Look where it got me.

Adolescente, et finalement jusqu’à il n’y pas si longtemps, quand l’ennui des cours de latin se faisait trop présent, entre un fou rire et un baillement, je ne savais plus que faire ni de mes dix doigts, ni de mon stylo plume, et il m’arrivait de me colorier les ongles au stabilo boss. On faisait ces choses, pour tuer le temps.

On se peignait les ongles au stabilo le lundi comme on allait, le mercredi, se faire un faux tatouage au stylo Bic sur le genou ou à l’avant-bras – tout cela avant de graver au compas le nom de son amoureux ou de ses meilleures copines sur une table en agglo, témoin de dix ans d’onomastique adolescente.

Alors on jouait au vernis à ongle le temps de corriger  un exercice sur l’ablatif absolu.  C’était du coloriage machinal, au début. Bon sang, ça sauvait 10 minutes de cours, et on n’avait pas à être féminines ou à la mode, on n’était pas à Paris, tu sais.On avait les ongles verdis, jaunis, semblant malades. Ensuite, pour pousser l’effet, le geste machinal cédait le pas à l’application ; on repassait avec précaution la pointe biseautée du surligneur, dans l’espoir de rendre la couleur bien franche et bien opaque (spoiler alert : ça n’arrivait jamais). Notre œuvre fini, on se reluquait les mimines, satisfaites de notre travail d’orfèvre, et pouffant légèrement devant la laideur de la chose (qui, quant à moi, m’évoquait invariablement ces vignettes d’Asterix chez les Helvètes représentant une scène d’orgie à Condate). On gloussait en regardant Adeline, sur la table de droite, ou Gwenaelle, installée à gauche ou devant, à côté d’Amandine. Puis, dans un sursaut de bravache et d’autosatisfaction, on en venait à se convaincre “oh, ça rend pas si mal, après tout.” – le fluo saturé fait toujours cet effet.

Quinze ans plus tard, voyez plutôt où ça nous mène.

Le nihilisme de la manucure advenu en mode.

Et ne vous y trompez pas : la dénomination a changé, passant du “fluo” de nos années 90 de papeterie au “Neon” californien d’American Apparel, mais la tenue de ces vernis n’a rien à envier aux Stabilo Boss de notre passé. Je crois que tout ce que je mérite pour avoir acheté ces flacons et y avoir consacré un post, c’est d’écouter l’album de Lana del Rey.

12 thoughts on “Look where it got me.

  1. Haha, la version plus engagée encore consistait chez nous à mettre une base de Tipp-ex (merde, le pot ressemblait vachement à du vernis, quoi !) pour que le jaune pète bien, ou à le mettre juste au bout de l’ongle pour nous faire nos premières (et dernières, erk) french.

    • Djeez, je crois avoir déjà fait ça. Mais j’osais pas trop, parce que j’avais déjà eu une sérieuse phase de vernis bleu électrique et violet en troisième, et je crois bien que j’étais un peu punie à cause de ça…

  2. virgo, pour la postérité, l’application de stabilo a du porter ses fruits, car tu as su te mettre du vernis à ongle correctement environ 10 ans avant toutes tes congénères !

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