Young Adult.

Je suis un peu en manque de sommeil.

Alors même que je viens de passer une nuit à dévorer The Hunger Games, plusieurs sentiments se bousculent dans ma tête. Le premier est un franc enthousiasme qui a bien failli me faire sauter le dîner, et m’a tenue éveillée une partie de la nuit, en dépit d’une longue journée, précédée d’une nuit elle-même bien trop courte (n’allez rien imaginer, je corrigeais des copies grugées).

Ce plaisir évident, conjugué aux critiques tout aussi évidentes qui me sont venues à l’esprit au fur et à mesure de ma lecture, m’ont un peu conduit à réévaluer mes critères de jugement. Jusqu’ici, pour moi, dire d’un bouquin qu’il était “un peu facile”, c’était un genre de reproche. Une sentence digne du gus qui te raconte le “bon petit film” qu’il a vu la veille, la condescendance afférente et tout ce qui s’ensuit.

Je repensais notamment à ce post un peu (beaucoup) fielleux sur Twilight – informé par ma lecture des quatre volumes commis par Stephenie Meyer, tout de même. Des romans mauvais, téléphonés, mal écrits, à la morale nauséabonde… En ai-je débattu, de ces foutus bouquins ! Point is, je les ai lus, devrais-je dire sans déplaisir. Les deux premiers, je les ai avalés en une nuit chacun (mais j’étais émotionnellement in a bad place à l’époque). Je me rappelle avoir trouvé ça aussi affligeant que captivant à lire (pour les deux premiers, du moins – pour les suivants, les finir était de l’ordre du défi personnel).

Quand ce soir, allongée sur le flanc, je dévorais Hunger Games, j’étais pas fort loin de cette expérience (le chagrin amoureux en moins, l’empathie pour les personnages de l’histoire en plus). Pour rappel, c’est l’histoire de 24 adolescents forcés à concourir dans un jeu télévisé au cours duquel ils doivent littéralement s’entretuer, raconté du point de vue d’une des concurrentes (pensez “année de khâgne classique au lycée Henri IV”). C’est vrai que c’est pas incroyablement écrit au premier abord – écriture neutre, un certain humour, diront certains, et surtout, des cliffhangers de connard à chaque fin de chapitre – easy trick. Littérature de genre, romans jeunesse, diront d’autres. Certes. Mais tout de même, putain de magie de cette littérature jeunesse, qui te permet d’enquiller 380 pages en quelques heures, non ?

Alors où se situe la définition bien/mal écrit, dans ce cadre ? Il faut y ajouter que l’intrigue recourt à des ficelles dignes de cordes de marins – on retrouve les tropes un peu classicos de l’héroïne revêche (Dieu merci, quelque chose comme 9000 plus empowering qu’une Bella Swan), d’un vague triangle amoureux and all that jazz. Oh, et puis en termes de contenu, certains puristes crieront au scandale et à la mémoire, qui de Battle Royale, qui de Running Man, mais surtout, de toute mythologie adaptée des récits brutaux Thésée-et-le-Minotaure-ish de l’Antiquité (selon mes critères, ce n’est pas nécessairement un reproche recevable, en fait). Alors quoi?

Alors, alors.

J’ai beau savoir tout ça, l’avoir su en faisant glisser mon index sur l’écran de mon iPad, je me suis quand-même dit, à un moment, que j’étais habillée d’une robe bleue en jean un peu folk, et que mes cheveux étaient coiffés d’une tresse “à la Katniss Everdeen”. Et ça m’a fait esquisser un sourire. Puis quand “God’s Gonna Cut You Down” de Johnny Cash a surgi dans ma playlist, alors que je me faisais une pause dîner entre deux chapitres, je me suis dit que, oh bon sang, c’était parfait – en plus pour une fois que de la littérature jeunesse flatte des instincts plus country que emo, ça se fête. Tout ça, naturellement, après avoir téléchargé la balade écrite par Taylor Swift (guuurl <3) pour le film adapté du roman, et en me retenant d’acheter l’ensemble de l’album. Pour finir, je jure qu’aux alentours de la page 235, j’ai eu les yeux humides (ça m’était plus arrivé depuis Les Travailleurs de la Mer de Victor Hugo). Fraîcheur toute juvénile, enthousiasme du bouquin dévoré, mais alors et si dire d’une oeuvre qu’elle est facile c’était lui faire un fabuleux compliment ?

Lire Hunger Games d’une traite en quelques heures, c’est un peu retrouver le plaisir le plus coupable du produit mainstream bien ficelé. Reste cette belle ironie que l’enthousiasme suscité par ce produit mainstream bien ficelé nous mette dans la position de spectateur décrit par le roman : ce spectateur malsain qui attend avec une avidité non-dissimulée de savoir quel sera le prochain ado à connaître une mort sordide. La quintessence du plaisir pop retrouvée dans un produit qui justement s’appuie sur ce que la culture pop a pu produire de plus retors et pourrait construire de plus extrême.

Rien que pour cette posture étonnante que crée le bouquin il vaut la peine d’être lu.

7 thoughts on “Young Adult.

  1. Ecrire un livre “distrayant” (au sens d'”entertaining”), ce n’est pas si facile!
    J’ai beaucoup aimé le premier Hunger games -car justement pas mielleux et ne tombant pas trop dans la facilité du triangle amoureux- mais le deuxième, j’ai calé… Tu m’as donné envie de lui redonner une chance.

  2. Pingback: We could hang around by the p-p-p-pool | Se n'est pas vrai

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