Shitstorm Management.

Hier, on m’a expliqué une formule qui, paraît-il, constitue le sésame du conflit productif et réussi. Sous vos yeux ébahis :

fait / ressenti / besoin / demande

Paraît-il, en suivant cette très simple démarche, consistant à :

– exposer, avec le plus de détachement possible, un état de faits,

– exprimer son ressenti personnel (et donc pas de jugement sur l’autre)(jamais de jugement sur l’autre),

– ce dont on a besoin pour améliorer la situation,

– enfin à faire une requête précise,

Ce serait la fin des raccrochages au nez intempestifs, des nuits sans sommeil, des remontées biliaires et d’un besoin soudain de récurer les joints du carrelage de la salle de bains à 3h du matin. Maintenant que j’y réfléchis, j’ai plus ou moins suivi cette procédure quand je suis allée voir le gérant-du-bar-en-bas pour lui dire que, non, Ginette et son accordéon en concert toutes les semaines, ça allait difficilement être possible. Moralité : il m’a offert une pinte et a commencé à regarder comment bidouiller son plafond. Si j’avais pensé à cette formule la veille quand ma mère a tenté d’amorcer une conversation “ton père”, je vous jure qu’il ferait aussi beau dans mon cœur que dehors aujourd’hui.

Et tout bien réfléchi, la dernière à avoir suivi cette démarche a pour le moins obtenu gain de cause.

khaleesi

Moralité : Keep calm and channel you inner khaleesi.

La classe à Dallas

J’ai un pull moche.

La réalité de l’expatriation, c’est aussi pour ce qui reste. Tout se fige à un 14 août 2008, et sans qu’on y prenne trop garde, de retour en France, on observe. Ainsi, ayant franchement doublé ma garde-robe aux Etats-Unis (en tout un quintal vestimentaire, sad, but true), je me retrouve à faire de la place parmi des placards entiers déjà pleins (j’étais partie avec le “strict minimum” – 46 kgs de fringues, tout-va-bien…). Alors j’observe, je me dédouble. Je me vois il y a deux-trois ans, et mon moi d’il y a deux-trois ans m’observe. Les fringues en disent long sur l’évolution d’une personne. On se rend compte par ce biais que deux ans, c’est beaucoup, quand on s’expatrie – on se déracine, on fait tout à toute berzingue, sans souffler, sans recul, on revient, on s’installe, on observe: c’est déroutant.

Le truc le plus patent, c’est que j’avais des goûts relativement inexistants, il y a deux ans. Pas mauvais goût ou bon goût, juste le néant – un néant où mes fringues les plus dignes d’intérêt sont des cadeaux. Quelque chose de pas du tout raccord avec mes choix, parfois douteux, parfois edgy, mais surtout réfléchis, en termes de nippes. Par ailleurs, je sais pas à qui je dois cet esprit critique découvert, New York ou les blogs? La poule ou l’œuf? Perdue dans ce tri impitoyable, une trouvaille m’a un peu serré le cœur:

Pas canon, le chandail.

Cette photo me barre le visage d’un sourire à chaque fois que je la vois. Et le fait qu’elle ait été prise à Copacabana, en Bolivie, et qu’à Copacabana j’ai mangé la meilleure truite saumonée grillée de toute ma vie, y est pour beaucoup (une vraie tuerie, en langage jeune). Faudrait qu’un jour je vous raconte comment on s’était créé un culte de la pose ringarde en imaginant qu’on faisait des close-ups pour le visuel d’un album folk-rock indé. Idiosyncrasie, quand tu nous tient…

Mais alors le pull? Comme j’arrive pas à m’y faire, telle une trentenaire indécise sur son futur sentimental, j’ai fait une liste. Continue reading

The lazy one

Ce soir, n’ayant trop rien à dire, je me contenterai de vous laisser sur cette réflexion multiscalaire capable de rétablir le respect entre peuples français et américain (le vocabulaire utilisé dans cette phrase est censé vous expliquer à demi-mots pourquoi j’ai du mal à poster).

Longtemps, avant de me coucher de bonne heure (ouais, je sais, lol), j’ai surtout déploré l’inculture patente de nos amis yankees. A l’image de John, rencontré sur mon premier New York/Albany. Un garçon de toute évidence très sympa (il m’a offert un petit-déj McDal pour me souhaiter la bienvenue à Albany – voire pour me draguer, vraiment très chics ces Albanais), mais il avait les cheveux très très gras. C’était terrifiant autant qu’écœurant, j’en arrivais  pas à manger mon McMuffin. Il faisait un NOLA-Albany en Greyhound, avec correspondance à Port Authority sur Manhattan. Rien que pour ça, j’aurais dû lui présenter mes respects. Le problème, c’est qu’il a eu l’air émerveillé de voir une vraie Française pour la première fois de sa vie – pas une en plastique qui parle un pauvre créole néo-orléanais – et qu’il m’a avoué qu’il ne saurait pas situer la France sur une carte de l’Europe. Ah ça, c’était la fête du mépris national dans ma tête. A ma décharge, j’étais fatiguée, et prendre le Greyhound de 7h du matin, en m’étant levée à 4h30 avait un peu entamé mon indulgence  (c’était cette époque où l’iPhone n’existait pas et où il fallait changer manuellement le fuseau horaire sur les téléphones portables – ce qui est problématique, vu que je ne sais pas compter). Pour moi, ce voisin de Greyhound – John, donc – c’était une confirmation de ce que je savais déjà, l’expérience pittoresque à partager au retour à la maison – ces connards d’Américains qui sont infoutus de situer l’Allemagne ou l’Iran sur une carte du monde ou qui pensent que l’Afrique est un pays.

Bon, mais aujourd’hui, j’ai regardé où je situais Detroit dans mon Amérique mentale. A la louche, je dirais que mon Michigan se situe quelque part entre le le Wyoming et l’Idaho (même si je sais que Michigan = grand lac, ergo Chicago ergo pas Wyoming et pas Idaho, rien n’y fait). Et le Michigan, c’est grand comme le Royaume-Uni. En fait, ce serait comme dire que la France est limitrophe de la Pologne et de la Roumanie. Et sinon tu sais placer l’Ohio sur une carte, toi?

Einstein appelait ça la relativité. Moi ça m’apprend l’humilité.

Pour rendre ce post plus intéressant, je vous aurais bien montré une photo de mes nouvelles chaussures, mais la batterie de mon appareil photo est à plat. C’est super dommage, alors pour compenser, je vous invite à regarder ce clip des Guns, parce que bon, il y a pas que Sweet Child O’Mine dans la vie.

Considérations consuméristes

Noël c’est censé être devenu plus simple que par le passé.

Plus simple grâce à quoi? Aux tickets sans prix, à Ebay et aux 30 jours d’échange. Tout ça crée une cérémonie supplémentaire lors de la remise du cadeau: “si ça ne te plait pas, aie la simplicité de me le dire, c’est très facile de rapporter en boutique”. Non c’est pas facile. Échanger ou refuser un cadeau, c’est l’irruption d’Ebay dans le Cosmos, c’est briser une chaîne affective rituelle, c’est entraver le destin.

En plus, avoir chez soi une pile de cadeaux un peu ratés, c’est marrant, ça permet de faire des déguisements les années suivantes, ou alors de voir ses goûts évoluer quand ce qu’on a toujours planqué au fond de l’armoire, on le ressort en y voyant un trésor. Bon, c’est vrai, c’est lourd, les cadeaux ratés. En vrai, ça me déprime comme un foie gras trop chaud sans Monbazillac (j’emmerde ceux qui aiment pas le Monbazillac, pour moi c’est un puissant révélateur de saveurs). Ça me rend d’une tristesse à pleurer.

Mais je crois que les cartes cadeau ne m’amusent pas plus, et les cadeaux de commande encore moins. Bref, considérez-moi chiante, je pense juste avoir une saine exigeante avec mes connaissances. Je ne commande rien (ou alors je suis fauchée comme les blés), on doit me surprendre et j’accepterai tout sans fausse complaisance, sans revendre sur Ebay, et sans échanger. Du coup, imagine toi que je suis démunie devant cette injonction à l’échange/retour devenue quasi-systématique à chaque déballage de paquet. Ca brise la magie, moi qui suis persuadée que dans un monde parfait, les cadeaux sont faits en adéquation avec l’être aimé/objet du cadeau. L’achat-même du cadeau suppose une symbiose avec son destinataire qui fait qu’on ne peut pas vraiment se tromper (je flippe d’écrire ça, parce que les destinataires de mes cadeaux qui me lisent, ils vont pas me rater si je me plante). J’ai acheté un sac en faux-python-rose-et-violet/faux-cuir-argent à ma belle-mère (Topshop? Topshop.). Ça m’a fait saigner des mains de taper mon code de CB pour cet achat, mais je te jure que j’ai pas gardé le ticket de caisse. Pas d’échange possible, mais cet objet était fait pour elle (c’était écrit dans un vieux parchemin en sanskrit qu’on a retrouvé dans le tombeau du prêtre Mola Ram – un homme très sympathique qui fait brûler des cœurs humains en offrande à Kali).

Dans l’idéal, je pars du principe que quand on me fait un cadeau, c’est une vision qu’on a de moi, un regard extérieur, un message  affectueux qu’on veut me faire passer. Quand cet état d’esprit entre en jeu, pas d’inquiétude à avoir, tu peux pas te planter. Il entre en jeu une créativité interactionnelle entre l’émetteur et le destinataire. Un putain de plaisir d’offrir, bordel. Pas un bon d’échange. M’offrir la possibilité d’aller occire une caissière de la Fnac ou du Printemps dans la cohue des fêtes ou des soldes, ça m’enthousiasme assez moyennement, je dirais.

Si je veux aller plus loin dans ma démonstration, m’offrir un bon d’échange ou une possibilité de mettre en vente sur Ebay, c’est déballer un cadeau en sursis, un objet qui est là sans être là. C’est un peu comme les boutiques qui ont préparé leurs rayons pour les soldes une semaine avant les soldes. Tout est prêt pour le 6 janvier, les étiquettes couleurs nous indiquent déjà quelles seront les réductions sur quels articles, mais tout est encore au prix fort. Meaning: sauf si t’es très con, tu risques pas d’acheter. Tu contemples donc un objet qui n’est donc pas vraiment tout à fait là. C’est d’une complexité qui me fait très mal au crâne. Donc non, je dirais pas que c’est plus simple.

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Moi qui aime pourtant bien la consommation, ça m’en bouche un coin.