir? Je me revois à 13 ans, avec mon Walkman qui faisait radio (un Aiwa, most obviously) : c’était une mini-révolution copernicienne dans ma chambre et sous ma couette. Le tuner y était digital et me permettait de sauvegarder mes stations préférées, pour changer de fréquence quand bon me semblait. A cette époque où l’on était défini par la radio qu’on écoutait, cette petite innovation a tout foutu en l’air.

Vous rappelez-vous, cette époque où l’on était défini par notre radio ? Dans ma banlieue, ça donnait quelque chose comme une division tripartite du cool entre NRJ, Fun Radio et Skyrock. J’étais la négation du cool. C’était en 1992, et je n’avais jamais pris le RER. Mon frère écoutait Kad & Olivier sur Ouï FM (pour le lip-dub d’Hélène et les Garçons), mais ça me paraissait trop abscons, tout ça. En plein momentum grunge et eurodance, NRJ était écoutée par les plus mainstream d’entre nous, “Fun”, par les plus badass (mais mainstream quand-même : on n’était pas sur Nova, on était sur les valeurs stables de la bande FM) – et Skyrock par les gens bizarres, parce qu’écouter Maurice, ça m’avait toujours fait… oui, bizarre (par la suite, Skyrock est surtout devenue “Skyrap”, mais c’est une autre histoire). Il faut mettre ces choses noir sur blanc pour s’en souvenir. Le spot publicitaire de Lovin’Fun se faisait sur fond de Come Out and Play des Offspring – à une époque où les écouter avait quelque chose de rebelle. Doc et Difool avaient bâti notre émancipation sexuelle en des termes d’une tolérance à laquelle je repense chaque fois avec un peu plus de tendresse et d’émotion . Bon sang, cette émission était brillante et la jeunesse française qu’elle dessinait l’était tout autant – plurielle, détraquée, trop normale, intimidée, goguenarde, certains auditeurs cherchant la réassurance du Doc (“le sexe, c’est pas sale”), d’autres les vannes sous la ceinture mais jamais vraiment cassantes de Difool. Après leur salut final, le Starsystem prenait la relève, à une époque où on ne savait pas à quoi Max ressemblait (ie: à un petit con arrogant). For all we knew, il était peut-être un bégé sûr de lui, ou un timide planqué derrière son anonymat, mais c’était pas le plus important. Le plus important, c’était la radio libre et ce qu’elle créait. La radio qu’on écoutait et notre taulier de référence contribuaient à façonner notre identité.

Quand un beau jour il est devenu plus facile de changer de fréquence, tout s’est accéléré. Oh bien sûr, c’était l’occase rêvée pour délaisser enfin nos radios molles d’adolescence, après que Lovin’Fun s’est effondré, que NRJ s’est affichée telle qu’elle était (un RTL pour semi-jeunes), que Skyrock s’est spécialisée dans le rap commercial, de donner sa chance à Ouï FM, de réviser ses cours en écoutant Frédéric Martin et son monde merveilleux. On pouvait ne s’attarder sur une fréquence que quand elle passait la chanson qu’il fallait. On avait aussi la radio du matin, celle du soir. On pouvait même enregistrer des fréquences ringardes, juste à côté des plus cools, pour zapper rapidement au moment d’être pris en flagrant délit de nazbrockerie (et découvrir Jean Dujardin sur Rires et Chansons dans son sketch sur la colonie de vacances et citer Roland Magdane à un oral de culture générale du concours d’entrée à l’Ecole Normale supérieure). Ca a surtout été le vrai début du zapping pour moi – c’est au même moment que ma mère a installé le cable sur la télé du salon. J’écoutais la radio pour m’endormir, en mettant mon appareil sur “sleep 60 min” avant. Désormais, je passais frénétiquement d’une fréquence à l’autre, sur les 6 que m’autorisait mon walkman. Quelques secondes suffisaient pour identifier la chanson aimée ou honnie (ce moment où le blindtest aurait pu devenir une discipline olympique). Point is, comment voulez-vous vous endormir dans ces conditions ? Au-delà du zapping frénétique, c’était la fin de la radio de référence, la fin d’un repère ; la même année, j’avais compris que Méline n’était “ma meilleure copine” que par habitude, et que donc je n’avais plus de meilleure copine. C’est la perte du repère qui nous conduisait à zapper d’une fréquence à l’autre, un peu comme un enfant erre dans les rayons d’une grande surface quand il a perdu de vue ses parents. Nom de Dieu, qui étions-nous, et comment s’endormir en se posant une telle question (alors même qu’aucune de ces gueuses de fréquences ne se décide à diffuser Champagne Supernova d’Oasis) ? Connerie d’adolescence.

Pour répondre donc à ma question initiale : ce n’est ni nous, ni les Internets qu’il faut blâmer pour l’évolution à chier de nos facultés intellectuelles. C’est la fin des molettes qui a tout foutu en l’air et nous a rendu cons, si vous voulez mon avis.

En attendant, choupiness geek :3

10 thoughts on “Everything is just getting shittier.

  1. Je me rends compte que je n’ai jamais vraiment été un “ado de la radio”. Tout ce que tu racontes me parle mais j’ai du mal à vraiment m’identifier…. Je me souviens avoir écouté un peu Doc & Difool. Et je me rappelle de Tabatha Cash sur Skyrock et de Arthur sur Fun la matin (je crois) mais rien de vraiment marquant ! :D En fait la seule chose dont je me rappelle à la radio c’est la musique et ma frénésie à enregistrer mes chansons préférées sur des K7 pour les écouter sur mon baladeur.

    Et du coup, étant de province, je me rappelle surtout des mecs qui allaient à Paris pendant plusieurs jours chez leur mère ou leur père et enregistraient les émissions de Radio Nova qui étaient à l’époque le seul endroit où on pouvait écouter du rap et découvrir de nouveaux morceaux.

    Moi, mon premier baladeur (avec la radio), il était Philipps. Après, je suis passé au baladeur Aiwa mais que avec la K7 (car c’était plus léger et plus fin^^)

    • Alors que moi, c’est l’inverse. J’ai passé mon enfance sans radio, j’ai découvert et eu mon premier poste à 10 ans tout rond, pour le connecter sur 100.3 (nrj), et j’ai dû arrêter définitivement de l’écouter sur une base quotidienne en quittant le lycée et en m’installant à Lyon. Pour moi, la radio, c’est, même si c’était pas forcément le truc le plus important de mon background culturel, le truc le plus typique de mon adolescence. Et en lisant ton commentaire, je fulmine de n’avoir pas parlé des mixtapes-radio, en effet. Celles où les chansons sont tronquées, où les jingles s’invitent dans la compil’, etc. mais Rob Sheffield l’a fait de manière définitive, donc bon ;)

      (et oui, Nova et le rap, c’est tout un autre aspect de notre génération radio, indeed. j’en ai beaucoup entendu parler par la suite, mais ce n’était clairement pas mon histoire^^)

  2. ce qui est flippant, c’est que j’ai toujours 6 boutons sur mon autoradio et que je passe mes trajets à zapper. et que si ma fenêtre est ouverte alors que j’écoute michel sardou sur chante france (oh oui j’ai honte) je zappe sur oui fm :D

    ceci dit, moi j’étais en province profonde, donc oui fm et fun n’avaient pas de fréquence, c’était donc skyrock contre nrj. et moi j’étais nrj pour la journée sur mon appareil radio et sky pour le soir sur mon radio réveil. Forcément, les deux étaient à molette …

    • skyrock, nrj et pas fun radio ? c’est fou, ça ! nous, à l’époque, on avait ouï fm, mais personne connaissait le mouv’, par exemple. et y avait d’autres bijoux radiophoniques, comme radio FG (“pour ceux qui aiment la techno” m’avait dit ma quasi-frangine, héhé). la seule que je réentends avec un plaisir non-dissimulé, c’est nostalgie, comme quoi, hein…

  3. j’étais fun radio et Skyrock parce qu’il y avait Difool ( j’étais en primaire pendant Lovin Fun, mais ma soeur est de 81, grande année ! Je me sentais tellement plus hype que les gens du collège parce que je savais quelle tête avait Difool à cause de Coucou c’est nous.

    Ce article est tellement parfait, même si j’avais une radio dans ma chambre et pas un walkman. C’est purement fabuleux la façon dont tu fais de l’histoire contemporaine d’une façon aussi cool.

    MERSEA !

    • Mais tu es de QUELLE année ? C’est clair qu’au collège, Difool, c’était badass (en tout cas dans le 78) – au début, j’étais NRJ par mimétisme avec ma presque soeur. Je pense que ma période la plus tiraillée a été le lycée où j’oscillais sans malaise de Ouï FM à RFM & Nostalgie, quelle époque, bon sang !

  4. Quelle ne fut pas ma surprise quand juste après avoir accouché à la maternité, débarque DOC himself pour la visite de mon bébé…
    J’ai passé moi aussi de longues soirées à l’écouter sur Fun radio le soir, et me voici lui présentant mon bébé pour qu’il l’examine;-) Weird!

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