Jane Austen & Sylvester Stallone: A Love Story.

Étonnante sensation que celle que j’éprouvai en sortant de la séance d’Expendables 2.

Une sensation mêlée d’enthousiasme et de nostalgie, forcément, tant il s’agissait des deux effets recherchés par la bobine, réunion de braves quinqua toujours gros bras, pas mal botoxés, ayant l’occasion, pour une seconde fois, de montrer à la face du monde leur sens de l’autodérision ainsi que leur amour profond pour un genre qu’ils ont popularisé pendant deux décennies. Mais une sensation aussi d’être entrée par un trou de souris dans ce film et ses multi-références. Oh vous savez, j’ai jamais compris pourquoi on qualifiait ce genre d’actioner costaud de “testostéroné” tant j’ai découvert les films des quinqua en question par des femmes et des façons les plus détournées qui soient.

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Mon premier Schwarzy, c’était Commando, générique en full close-ups sur la musculature de celui qui était encore Mister Universe (information non-contractuelle fournie à l’époque par une fangirl), père d’une jeune Alyssa Milano à laquelle on adorait toutes s’identifier. J’avais 8 ans et demi, et c’était Sophie, ma demie-sœur-par-alliance qui avait loué la vidéo : elle était amoureuse d’Arnold, elle avait même fait un joli collage de ses meilleures photos découpées dans Podium, pour tout vous dire. Alors j’ai appris à aimer les films d’Arnold Schwarzenegger parce qu’il fallait être amoureuse de lui – je vous jure, regarder Terminator derrière ça, c’était bien fucked-up. Du reste, tous les Jour de l’An, c’est avec ma belle-mère et Sophie que je regardais sous forme de marathon une des franchises d’antan, Rocky, Alien and shit (toujours avant ou après les 3 Star Wars), affalée en pyjama sur le canapé du salon que mon père traversait de temps en temps en levant les yeux au ciel contre un cinéma labélisé abrutissant par lui (l’épicentre de sa cinéphilie se trouvant dans les années 70, makes sense).

La suite, c’est principalement à ma mère que je la dois, et à son affection complètement inavouée pour le cinéma de John McTiernan. Dit comme ça, ça n’a rien de spectaculaire, mais on parle quand-même d’une femme dont les cinéastes préférés dans les années 90 étaient Woody Allen et Kenneth Brannagh et avec qui j’ai bataillé très dur pour la voir résilier son abonnement à Télérama (achievement unlocked circa 1997-98)(depuis, Woody Allen est resté, mais elle n’a pas trop pardonné à Brannagh sa relecture baroque de Hamlet). Elle avait vu 8 (HUIT !) fois Beaucoup de Bruit pour Rien au cinéma, dont 3 avec moi, et entre son 5e et 6e visionnage de l’adapt shakespearienne, elle avait insisté pour qu’on aille voir Last Action Hero, lettre d’amour et de suicide en même temps, tant le bide de cette parodie d’actioner pourtant bourrée de love avait été retentissant. Et elle avait même pas tenu à le voir par concession à ses ados de mômes pour avoir la paix le temps d’une soirée, mais parce qu’elle en avait envie. Elle en avait par la suite gardé une dent sucrée pour le musclor autrichien qui ne s’est ternie qu’après l’épisode “gouverneur de Californie”. Sa seule concession pour ce cinéma de genre, d’ailleurs. Comme par ailleurs, elle détestait Stallone (elle s’est ravisée depuis que je lui ai vendu Rocky comme la plus belle love story des années 70)(ce qui est foutrement vrai), trouvait que Van Damme n’était qu’une brute avec un pois chiche dans le crâne et nous engueulait si on avait le malheur de monopoliser le poste familial pour regarder une random suite de franchise bourrine starring Dolph Lundgren ou Mario van Peebles, non, on n’aurait pas pu dire que j’étais exactement conditionnée pour aller applaudir Sly et ses expendable buddies. Deux ans plus tard, ma mère récidivait avec Die Hard 3, quelque part entre Jeremy Irons et son envie de revoir New York après un premier voyage là-bas, disait-elle. De la même manière, elle nous avait emmenés 3 fois voir Speed parce que Sandra Bullock courait après le bus avec un gobelet Starbucks dans la main et qu’elle revenait de Seattle “où les gens font tous ça”. Rétrospectivement, penser à Die Hard 3 pour la balade que le film permet de faire dans une métropole, ça confine au génie d’analyse.

Pourtant, qu’elle ait eu envie de voir ces films précis, confronté à son souverain mépris pour les autres affiliés au même genre et à son aversion viscérale pour tout ce qui est violence (au sens très large) et pyrotechnie au cinéma, je crois que c’était le meilleur seal of approval dont on puisse rêver. C’est comme si, en sauvant quelques bobines, elle reconnaissait que ça méritait réflexion et, ses affinités électives relevant à chaque fois du décodage du genre (ce qui est à peu près aussi logique quand on aime que quand on méprise un cinéma de genre, d’ailleurs), ça ne rendait le cinéma d’action que plus crédible à mes yeux.

Dans le fond, j’ai jamais compris très bien la cohérence de tout ça. Tout ce que je sais, c’est que 72% du plaisir que j’ai pris à voir Expendables, je le dois à la façon dont ma mère, cette janeite aiguë allergique à la violence au cinéma, par ailleurs férue de Shakespeare, de comédies musicales et de cinéma d’auteur, m’a initiée aux actioners des années 90. D’ailleurs, devinez qui m’avait réquisitionnée comme film-buddy en 2010 pour aller voir Stallone et ses copains le jour de sa sortie ? C’est pour ça, j’ai du mal avec la notion de testostérone, vu mon éducation, voir Expendables, c’est à la limite du chick-flick.

9 thoughts on “Jane Austen & Sylvester Stallone: A Love Story.

  1. J’ai juste adoré ce billet BIS.

    Et j’ai gloussé sur ça “De la même manière, elle nous avait emmenés 3 fois voir Speed parce que Sandra Bullock courait après le bus avec un gobelet Starbucks dans la main et qu’elle revenait de Seattle “où les gens font tous ça”.” Parce que j’avais tendance à dire ce genre de phrases à chaque fois que je revenais des Etats-Unis (et parce que j’ai vu Speed aux Etats-Unis. L’ado de la famille dans laquelle j’étais voulait absolument me le faire découvrir parce que c’était son film préféré et qu’il l’avait déjà vu 5 fois^^)

    Mais de façon plus générale, je trouve assez fascinant le fait que l’on ait aujourd’hui énormément de références pop culturelles en commun mais qu’on ait pas eu du tout la même façon de les découvrir. Mes parents sont de la génération précédentes aux tiens et n’avaient pas du tous les mêmes références. Je pense que mon goût pour la pop culture contemporaine (celle de mon époque, que j’ai connu) vient d’ailleurs en partie du fait que mes parents avaient des références très anciennes, celles des années 40 et 50 (très françaises pour ma mère, très américaines pour mon père, et pas du tout “Télérama” pour les deux), et que je me retrouvais pas du tout là-dedans.

    • Avant Internet et les premiers vrais voyages aux US, c’est vrai que du coup ça véhiculait un genre d’exotisme… Sinon, le background de ma mère est aussi clairement dans les années 40-50. En fait, je crois que mon père est plus branché 70s et ma mère, plus “vieux” classiques, Hepburn (les deux), Cukor, Cary Grant & all that jazz… Ce qui est sûr, c’est que ni l’un ni l’autre ne sont très années 80 ou pop culture, mais le simple fait qu’ils aient cette ouverture fait que chacun a construit son truc et que ça rend nos discussions ciné plus animées ^^

  2. Eh bien ma mère à moi n’a pas résilié son abonnement à Télérama, c’est peut-être pour ça que les chances qu’elle aille voir Expendables sont plus que minces, je ne sais pas. Imaginer ma mère aller voir un film avec Schwarzy au ciné me paraît tout à fait incongru, mais en même temps elle est comme moi, elle a adoré la version baroque de 4h du Hamlet de Branagh, je ne sais pas si c’est lié^^. Sauf si Expendables se retrouve être le film de la semaine dans Télérama, elle n’ira pas, et elle aura tort ;)
    L’héritage cinématographique de ma mère sur celui que je suis aujourd’hui, c’est plutôt ça http://limpossibleblogcine.blogspot.fr/2009/12/jai-grandi-avec-sami-frey.html
    et ça aussi : http://limpossibleblogcine.blogspot.fr/2011/03/butch-cassidy-et-le-kid-paulo-et-bob.html

    (ah oui, excellent billet au fait, découvert grâce à Michael ici présent^^)

    • Arf, la fierté que j’éprouve encore à ce jour d’avoir réussi à convaincre ma mère du dogmatisme creux de Télérama ! En fait, je les trouve intéressants, souvent, mais j’ai toujours bloqué sur la partie Télé où certains programmes n’étaient pas du tout présentés parce que “pas dignes de l’être”, je trouvais ça puant !

  3. J’ai vu tous ces films quand j’étais gamine, assise entre mes parents sur le canapé du salon, bataillant pour ne pas aller me coucher “à la pub” parce que je voulais voir la fin. Aujourd’hui je m’offusque que l’ont ait osé faire un remake de Total Recall, je crois que je le regarderai avec un oeil aussi critique que s’il s’agissait de l’adaptation ciné de mon roman préféré. Et je ne rate jamais une rediff de Demolition Man, ce film est souvent méprisé mais j’en étais tellement fan quand j’étais petite que jamais je ne pourrai le considérer comme un “navet”. Les films d’action des années 80/90 c’est un peu ma madeleine de Proust, je les aime autant que Britney Spears et les Spice Girls ;)

    Et petit PS fangirl : j’adore ton blog, je le trouve vachement enrichissant pour ma petite personne. En plus je te suis depuis l’époque où tu vivais à New York et où tu te faisais des manucures léopard, je trouvais ça tellement cool qu’un jour j’ai voulu essayer, et aujourd’hui j’ai 54 vernis à ongles.

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