The Secret of my Succe$s

L’année dernière, au beau milieu des déballages de cartons de mon déménagement, je retrouvai des reliques de mon adolescence, faites de timbres Tintin, d’albums de Mafalda et autres bracelets brésiliens rapportés par ma belle-mère d’un random voyage-CE au Mexique. Je me rappelle, j’avais 14 ans quand elle me les avait offerts et je les avais rangés précieusement pour m’en servir “à un moment important” (go figure). Le moment n’étant jamais venu, je m’étais dit que finalement, ré-emménager à Paris aurait pu rentrer dans les critères que je m’étais fixés à l’époque. Adeline m’avait alors dit sur un ton taquin, “vu le comeback complet des années 90, je te parie que le bracelet brésilien, c’est le it-accessoire de 2012 et toi, tu seras vintage et authentique. On en reparlera quand on y sera, mais j’te parie que t’es une early-adopter totale.” [c’est ma copine, elle veut mon bien, quitte à se foutre des idiolectes de modeuses parisiennes]

Un an et quelques mois plus tard, voyez plutôt où ça nous a menés.

À noter que ce con de bracelet n’est toujours pas tombé, j’en ai vu des à 65€ chez Colette, mais surtout, voir une litanie de poulettes se pavaner avec leurs bracelets colorés m’a démangé. Cette semaine, au détour d’un shopping spree de connasse wannabe hip vers la rue Tiquetonne, j’ai donc fait l’acquisition de 5-6 pelotes de DMC dans le but de réveiller ce hobby qui m’avait donné un certain passe-droit à la popularité en cinquième.

Visez un peu : je me pavanais avec mes bracelets chatoyants, faits au cours de l’été précédent dans des couleurs que seule une mamie adepte du point de croix depuis plusieurs décennies pouvait fournir. En un instant, me voilà flanquée de Marie, Céline, Alice et Blanche à la récré, s’extasiant de ma dextérité, de ma rapidité, de mon sens technique, voyant dans ce talent le zsa zsa zu d’une personne à fréquenter (ce n’était dû qu’à deux bouquins bien foutus offerts par ma grand-mère et la meuf de mon cousin). Toutes quatre, puis d’autres, me demandaient des bracelets qui les rendraient plus cool que la plus cool de tes copines (je faisais aussi les tresses dans les cheveux), je devais classer, hiérarchiser et gérer les demandes comme s’il s’était agi d’une mise en fabrication de Birkin chez Hermès. En début de 5eme, mon moment de gloire. On me voyait, on me parlait, j’aurais pu, j’aurais dû. Las, il se trouve que j’étais aussi fort gauche et très très très mauvaise en sport, subséquemment incapable d’être remarquée positivement par des garçons, tuant dans l’œuf ce sursaut d’embellie sociale.

Flashfoward et 16€ plus tard (ouch), j’ai commencé à me demander où j’avais bien pu planquer ces foutus bouquins de modèles que j’avais à l’époque. Et ce weekend, j’ai trouvé. En les feuilletant, j’ai souri plus d’une fois, au détour d’une page, retrouvant ce bracelet inachevé (les couleurs étaient pas terribles), ces décalcomanies tirées d’un Picsou Mag que j’avais collés là pour tester, la page écornée de mon modèle préféré (à vrai dire plutôt moche), ou encore la dédicace de mon cousin, datée de l’automne 1994. J’ai surtout tiqué en voyant l’adresse de l’éditeur, rue Abel-Hovelacque, à peu près à 7 minutes à pied de mon actuel chez-moi et de ma vie de bientôt-trentenaire, achevant de rendre cette expérience de retour en adolescence vraiment surprenante. Je sais pas pour le futur de Marty McFly (si je sais, en fait, obvi), mais celui de Virginie A., 12 ans, en vacances du côté d’Alençon, le futur était inscrit dans un bouquin tuto de bracelets brésiliens et ramenait bien quelque part fin juin 2012.

C’est vrai que la mode rend le temps circulaire, et ça concerne pas que les revues féminines.